•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Journalistes en temps de pandémie : « On n’est pas des héros »

Vue générale du centre de l'information avec peu d'employés.

Il y a eu plusieurs mesures sanitaires mises en place au CDI à Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En cette période de crise sanitaire et d’isolement social, les journalistes jouent un rôle crucial. Le taux de fréquentation des médias écrits et des réseaux de télé et de radio atteint des niveaux rarement égalés. Même si les conditions de travail ne sont plus ce qu’elles étaient.

Au cours des dernières semaines, les salles de rédaction des médias se sont progressivement vidées pour faire place au télétravail des journalistes.

C’est le cas pour une bonne partie des collègues du Centre de l’information (CDI) à Radio-Canada. Mais pas pour tous.

Dans un coin déserté de la salle, le journaliste Davide Gentile est au téléphone.

Il se prépare à rencontrer des employés de la santé appelés en renfort dans les CHSLD de Montréal.

C’est un moment vraiment fascinant pour quelqu’un qui a un beat santé. Il y a un stress, mais on se sent privilégié de voir comment notre société réussit à attaquer cette crise-là.

Davide Gentile

Le rôle des médias d’information en temps de pandémie

Notre collègue enchaîne les rencontres avec le personnel soignant et les familles de patients depuis des semaines. Il y a une profusion de sujets à traiter, les gens éprouvent un grand besoin de parler.

Depuis un mois, beaucoup de gens nous appellent pour nous donner de l’information, pour nous parler aussi de leur état d’esprit, de leurs inquiétudes, de leurs angoisses, explique Davide Gentile. Quand un médecin te parle de ses craintes, c’est assez étonnant. Et ça en dit long, je pense, sur l’ampleur de la crise que l’on vit actuellement.

La directrice générale de l'Information à Radio-Canada, Luce Julien, considère que le rôle des journalistes est plus important que jamais.

Je trouve que c’est excessivement important, encore plus aujourd’hui, de faire le maximum de terrain. De garder notre capacité de production pour que nos équipes de journalistes, réalisateurs, caméramans puissent continuer à faire du terrain.

La salle de nouvelles est presque vide.

Plusieurs mesures sanitaires ont été mises en place au CDI.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le télétravail est aussi généralisé au journal Le Devoir, à Montréal. La salle de rédaction de la rue Berri a été complètement désertée. Son directeur, Brian Myles, l’a confirmé dans un texte publié en une de son journal, au début du mois de mars.

On essaie de privilégier les entrevues par téléphone ou par courriel, mais on dit aux journalistes que faire du terrain est encore possible.

Brian Myles, directeur du Devoir

Toute la confection du journal, versions papier et numérique, est réalisée à distance, de la maison. Un gros défi, dit-il.

On s’est dit collectivement que notre place n’est pas dans les couloirs des hôpitaux, en ce moment, poursuit-il. On a plus besoin de médecins et d’infirmières que de journalistes dans ces endroits. On analyse les situations au cas par cas.

L’ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et journaliste, autrefois spécialisé dans les histoires de crime organisé et de corruption, pense toutefois que ce type de journalisme a ses limites et ne devra pas s’éterniser.

C’est contraire à l’esprit journalistique, qui est d’aller sur le terrain, rappelle-t-il. La notion de service public est plus importante que jamais.

Luce Julien, directrice à Radio-Canada, abonde en ce sens.

On essaie de démêler le vrai du faux, et je le répète dans mes réunions avec les équipes, ce qui est fondamental en ce moment, ce sont les faits, les faits, les faits.

Luce Julien, directrice générale de l'Information à Radio-Canada
Sur une affiche, il est écrit : Zone de confinement. SVP, utilisez un autre corridor.

Une section du Centre de l'information (CDI) de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il est midi et demi. C’est l’heure de quitter l’Assemblée nationale pour aller par le tunnel à l’édifice Pamphile Lemay, où se tient la conférence de presse du premier ministre Legault.

Hugo Lavallée ajuste sa cravate, appuie sur le bouton de l’ascenseur.

Notre collègue se met en marche pour assister à la messe politique quotidienne, un rituel devenu presque sacré au Québec.

Il est fébrile, comme chaque jour. Quand on sait que 2 millions de personnes écoutent en direct, on veut être certain de poser la question la plus claire possible, la plus pertinente, la plus précise, souligne-t-il.

Hugo Lavallée constate que la population est avide d’informations sur la gestion de cette crise sanitaire.

En 12 ans de journalisme, je n'ai jamais reçu autant de messages. Ça rentre de partout : Facebook, Instagram, Twitter, par courriel. Et c'est stimulant dans la mesure où on sent que notre travail a un impact, que ça touche les gens.

Hugo Lavallée, journaliste à Radio-Canada

L’augmentation étonnante du nombre de décès dans les centres de soins et les résidences pour personnes âgées démontre bien l’importance de vérifier les raisons du décalage entre les discours officiels et la réalité du terrain.

Tous les journalistes s’entendent là-dessus.

En temps de crise, les gens trouvent un refuge dans une information vérifiée, explique Brian Myles du Devoir. Et nous, notre rôle, ce n’est pas seulement de rapporter la nouvelle, avec ses côtés dramatiques parfois, comme dans les CHSLD, mais aussi d'accompagner les lecteurs et de leur donner des outils, des clés pour comprendre ce qui se passe.

Ce rôle s’accompagne d’une responsabilité supplémentaire, en temps de crise, selon Luce Julien de Radio-Canada.

J’ai demandé aux journalistes de porter une attention particulière au choix des mots qu’on utilise en ondes, dit-elle. La situation est déjà assez anxiogène, le nombre de morts continue d’augmenter, il est important de donner toute l’information, mais aussi de penser à l’impact auprès du public.

Davide Gentile se désinfecte les mains

Le journaliste Davide Gentile en reportage, le 15 avril 2020

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Devant le désarroi mondialisé, les médias d’information sont devenus un service public essentiel.

Les sites web des organes d’information cartonnent, les réseaux de télévision et de radio ont des auditoires records.

Les journalistes sont plus populaires que jamais. On les interpelle dans la rue pour les remercier.

Mais avec une nuance qu’exprime bien le reporter de la télé Davide Gentile.

On n’est pas des héros, on n’est pas des préposés à l’intérieur des établissements où il y a de la contamination, mais c’est sûr qu’on est un peu plus exposés que la moyenne des gens; donc, on essaie de faire attention, tout en jouant notre rôle là-dedans.

Davide Gentile

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Médias

Société