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Journal d’un accouchement sur fond de pandémie

Un gros plan du visage d'un bébé.

Kai Provencher Hubert est né durant la pandémie de COVID-19, au printemps 2020.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

Mélanie Provencher devait mettre son deuxième garçon au monde le 17 avril 2020. Elle a consigné les dernières semaines de sa grossesse ainsi que les défis d'accoucher alors que le reste du monde semblait mis sur pause, et que la région de la capitale nationale se trouvait coupée en deux. Son journal audio est ainsi devenu le témoin d’une crise vécue en dualité avec la vie qui s’imposait.

13 mars : crises parallèles

Alors même que les instances gouvernementales mettent en place les mesures de confinement, Mélanie Provencher, âgée de 41 ans, fait une deuxième crise de pierres aux reins en deux semaines. À 34 semaines de grossesse, elle se présente à l’hôpital et répond aux mille et une questions du personnel soignant, qui jongle avec les balbutiements d’une crise dont on ne soupçonne pas encore la durée. En détaillant les allées et venues de l’entourage de Mélanie dans les semaines précédant ce jour du 13 mars, il est finalement convenu que son conjoint, Sébastien, revenu du Colorado une dizaine de jours plus tôt, ne peut pas l’accompagner durant son séjour à l’hôpital. La mère de Mélanie vient donc prendre le relais auprès de sa fille. Pendant ce temps, Sébastien reste à la maison avec Finn, l'aîné du couple, âgé de 3 ans.

À ma sortie, le samedi 14 mars, de grosses discussions avec mes parents ont suivi, raconte Mélanie. C'était déjà compliqué avec un enfant et [avec l’ajout] des restrictions sur le nombre de personnes qui peuvent accompagner à l'hôpital, on a décidé dès lors d'établir notre nid familial chez mes parents, à Orléans, afin d'éviter d'être mal pris sans support, si bébé décidait de nous surprendre.

Si tu m'avais dit qu'un jour, à l'âge de 41 ans, je déménagerais ma petite famille chez mes parents, ma réponse aurait été : ''Euh, non!''

Mélanie Provencher

Mélanie est photographe professionnelle depuis 17 ans. Dans les jours qui ont suivi l'instauration des mesures de distanciation sociale pour prévenir la propagation de la COVID-19, tous ses contrats ont été annulés et elle a décidé de commencer plus tôt son congé de maternité. Son conjoint, leur fils et elle plient ainsi bagage pour déménager temporairement en Ontario : une décision qui allait s’avérer très judicieuse.

Une femme enceinte accompagnée d'un homme et d'un jeune garçon.

(De gauche à droite) Sébastien, Finn et Mélanie ont emménagé avec les parents de cette dernière dans les dernières semaines de la grossesse.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

27 mars : « Oh my god que je suis fatiguée! »

Finn est de plus en plus impatient que son petit frère se pointe le bout du nez. Il fait de gros câlins au bedon rond de sa maman. Mélanie aussi a très, très hâte, mais pas tout à fait pour les mêmes raisons : ses pierres aux reins la font souffrir et, à presque 37 semaines de grossesse, elle ne peut pas faire grand-chose, à part boire beaucoup d’eau et prendre des analgésiques pour atténuer la douleur.

En attendant l’accouchement par césarienne prévu pour le 17 avril, la maman compte les dodos… qui ne s'avèrent pas très salutaires. Je me suis réveillée probablement aux heures [la nuit dernière] pour aller faire pipi. J’ai beaucoup de pression dans l’abdomen, témoigne-t-elle dans son enregistrement daté du 27 mars.

Elle se réjouit tout de même de savoir que son bébé est en santé : la veille, elle a entendu son petit coeur battre lors de sa visite chez l’obstétricien. Ce dernier l’a rassurée sur ses signes vitaux, en plus de l’informer que, pour elle aussi, tout va bien. Si ses reins continuent de la faire souffrir, toutefois, le médecin la prévient qu’elle pourrait peut-être rencontrer son petit bonhomme plus tôt que prévu.

Une femme en train de faire du jardinage avec un jeune garçon.

Finn et sa maman jardinent ensemble.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

5 avril : les frontières

Voilà déjà quatre jours que la famille n'a plus accès à sa résidence, située à Gatineau, de l’autre côté de la rivière des Outaouais, qui sépare l’Ontario et le Québec. L’une de mes plus grandes préoccupations vient de se réaliser, consigne Mélanie, le 1er avril, dans son journal audio, alors que les frontières interprovinciales deviennent étanches pour limiter tous les déplacements non essentiels.

Puisque le médecin de Mélanie travaille en Ontario et qu’elle doit accoucher à l’Hôpital Montfort, à Ottawa, cette dernière est heureuse d’avoir choisi de s’installer chez ses parents. Ils s’occupent de Finn puisque la garderie est fermée. Leur aide est d’autant plus précieuse qu’elle permet au couple de composer avec le travail à la maison pour Sébastien et les nombreux rendez-vous médicaux de suivi de grossesse de Mélanie.

Un jeune garçon et ses grands-parents à l'extérieur.

Les grands-parents de Finn s'amusent avec lui, ce qui offre du répit à Mélanie et son conjoint.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

Toutefois, un vide persiste dans le quotidien de Mélanie. Sa soeur Nathalie avait l’habitude de les rejoindre chaque semaine à Orléans pour le souper familial du dimanche soir. Désormais, il est impossible de poursuivre la tradition.

Elle travaille dans le domaine de la santé, sur la ligne de front, et il se passera probablement plusieurs mois avant qu’elle ne puisse rencontrer son nouveau neveu et revoir ses parents... plus qu’à travers une fenêtre. Et moi aussi, mentionne Mélanie dans son journal. Ma soeur me manque beaucoup.

C’est bien beau les rencontres [par vidéoconférence] sur Messenger, mais ce n’est pas pareil comme être assis autour d’une table.

Mélanie Provencher

12 avril : en attente

Les dernières 72 heures ont été mouvementées et émotives. Disons que je crains de ne pas me rendre à la fin et de ne pas garder mon calme, confie Mélanie le 12 avril.

Elle raconte que bébé est arrivé le 9 avril 2020. Le travail a commencé en matinée et le garçon est né par césarienne à 17 h 2, une semaine plus tôt que prévu. Son papa, Sébastien, a été le seul autorisé à accompagner Mélanie durant la naissance.

Une équipe de médecins et d’infirmières avec un bébé naissant tout de suite après un accouchement.

Souvenir de la naissance du deuxième fils de Mélanie et Sébastien.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

Le lendemain, le nouveau-né faisait la connaissance de son grand frère et de ses grands-parents par vidéoconférence. On va peut-être sortir demain, leur dit alors Mélanie. Or, quelques heures plus tard, Mélanie a commencé à faire de la fièvre et à éprouver de la difficulté à respirer. Une batterie de tests est effectuée pour écarter la thèse d’une contagion par la COVID-19.

Papa est donc rentré seul à la maison avec leur nouveau-né le 10 avril.

Deux jours plus tard, Mélanie est toujours au lit dans sa chambre d’hôpital, en attente de ses résultats. Même si elle n’a pas contracté le coronavirus, elle a de l’eau dans les poumons et est toujours fiévreuse. Les médecins doivent trouver la cause de ses symptômes. D’ici là, pas de sortie ni de visite.

On est vraiment chanceux d’avoir accès à des trucs comme Messenger vidéo, souligne-t-elle avec un sanglot étouffé. Je manque tellement de choses. Je reçois des photos de papa avec Finn qui nourrit bébé.

J’ai peur, des fois, que mon petit bonhomme ne me reconnaisse pas.

Mélanie Provencher
Un père qui tient son enfant naissant dans ses bras.

Sébastien est retourné à la maison sans Mélanie, équipé de couches et de formule pour s'occuper du nouveau-né.

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

15 avril : « Je ne l’ai toujours pas dans mes bras »

Depuis quelques jours, Mélanie n’arrive plus à consigner quoi que ce soit dans son journal. Les mots n’arrivent plus et ce sont les larmes qui les remplacent. Je m’étais rendue à mon breaking point : ça faisait trop longtemps que j’avais vu mes enfants, que j’avais vu mon nouveau petit garçon, explique-t-elle dans son journal audio.

Toutefois, la lumière pointe à l’horizon puisque les médecins savent dorénavant comment soigner son infection à l'E. coli. Ils préparent un protocole pour que la maman puisse recevoir des soins à la maison entourée de « ses gars ».

Aujourd’hui, je me lève en meilleure forme. Autant que c’est émotif, ce sont des larmes de joie, relate Mélanie. J’ai hâte à cet après-midi quand, en principe, je vais recevoir mon congé.

Épilogue

Mélanie Provencher est rentrée à la maison dans la soirée du 15 avril pour retrouver son conjoint, Sébastien, son aîné, Finn, et le petit Kai. Tout le monde se porte bien, quoique la maman a besoin de faire des siestes très souvent!

Même si cette aventure a amené son lot de défis, Mélanie désire lancer un message d’espoir à toutes celles qui s’apprêtent à donner la vie en temps de pandémie.

Il est vrai qu’elle aurait aimé que ses proches puissent rencontrer son nouveau-né plus tôt, mais l’expérience lui a permis de vivre la naissance de Kai différemment, doucement et simplement.

J’ai pu découvrir ce nouvel être en toute intimité avec mon conjoint. Et une fois prêts, on sort la tablette, le téléphone intelligent et on commence les conférences en famille.

Mélanie Provencher

Ça nous permet de nous concentrer sur ''nous'', conclut la maman.

Un petit bébé naissant dans les bras de sa mère.

Kai Provencher Hubert

Photo : Avec la gracieuseté de Mélanie Provencher

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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