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L’école à la maison : une aventure loin d’être terminée au Nouveau-Brunswick

« Est-ce qu’il y a un guide pour que les parents ne perdent pas patience? »

Un enfant portant un masque regarde par la fenêtre avec son toutou.

Le 13 mars, le gouvernement annonçait la fermeture des écoles au Nouveau-Brunswick.

Photo : getty images/istockphoto / Gargonia

Il y a un peu plus d’un mois, les élèves du Nouveau-Brunswick quittaient l’école, leurs camarades de classe et leurs professeurs, loin de se douter qu’ils n’y remettraient plus les pieds avant l'automne prochain. Ils quittaient leur routine, leur univers pour un autre, celui de l’école à la maison, en embarquant avec eux les parents.

Le 13 mars, le gouvernement annonçait la fermeture des écoles. Le 6 avril, alors que la crise de la COVID-19 battait son plein, les districts scolaires francophones lançaient un site web pour que les élèves poursuivent leurs apprentissages pédagogiques en ligne.

La routine de la famille Poirier n’est plus du tout la même depuis un mois. Sébastien Poirier fait du télétravail le jour et sa conjointe travaille le soir à l’hôpital. Jongler avec de tels horaires qui se chevauchent et avec les deux heures d’école à la maison de leurs deux enfants n’est pas tâche facile, laisse-t-il entendre.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

D’autant plus qu’il avoue se sentir dépourvu de ressources pour encadrer les devoirs à la maison. Sur le site web jeméduque.ca (Nouvelle fenêtre) de la province, une liste d’activités pédagogiques est accessible pour les élèves de la maternelle à la douzième année.

Les chaises sont retournées à l'envers sur les pupitres d'une salle de classe sans élèves.

Les classes du Nouveau-Brunswick sont vides depuis le 13 mars.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Deux heures d'exercices par jour

On a reçu cette liste-là, et là, il faut essayer d’organiser les cours et en même temps travailler, en même temps se diviser la tâche et faire à dîner et à souper, etc., énumère Sébastien Poirier, le rire dans la voix pour cacher son exaspération.

Est-ce qu’il y a un guide pour que les parents ne perdent pas patience?

Sébastien Poirier, parent

Il fait la comparaison avec la préparation des repas. Il explique que même si nous apportons une liste de produits et d'ingrédients à l'épicerie, au final, la responsabilité de préparer des repas sains et nutritifs nous incombe. C’est la même chose avec la liste d’exercices en ligne, dit-il.

C’est certain qu’il y a de bonnes activités, mais il y en a d'autres qui sont trop faciles. Il faut trouver un équilibre, observe le père de famille.

De plus, les parents ne sont pas nécessairement au courant des programmes dans le détail, ce qui suppose du travail de recherche et de préparation.

Il faut faire cette recherche-là pour voir qu’est-ce que nos enfants ont fait pendant l’année, où est-ce qu’ils sont rendus puis essayer de les préparer pour l’année prochaine. Tout ça, sans nécessairement connaître les programmes, expose-t-il.

Sébastien Poirier aimerait qu’il y ait plus d’encadrement pour les parents et que des objectifs d’apprentissage précis soient établis afin qu’il soit plus facile de chapeauter l’éducation à la maison de leurs enfants.

C’est là où on a manqué le bateau. Ce qui manque, ce sont des objectifs précis. Quand on veut développer des apprentissages, c’est important d’avoir des objectifs, savoir où est-ce qu’on veut aller, croit M. Poirier.

D’ailleurs, c’est à cette étape que sont rendus les districts scolaires, indique Monique Boudreau, directrice générale du District scolaire francophone Sud.

Après le lancement du site, une série d’appels téléphoniques des enseignants en guise de suivis, il est maintenant temps d’intégrer un enseignement interactif, c'est-à-dire des vidéos, séances de vidéoconférences et des exercices élaborés par l’enseignant de l’élève.

Deux enfants font des activités pédagogiques à la maison.

Les activités pédagogiques sont inspirées du quotidien en confinement des élèves.

Photo : Karine Lizotte

Le tout est dans une optique bien précise, explique Rémi Mantion enseignant de 4e année à l’École le Marais de Dieppe. Les enfants ne vont pas apprendre de nouvelles matières, mais bien consolider des acquis, en d’autres mots, faire de la révision.

On ne va pas créer de nouveaux apprentissages. Il n'est pas question d’envoyer de nouveaux travaux à la maison. On ne veut pas que certains élèves n'aient pas la capacité de comprendre.

Les parents inquiets, comme Sébastien Poirier, peuvent se rassurer : Ce n'est pas le travail des parents d’être enseignants. Ils ne peuvent pas porter toutes les casquettes, explique l'enseignant.

Ce n’est pas seulement la méthode d’enseignement qui a changé, mais le contenu des devoirs qui a été adapté aux circonstances. On fait des mathématiques en cuisinant et du français en notant dans un journal nos états d’âme de confinés.

On essaie de faire notre mieux, mais au final c’est aussi l’école de la vie. On est en plein dedans.

Rémi Mantion, enseignant de 4e année à l’École du Marais de Dieppe

L’accès inégal

Depuis le lancement du site web d’apprentissages, de nombreuses voix se sont élevées, déplorant l'inégalité de son accès.

À chaque semaine, on envoie du travail en lien avec nos programmes pour installer une petite routine avec les familles. Mais on rencontre des limites. Il y a certaines familles qui ont des tablettes et ordinateurs pour toute la famille, mais il y en a d’autres qui n’ont pas cette chance, remarque Rémi Mantion, enseignant.

Toutefois, le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, assure que l’accès au programme pédagogique est la priorité de son ministère à l’heure actuelle. Je suis absolument conscient de l’inégalité qui est créée. On va régler ça dans les prochains mois ou semaines.

Le ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy.

Dominic Cardy est ministre de l'Éducation et de la Petite enfance au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Du même souffle, il déclare que le ministère est à pied d’oeuvre pour que tous les élèves de la province puissent poursuivre leur éducation à la maison.

M. Cardy indique qu’un plan à cet effet sera présenté dans les prochains jours afin de faciliter l’accès au programme, mais s’est fait avare de détails.

Écoles fermées

La baisse du nombre de cas de COVID-19 des derniers jours laisse présager l'aplatissement de la courbe de propagation du Nouveau-Brunswick.

De plus, le premier ministre Blaine Higgs a évoqué jeudi un assouplissement progressif de certaines mesures de confinement.

Néanmoins, lorsqu’on demande au ministre Cardy si un retour à l’école est envisageable avant la fin de l’année scolaire, la réponse ne peut être plus catégorique : pas du tout.

Les risques sont trop élevés tant pour les élèves que pour leurs familles.

En raison des contacts physiques et de la proximité, un retour à l’école pourrait provoquer une deuxième vague de propagation. Un scénario catastrophique et que l’on peut éviter si l’on poursuit nos efforts collectifs, indique le ministre.

Élèves, parents et enseignants devront donc s’y faire. L’école à la maison sera leur réalité, leur univers, pour encore plusieurs mois.

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Éducation