•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le mystère des militaires de la santé

Le personnel médical des Forces armées viendra-t-il en renfort dans les CHSLD? Quelques pistes de réflexion.

Elle s'occupe d'un patient.

Une équipe médicale des Forces armées canadiennes à la base de Kandahar, en Afghanistan, en 2010.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Obtenir un portrait clair des ressources médicales militaires canadiennes n’est pas facile ces jours-ci.

Il faut remonter à un rapport de 2014 du Médecin général des Forces armées canadiennes (FAC) pour obtenir une indication. Le Groupe des Services de santé des FAC compte 48 professions et spécialités.

Combien sont-ils au total? Depuis le début de la semaine, les réponses du ministère de la Défense nationale ont donné droit à du copier-coller de renseignements généraux.

Le ministère se limite à confirmer que le 1er Hôpital de campagne du Canada, l’unité des Forces responsable du déploiement des effectifs militaires de son service de santé, comprend plus de 150 membres du personnel qui travaillent régulièrement dans des hôpitaux civils dans huit provinces.

Une réponse qui suggère que pour les envoyer dans des CHSLD, il faudrait les retirer de leur milieu de travail, ce qui équivaudrait à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Elles procèdent au nettoyage.

Deux membres de l'équipe médicale des Forces armées canadiennes dans une salle de chirurgie à Kandahar, en Afghanistan, en 2010.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Le spécialiste des questions militaires Stéphane Roussel croit que les Forces ne s’attendaient pas au scénario actuel.

J’ai l’impression que les Forces elles-mêmes ont de la difficulté à se retrouver. On est mobilisé à faire face à une urgence sanitaire, mais qui n’est pas une menace au sens classique du terme ou une catastrophe naturelle.

Une citation de :Stéphane Roussel, professeur titulaire, École nationale d'administration publique

Si le portrait est imprécis, le premier ministre Justin Trudeau a candidement admis que les ressources sont limitées, lorsqu’il a réagi à la demande du gouvernement du Québec : Nos forces armées certainement ont des médecins, mais ils n’en ont pas tant que ça et on est en train de regarder comment on va pouvoir aider à ce niveau-là.

Comment en est-on arrivé là? L’équipe médicale militaire a souvent été louangée par nos alliés pour son rôle à l’étranger. Mais au travers des débats sur les futurs avions de chasse et les navires de guerre, peu d’importance a été accordée à l'équipe médicale militaire dans la sphère publique. Et pourtant, tout comme les flottes qui vieillissent, l’équipe médicale a également écopé depuis les années 90.

Dans un ouvrage publié en 2018 intitulé Ethical Challenges for Military Health Care Personnel: Dealing with Epidemics, on peut lire que la fermeture des hôpitaux militaires sous les gouvernements Mulroney et Chrétien a eu un effet domino.

Le nombre de médecins militaires, d'infirmières et d'autres professionnels de la santé a considérablement diminué et ceux qui sont restés ont été intégrés dans des hôpitaux civils à travers le pays, où ils pouvaient continuer à fournir des soins médicaux aux militaires.

Une citation de :Extrait du livre Ethical Challenges for Military Health Care Personnel: Dealing with Epidemics

Travailler aux côtés des civils leur permettait de maintenir leurs compétences.

Écrit par des chercheurs spécialisés en médecine militaire, un chapitre complet est dédié à la mission des Forces armées canadiennes en Sierra Leone lors de l’épidémie d’Ebola en 2014.

Son auteur, le médecin militaire canadien à la retraite, Paul Eagan, en arrive à cette conclusion : Le système médical militaire canadien, tel qu'il existe actuellement, n'est pas équipé pour fournir une capacité médicale durable dans un contexte d'épidémie.

Le Dr Eagan explique que l’absence d’un grand bassin de personnel médical rend pratiquement impossible pour les militaires canadiens de fournir une réponse soutenue.

On estimait que si les militaires canadiens prenaient le contrôle de l'un des hôpitaux de 100 lits construits par le Royaume-Uni en Sierra Leone, ils devraient abandonner leurs capacités médicales nationales.

Une citation de :Extrait du livre Ethical Challenges for Military Health Care Personnel: Dealing with Epidemics

L’OTAN a maintes fois rappelé que le soutien médical représente l’une des lacunes limitant les capacités de l'Alliance. Le Canada n’y échappe pas.

Il lui pose un bandage.

Un infirmier des Forces armées canadiennes soigne une Haïtienne, dans la capitale Port-au-Prince, à la suite du tremblement de terre de 2010.

Photo : Reuters / Wolfgang Rattay

Autres tâches possibles

Aux yeux de Stéphane Roussel, de l'ENAP, il est improbable que les médecins et infirmières militaires atterrissent dans les CHSLD. Ce serait mal utiliser les ressources des Forces armées. Il faut plutôt miser sur l’organisation et la ligne logistique.

Selon lui, des tâches non médicales pourraient être accomplies dans ces centres de soins.

Amener des soldats pour laver des planchers, par exemple, cela permettrait de remplacer des gens qui seraient plus utiles ailleurs. Tu peux en mettre comme cuisiniers. Ils peuvent accomplir plusieurs choses.

Il y a quelques semaines, le ministre de la Défense Harjit Sajjan et le chef d’état-major Jonathan Vance annonçaient que 24 000 militaires seraient prêts à être déployés si nécessaire.

Depuis la dernière demande du gouvernement québécois, on ne les a pas encore entendus.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !