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Oui, vous faites plus de (mauvais) rêves en confinement

Illustration d'une femme couchée dans un lit. Ses cheveux deviennent une énorme bulle où flottent des coronavirus et des étoiles.

La pandémie de la COVID-19 pourrait influencer votre sommeil.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

La nuit, votre patron se transforme en marchand d'animaux insouciant à l'origine d'une pandémie mondiale? Faire ce type de cauchemars qui combine certaines de vos réalités est ce qu’il y a de plus normal en ces temps de confinement, soulignent deux experts.

Le stress provoqué par la pandémie, par une perte d’emploi ou par le télétravail désormais omniprésent dans votre vie peut expliquer l’augmentation de la fréquence des mauvais rêves.

Si vous êtes plus anxieux, vous allez avoir tendance à moins bien dormir, à vous réveiller plus et, surtout, quand vous vous réveillez, à ne pas vous rendormir tout de suite, souligne Joseph De Koninck, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa et membre de l'Institut de recherche sur le cerveau.

Or, un dormeur en sommeil léger a tendance à se souvenir davantage de ses rêves, tel que le souligne Geneviève Belleville, professeure en psychologie à l'Université Laval.

Un homme, les yeux ouverts dans la nuit.

Un dormeur en sommeil léger a tendance à se souvenir davantage de ses rêves.

Photo : iStock / OcusFocus

La fonction des rêves, c'est d'intégrer les émotions, donc si on vit beaucoup d'émotions négatives pendant la journée, soit à cause de l'incertitude et [du] sentiment d'insécurité, ça peut jouer non seulement sur le nombre de rêves, mais également à quel point on s'en souvient, explique-t-elle.

Une grande partie de l’humanité apprend une nouvelle façon de vivre en société ces dernières semaines. Cet apprentissage pourrait donc se consolider durant la nuit, pense Mme Belleville.

Les rêves, c'est encore très mystérieux. On ne sait pas exactement à quoi ça sert, mais les théories principales, c'est que ça sert à consolider la mémoire, puis à intégrer les émotions.

Geneviève Belleville, enseignante en psychologie à l'Université Laval

Nos routines sont complètement chamboulées. Du jour au lendemain, on doit changer. On doit réapprendre : comment se réorganiser, comment aller faire l'épicerie, comment faire l'école à la maison, comment faire du télétravail, énumère la professeure.

Donc, on a beaucoup d’apprentissages et ça peut se refléter sur le nombre de rêves qu'on fait, résume-t-elle.

Pas de réveille-matin, plus de rêves

Jusqu’à la mi-mars, bon nombre de Canadiens se réveillaient à l’aube grâce au son — souvent désagréable — d’un réveille-matin. Mais ce n’est plus le cas pour les nouveaux chômeurs ou les nouveaux télétravailleurs qui bénéficient de quelques heures de sommeil supplémentaires le matin, par exemple en l’absence de déplacements.

On se rappelle plus de nos rêves le matin, sans cadran, affirme Joseph De Koninck, faisant référence au sommeil paradoxal, dernier stade du cycle de sommeil au cours duquel les rêves dont on se souvient se produisent.

Activité cérébrale.

Notre propension à nous souvenir de nos rêves est plus importante lorsque le sommeil est plus léger et le sommeil paradoxal plus long.

Photo : iStock

Plus vous passez du temps sous la couette, bien au chaud, à vous réveiller puis à vous rendormir, plus les rêves vous semblent réels et trouvent une place dans vos souvenirs.

Et plus ils sont vivants. C'est comme aller voir un film. Si vous allez voir un film plate, vous allez l'oublier. Si vous allez voir un film où il y a beaucoup d'action, vous allez plus facilement vous en rappeler.

Joseph De Koninck, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa

Si vous faites des collectes de rêves en laboratoire et que vous avez quelqu'un qui était en sommeil paradoxal pendant 45 minutes, ça lui prend une demi-heure, raconter son rêve. C'est assez spectaculaire, illustre Joseph De Koninck.

Les microréveils

Tous les humains normaux ont aussi des microréveils au cours de la nuit, explique M. De Koninck. C’est là que, en général, le dormeur se tourne et change de position.

On change de posture une trentaine de fois [pendant la nuit]. Chez les enfants, ça va être même encore plus, affirme le spécialiste.

Une mauvaise nuit de sommeil peut engendrer plus de microréveils, donc plus de rêves qui peuvent être racontés le lendemain.

Une femme endormie seule dans un lit.

Tous les humains ont des cycles de microréveils au cours de la nuit.

Photo : iStock

À chaque fois qu’on se tourne, il peut y avoir des microréveils, puis il y a de l'activité mentale. Donc, on va y porter attention, raconte Joseph De Koninck.

On sait aussi que dans les périodes de stress, ce n’est pas tout le monde, mais la plupart des gens aussi vont avoir des rêves plus intenses, plus anxieux. On est toujours un peu influencé par le niveau d'anxiété que l'on vit.

Quand les rêves compensent des manques

Les rêves peuvent parfois aussi compenser un manque, d’activité physique par exemple, ou un ralentissement de la vie sociale, selon des études qui remontent aux années 60.

Il y a comme une espèce de compensation. Les gens qui n'ont pas beaucoup d'activités sociales avant d'aller dormir, ils vont en avoir plus durant leurs rêves.

La rêverie, c'est peut-être de remplir les besoins. Des gens qui ont soif vont boire pendant la nuit et ainsi de suite.

Joseph De Koninck, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa

De patron à marchand d’animaux

Vous avez maille à partir avec un collègue de travail dans votre quotidien? Il y a fort à parier que ce vilain personnage se retrouve dans vos rêves, mais probablement dans un autre rôle, déterminé par le fruit de votre imagination. C’est ainsi que votre méchant patron peut se transformer en marchand d’animaux sans scrupules à l’origine d’une pandémie mondiale.

Le rêve va souvent exprimer de façon plus intense les anxiétés et les préoccupations, raconte M. De Koninck.

Un boucher affublé d'un masque attend des clients dans un kiosque extérieur.

C'est dans un marché de Wuhan, en Chine, que la pandémie de COVID-19 aurait pris son envol.

Photo : Getty Images / HECTOR RETAMAL

L'expression d'émotions, de tensions, souvent des conflits, ça ressort parce que justement c'est cette partie du cerveau qui est activée. L'autre partie qui s'occupe de la mémoire, elle aussi est peut-être activée, de telle sorte que les rêves vont chercher des éléments très loin, c’est une création complètement nouvelle.

Ce n’est jamais une répétition de ce qui se passe à l'éveil, excepté dans le cas des gens qui ont des stress post-traumatiques, des aventures épouvantables quand ils étaient jeunes ou la guerre. Là, ils peuvent revivre dans leurs rêves l'événement en question, des rêves récurrents.

Joseph De Koninck, enseignant en psychologie à l’Université d’Ottawa

Même constat de la part de Geneviève Belleville.

Moi, je travaille plus en post-traumatique. Les cauchemars sont plus fréquents quand on a vécu un événement traumatique. Puis on le sait, juste d’avoir eu une journée où ça va moins bien, s'il s’est passé quelque chose qui nous a fait réagir, il y a plus de chances de oui, avoir des cauchemars, mais aussi plus de rêves bizarres, ajoute Mme Belleville.

Une femme souffre d'anxiété.

Le rêve exprime les anxiétés et les préoccupations.

Photo : iStock

Changer vos habitudes

Tant Joseph De Koninck que Geneviève Belleville pensent que la situation actuelle est une bonne occasion de changer certaines habitudes pour améliorer vos nuits de sommeil qui, idéalement, devraient durer 7 ou 8 heures. De bonnes nuits de sommeil contribuent à une bonne santé psychologique.

Maintenant qu'on a plus de temps pour dormir parce qu’on est moins en transport, il faut réaliser à quel point le sommeil est important. Ça fait partie des règles de base de la santé, comme bien s’alimenter et faire de l'exercice, conclut Geneviève Belleville.

Avec la collaboration de David Rémillard et Carl Marchand

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Santé physique et mentale