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Traduire pour se comprendre : le travail ardu des interprètes en Atlantique

Un interprète en langue des signes sur un plateau de tournage du gouvernement de la Nouvelle-Écosse.

Richard Martell parle dans un mélange de la langue des signes américaine et de la langue des signes maritime.

Photo : Communications Nova Scotia

Depuis des semaines, Richard Martell se trouve devant la caméra chaque après-midi. Des dizaines de milliers de Néo-Écossais regardent l’interprète en langue des signes en direct pendant qu’il traduit les points de presse quotidiens sur la COVID-19.

En Nouvelle-Écosse, comme au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve, les interprètes en langue des signes sont devenus les vedettes silencieuses des conférences de presse quotidiennes. Mais leur travail, un service essentiel pour les personnes sourdes, demeure méconnu.

Richard Martell est interprète. Il est lui-même atteint de surdité. Il dépend donc d’une autre interprète, Debbie Johnson-Powell, pour écouter le premier ministre Stephen McNeil et le Dr Robert Strang, et faire une traduction préliminaire du point de presse.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, et le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Robert Strang, sont en train de faire le point sur la COVID-19. Un interprète en langue des signes traduit en simultané.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, et le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Robert Strang, sont en train de faire le point sur la COVID-19, le vendredi 17 avril 2020. Richard Martell, interprète en langue des signes, traduit le contenu de la conférence de presse en simultané.

Photo : Communications Nova Scotia

C’est une étape supplémentaire, mais le message – non seulement les mots, mais aussi le ton et les émotions – est parfaitement clair.

[Certaines personnes sourdes] ont différents niveaux de maîtrise de la langue des signes et donc quand j’interprète ce qui est dit, je parle à ces personnes dans un langage qu’ils peuvent facilement comprendre, explique M. Martell.

Denika Pike, interprète en langue des signes à Terre-Neuve, explique que la plupart des gens pensent que la langue des signes n’est que de l’anglais avec les mains.

Denika Pike et Janice Fitzgerald répondent aux questions des journalistes.

L'interprète Denika Pike (à gauche) a participé aux premières conférences de presse à Terre-Neuve-et-Labrador sur la COVID-19.

Photo : CBC / Ted Dillon

C’est une langue totalement différente. Elle a sa propre grammaire et sa propre syntaxe, sa propre structure linguistique.

Denika Pike, interprète en langue des signes, Association des sourds de T.-N.-L.

Il n’y a rien de mieux que de recevoir de l’information pertinente dans votre langue maternelle. Demandez à un francophone bilingue s’il préférerait recevoir de l’information en anglais ou en français, observe-t-elle. C’est la même chose pour les membres de la communauté sourde quand on utilise le sous-titrage en anglais.

Assurer la compréhension

Richard Martell, interviewé par Radio-Canada à l’aide d’une interprète, explique qu’il parle dans un mélange de la langue des signes américaine et de la langue des signes maritime, qui est la langue utilisée en Atlantique par plusieurs personnes âgées et leurs proches.

Un interprète en langue des signes sur un plateau de tournage du gouvernement de la Nouvelle-Écosse.

Les interprètes doivent respecter un code vestimentaire sobre pour ne pas distraire du message.

Photo : Communications Nova Scotia

Selon M. Martell, ses expériences et son « alphabétisation culturelle » lui permettent de transmettre l’information plus clairement, comparativement aux interprètes non sourds.

J’ai de plus en plus de gens qui viennent me dire […] qu’ils apprennent beaucoup et qu’ils ont une meilleure compréhension de ce qui se passe.

Richard Martell, interprète en langue des signes

Ce n’est pas un commentaire sur les interprètes non sourds, mais ils me disent qu’ils me trouvent tellement clair et qu’ils aiment beaucoup me regarder, affirme-t-il.

Ils se sentent égaux aux autres. Et je pense que c'est très important.

Un code vestimentaire strict

Pour assurer la clarté de l’interprétation, les interprètes doivent aussi respecter un code vestimentaire, explique Denika Pike, qui a participé aux premières conférences de presse sur le nouveau coronavirus à Terre-Neuve, mais qui gère habituellement les services d’interprétation de l’Association des sourds de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador Dwight Ball est aux côtés du ministre de la Santé John Haggie.

L'interprète Heather Crane pendant un point de presse sur la COVID-19 à Terre-Neuve.

Photo : Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador

On ne porte pas de motifs, pas de pois, pas de rayures. On évite tout ce qui pourrait distraire du message, indique-t-elle.

À un moment donné, les interprètes commençaient à manquer de vêtements foncés, lance-t-elle en riant. Ils regardaient dans leur placard et se disaient : "Oh, mon Dieu, il ne me reste rien!" Comme dans d’autres métiers, il y a un code vestimentaire.

Des situations stressantes

Le travail des interprètes peut pourtant présenter des défis. Les interprètes ne reçoivent pas les grandes lignes des annonces quotidiennes avant les conférences de presse et doivent traduire l’information en simultané. Déjà, ils ont dû annoncer six décès et des centaines de contaminations – un travail épuisant.

C’est très difficile et c’est très délicat. Après ces conférences de presse, on s’assure de les joindre, note Denika Pike.

On s’assure qu’elles vont bien et qu’elles savent que nous sommes là pour les soutenir. On a une équipe très solide, mais il faut être là pour les aider.

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Terre-Neuve-et-Labrador

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