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Où pourrons-nous prendre des vacances cet été?

Les vacances sont synonymes de plage et de soleil pour de nombreux Québécois.

Les vacances sont synonymes de plage et de soleil pour de nombreux Québécois.

Photo : iStock

Alors que la plupart des pays ont imposé de fortes restrictions et même souvent fermé leurs frontières aux visiteurs, il est difficile de faire des projets pour cet été alors qu'on ne sait pas exactement quelle sera la situation. Y aura-t-il des vols internationaux? Les hôtels auront-ils le droit d’ouvrir? Les musées? Les restaurants et les bars? Les plages? Autant de questions qui demeurent, pour l’instant, sans réponse.

L’année dernière, 75 % des Québécois ont effectué un voyage entre mai et octobre. Parmi eux, 19 % ont séjourné en Europe et 18 % aux États-Unis. Sera-t-il encore envisageable d’aller à l’étranger cet été?

Pour le moment, le gouvernement canadien recommande d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du pays. Les services de passeport sont suspendus, à moins de cas de force majeure, et les transporteurs aériens ont suspendu la majorité de leurs opérations au moins jusqu’à fin mai.

Un policier en patrouille place du Trocadéro; on voit plus loin la tour Eiffel.

La tour Eiffel est fermée aux visiteurs depuis le début de la pandémie.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

Ceux qui pensaient aller en Europe cet été devront probablement revoir leurs plans. Les trois pays du Vieux-Continent les plus prisés par les touristes, soit l’Espagne, l’Italie et la France, sont parmi les plus touchés par le coronavirus, avec près du quart des cas confirmés dans le monde (en date du 15 avril).

Dans ce contexte, les frontières extérieures de l’Union européenne sont actuellement fermées aux visiteurs et la plupart des pays membres ont également réactivé leurs contrôles aux frontières intérieures.

Et rien ne laisse présager que les circonstances pourraient changer cet été, alors que le président français, Emmanuel Macron, évoquait la possibilité de maintenir les frontières fermées jusqu’en septembre.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé qu’il était difficile de faire des prévisions fiables concernant la situation pour juillet et août. Je conseillerais à tout le monde d'attendre avant de planifier ses vacances, a déclaré Mme von der Leyen dans une entrevue au journal allemand Bild.

Un ruban jaune bloque l'accès à la plage déserte, le 9 avril 2020.

L'accès à la plage de Cala Major, sur l'île de Majorque, en Espagne, a été interdit aux visiteurs.

Photo : Reuters / Enrique Calvo

Jusqu'à ce que nous ayons un vaccin, rien ne sera comme avant, a affirmé Reyes Maroto, la ministre espagnole du Tourisme, au journal espagnol El Pais.

2020 est fichu, a soutenu pour sa part Lorenza Bonaccorsi, secrétaire italienne au Tourisme.

C’est une douche froide pour les agents de voyages qui espéraient une reprise estivale après un printemps difficile, marqué par les efforts pour rapatrier leurs clients bloqués à l’extérieur du pays plutôt que par de nouvelles réservations.

Tant qu’Affaires mondiales Canada ne lèvera pas l’avis d’interdiction de voyage, il n’y a personne qui va faire de réservation, se désole Manon Martel, de l’Association canadienne des agences de voyages (ACTA). 

Actuellement, les agents de voyages gèrent essentiellement des annulations et des remboursements, soutient-elle.

Les gens sont très frileux pour le moment, dans la mesure où [le coronavirus] est quelque chose de non tangible qu’on peut attraper n’importe où.

Manon Martel, Association canadienne des agences de voyages.

Sera-t-il plus facile de se tourner vers les États-Unis? On ne le sait pas encore. La frontière entre les deux pays est fermée au moins jusqu’au 21 mai.

Un poste frontalier fermé entre les États-Unis et le Canada.

La frontière canado-américaine est maintenant fermée pour tout voyage non essentiel entre les deux pays.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Si le président américain, Donald Trump, a dit souhaiter sa réouverture prochaine, les autorités canadiennes ne semblent pas pressées de le faire, d’autant plus que l’épidémie frappe particulièrement fort dans l’État limitrophe de New York. Rien ne laisse présager que l’on permettra aux touristes de la franchir librement cet été.

L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoit une baisse de 20 % à 30 % des arrivées de touristes internationaux en 2020 par rapport à 2019, ce qui devrait entraîner des pertes de 300 à 450 milliards de dollars américains.

Qu’en est-il chez nous?

Si les Canadiens ne peuvent pas se rendre aux États-Unis, les Américains ne pourront pas venir chez nous non plus. Avec eux, c’est 1,4 milliard de dollars de recettes qui s’envolent en fumée.

Il n’y aura sûrement pas d’Européens non plus, d’autant plus que la fermeture des frontières avec les pays autres que nos voisins du sud est en vigueur jusqu’au 30 juin.

Des touristes se promènent.

Des touristes sur la terrasse Dufferin, dans le Vieux-Québec, en des temps meilleurs. (Archives).

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Et si les restrictions à la frontière sont levées, d’autres obstacles pourraient demeurer, tels que la quarantaine pour les voyageurs ou les règles de distanciation sociale, qui pourraient impliquer la fermeture de certaines installations.

Il y a beaucoup d’inconnues autour des inhibiteurs de tourisme, résume Dominic Lapointe, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Alors que la période des réservations pour les vacances estivales devrait battre son plein, les intervenants du secteur constatent cette année un calme plat et des annulations.

Les réservations se sont complètement figées à partir de la deuxième semaine de mars, raconte Jean-Michel Perron, conseiller en tourisme, qui fait essentiellement affaire avec des touristes venant de l'étranger. C’est vraiment une cassure très nette.

Les réservations ont arrêté du jour au lendemain.

Jean-Michel Perron, conseiller en tourisme.

Cette absence de visiteurs étrangers représenterait des pertes énormes pour certains acteurs de l’industrie touristique québécoise, qui dépendent de la manne qu’amènent les 4 millions d’étrangers qui nous visitent chaque année.

L’industrie se prépare à encaisser le coup. Le ministère du Tourisme reconnaît que même advenant l’ouverture des frontières à partir du 1er juillet, une baisse marquée des visiteurs internationaux serait à prévoir pour la saison estivale.

Si les touristes étrangers ne sont pas au rendez-vous, les hôteliers et opérateurs vont devoir se tourner vers la clientèle québécoise.

Avec deux bémols, cependant. D’abord, l'incertitude par rapport à une éventuelle levée des restrictions aux déplacements entre régions. Ensuite, la réalité que bien des gens n’auront plus les moyens de s'offrir des vacances cet été. Une partie du dollar-vacances s’est envolée pour une frange de la population, soutient Dominic Lapointe. [Cet argent qu’on aurait consacré aux vacances] est utilisé présentement pour payer des comptes.

Des touristes marchent dans une rue piétonnière.

Le Vieux-Montréal est un pôle d'attraction pour les touristes.

Photo : Radio-Canada / Caroline Touchette

Qui plus est, les touristes québécois, qui ne font souvent que des sorties à la journée, sans dormir hors de la maison, dépensent beaucoup moins que les touristes étrangers, souligne Jean-Michel Perron. Un Américain dépense deux fois plus par jour, affirme-t-il.

C’est vraiment un band-aid de convaincre plus de Québécois de voyager, jamais ça ne va compenser.

Jean-Michel Perron, conseiller en tourisme.

Un virage vers le marché intérieur et le tourisme de proximité pourrait quand même permettre à certaines entreprises de survivre pendant cette période de vaches maigres, pense M. Lapointe.

Des restaurants, des hôtels et des sites touristiques dont la principale vocation était d‘offrir des services à des touristes étrangers tenteront de s’adapter à la nouvelle donne en proposant des produits ciblant le marché intérieur, affirme M. Lapointe.

Si les visiteurs de l’extérieur ne sont plus là pour consommer certains produits de luxe, il faut réfléchir aux façons de développer des produits plus démocratiques, plus accessibles pour une clientèle locale, pour être capables de maintenir nos activités, soutient Dominic Lapointe.

Cela pourrait même devenir une tendance à plus long terme, croit M. Lapointe, qui permettrait finalement à ces entreprises de diversifier leurs activités une fois la crise passée et mieux se préparer à affronter un avenir encore très incertain.

Avec les informations de Agence France-Presse

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