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Le CHSLD Herron visé par une action collective de plus de 5 millions

Trois bouquets de fleurs déposés sur l'herbe devant un CHSLD.

31 résidents sont morts depuis le 13 mars au CHSLD Herron, dont au moins 5 de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une demande d’action collective de plus de 5 millions de dollars a été déposée en Cour supérieure contre le Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Herron, à Dorval, où 31 résidents sont morts depuis le 13 mars, dont au moins 5 qui ont succombé à la COVID-19.

La demande, obtenue par CBC, allègue que le CHSLD a agi de façon imprudente en abandonnant les résidents et fait preuve d’un mépris de leur vie, de leur santé, de leur dignité et de leur bien-être en les assujettissant à de mauvais traitements inhumains et dégradants.

Les défendeurs ont soumis les résidents du CHSLD Herron à de la négligence, de mauvais traitements, de la souffrance et de l’inconfort, et les ont dépouillés de leur dignité.

Extrait de la demande d'action collective

Le propriétaire du CHLSD, le Groupe Katasa, savait que la COVID-19 constituait un danger pour les résidents, particulièrement vulnérables à la maladie en raison de leur âge et de leur état de santé, mais n'a pas fourni l'équipement adéquat à son personnel, ni mis en place les mesures nécessaires pour protéger ses usagers, ajoute-t-elle.

Les personnes qui s’occupaient de la résidence ont manqué à leur devoir de prendre soin de ces personnes âgées, a résumé l'un des avocats des demandeurs, Arthur Wechsler, en entrevue à Radio-Canada. Les personnes ont été laissées dans une situation où il y avait déficience alimentaire. [Elles étaient] mal nourries, déshydratées.

Pour nous, ils ont payé beaucoup d’argent pour être résidents dans ce centre d’hébergement et les soins qui ont été donnés avaient des lacunes importantes.

Me Arthur Wechsler, du cabinet Kugler Kandestin
Mary Schneider.

La mère de Barbara Schneider, Mary, est morte peu de temps après avoir contracté la COVID-19 au CHSLD Herron.

Photo : Radio-Canada / CBC

Sans nouvelle de sa mère pendant deux semaines

La demanderesse, Barbara Schneider, est la fille de Mary Schneider, une femme de 93 ans qui a rendu l’âme le 10 avril après avoir contracté la COVID-19. Elle avait été admise au CHSLD moins de deux mois auparavant, après avoir perdu une partie de son autonomie.

Selon la demande d'action collective, Barbara Schneider appelait sa mère tous les jours après que Québec eut interdit les visites dans les CHSLD, le 14 mars. Après 10 jours, il serait toutefois devenu impossible de lui parler; personne ne répondait au téléphone, puis une personne lui a donné des prétextes pour empêcher la discussion.

S'en est suivie une série de courriels du personnel annonçant aux proches des résidents qu'il y avait un cas de COVID-19 (le 27 mars), puis trois (30 mars), puis douze (5 avril). Le 8 avril, Mme Schneider a finalement été informée par une docteure que sa mère avait contracté la maladie.

Le 9 avril, Barbara Schneider dit avoir reçu un appel d'une infirmière de l'Hôpital St. Mary's dépêchée en renfort au CHSLD l'informant qu'elle ne pouvait pas croire à quel point [Mary] Schneider était émaciée et déshydratée.

Grâce à cette infirmière, les deux femmes ont pu converser via Facetime cette même journée, et Barbara Schneider dit avoir constaté à quel point l'état de sa mère s'était dégradé. Le lendemain, la même infirmière lui a annoncé que sa mère était morte.

Samir Chowieri

Le promoteur immobilier et fondateur du Groupe Katasa, Samir Chowieri, en 2014

Photo : Radio-Canada

Plus de 5 millions en dommages punitifs et moraux

La poursuite, menée par le cabinet Kugler Kandestin, réclame des dommages punitifs et moraux au Groupe Katasa, à la tête duquel se trouvent Samir Chowieri et ses trois filles, et au holding Chartwell, considéré comme le propriétaire de l'immeuble abritant le CHSLD.

Elle demande plus précisément :

  • des dommages punitifs de 2 millions de dollars pour avoir violé les droits à la sécurité et à la dignité garantis par la Charte des droits et libertés de la personne, soit 15 000 $ pour chacun des 130 résidents;
  • des dommages moraux de 25 000 $ pour chacune des successions des défunts pour la souffrance vécue entre le moment où Québec a déclaré l'état d'urgence sanitaire, le 13 mars, et le moment de leur mort;
  • des dommages moraux de 25 000 $ pour tous les résidents en raison de la souffrance engendrée par le manque de soins offerts;
  • des dommages moraux de 10 000 $ pour les conjoints et les enfants de tous les résidents, qui ont subi l'angoisse de la situation;
  • le remboursement collectif des loyers (variant de 3000 $ à 10 000 $ par mois) et des autres frais facturés aux résidents pour les mois de mars et avril.

La section des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le Bureau du coroner et le ministère de la Santé ont tous ouvert une enquête sur les 31 décès survenus au CHSLD Herron.

Un homme et une femme tiennent des pancartes près de la résidence.

« 31 morts en 3 semaines », « Honte », peut-on lire sur ces pancartes brandies par un homme et une femme devant le CHSLD Herron la semaine dernière.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le CHSLD Herron a été mis sous la tutelle du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal à la fin du mois de mars. Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, l'une des copropriétaires du Groupe Katasa, Katherine Chowieri, s’est défendue en disant que la situation avait pris une tournure dramatique après cette intervention des autorités publiques.

Il reviendra à la Cour supérieure de décider si elle accepte d'entendre la demande d'action collective.

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