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Attention, un virus créé en Chine en 2013 n'a pas de liens avec le nouveau coronavirus

Ce virus mutant n’a absolument rien à voir avec le SRAS-CoV-2 à la source de la COVID-19.

Capture d'écran d'un article publié en 2013 sur un virus créé en laboratoire alimente à tort les soupçons sur l’origine du nouveau coronavirus. Le terme "attention" y a été superposé.

Un article publié en 2013 sur un virus créé en laboratoire alimente à tort les soupçons sur l’origine du nouveau coronavirus.

Photo : Capture d'écran - Facebook

Dépoussiéré par une poignée d’internautes, un article (Nouvelle fenêtre) publié en 2013 par le journal Le Parisien sème la confusion sur le web.

Intitulé Un virus inquiétant créé en Chine, il est présenté en guise de preuve de la fabrication en laboratoire du nouveau coronavirus au coeur de la pandémie actuelle.

Cet amalgame douteux se retrouve depuis quelques jours dans des publications sur Facebook relayées des dizaines de milliers de fois.

Capture d'écran tirée de Facebook. On y voit une photo de la version papier d'un article du journal Le Parisien publié en 2013  et intitulé "un virus inquiétant créé en Chine". Au-dessus de la photo se trouve le commentaire d'une internaute convaincue de la fabrication par l'humain du nouveau coronavirus.

Capture d'écran tirée de Facebook.

Photo : Capture d'écran - Facebook

Jointe par téléphone, la journaliste française qui a signé l’article du Parisien confie avoir été prise de court par l’extrême confusion entourant ce papier vieux de sept ans.

Je suis un peu dépassée par cette histoire. Tout d’un coup, j’ai vu surgir il y a quelques jours des personnes sur Twitter que je ne connais absolument pas, qui relayaient l’article et qui me demandaient : est-ce que c’est un fake?

Claudine Proust, journaliste spécialisée en santé et médecine

Ça n’est pas un fake! s'exclame Mme Proust, un brin amusée, tout en soulignant que d’autres médias avaient eux aussi écrit sur la même nouvelle en 2013. C’était en effet le cas de L'Obs (Nouvelle fenêtre), du quotidien britannique The Independent (Nouvelle fenêtre), du magazine Wired (Nouvelle fenêtre) et de l’Agence France-Presse (Nouvelle fenêtre).

Comme dans l’ensemble de ces publications, Mme Proust avait pourtant pris le soin d’inclure dans son article les observations d’un virologue sur les nuances à apporter à la création de ce virus hybride tant redouté.

Les faits d'abord

En réalité, cet article évoque la vague d'indignation bien réelle qui s’est emparée de la communauté scientifique après la publication (Nouvelle fenêtre) par la revue Science des résultats de recherche d’une équipe chinoise qui a créé un virus hybride de la grippe aviaire.

Ils y sont parvenus en combinant des éléments génétiques issus du virus de la grippe A (H1N1) et du virus H5N1, deux virus influenza qui ont tué des milliers d’humains depuis 2003.

Mais là s’arrêtent les similitudes entre ces deux virus et le SRAS-CoV-2 à l’origine de la pandémie actuelle. Les virus issus de la famille des coronavirus n’ont rien à voir avec les virus de type influenza.

Il y a une fausse conception par rapport à la parenté entre les virus influenza et les coronavirus, ce sont des virus extrêmement différents au niveau biologique.

Dr Hugo Soudeyns, directeur du Département de microbiologie, infectiologie et et immunologie de l’Université de Montréal.

Entre autres formé au sein de l’équipe du désormais célèbre Dr Anthony Fauci, actuel directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses aux États-Unis, le Dr Soudeyns rejette donc d’emblée la possibilité qu’une manipulation humaine ait pu donner naissance au nouveau coronavirus.

Ma conviction la plus profonde par rapport au SRAS-CoV-2, c’est la parenté avec le virus de la chauve-souris. C’est un virus qui circule dans les populations animales qui a fait un saut à l’espèce humaine, c’est extraordinairement improbable qu’il en soit autrement, précise-t-il.

L’avis du Dr Soudeyns va d’ailleurs dans le même sens que les conclusions d’une étude récente (Nouvelle fenêtre) publiée par la revue Nature, qui pointent clairement vers le passage de l’animal à l’homme de ce virus qui a contaminé plus de 2 millions de personnes jusqu’à maintenant et fait 142 000 morts.

Créé en laboratoire? Vraiment?

Mais si des scientifiques sont parvenus à créer un virus potentiellement mortel en 2013, cette possibilité n’existe-t-elle pas encore aujourd’hui dans le cas du nouveau coronavirus?

À cette question, la réponse du Dr Soudeyns est sans détour :

Des gens qui comprennent véritablement comment les coronavirus fonctionnent dans le monde, il y en a très très peu. Ce sont des virus dont le mode de fonctionnement nous échappe encore et, donc, d’avoir des gens qui auraient manipulé par génétique inverse ce genre de virus-là, c’est de la science fiction.

Dr Hugo Soudeyns, directeur du Département de microbiologie, infectiologie et et immunologie de l’Université de Montréal.

Malgré tout, nombreux sont les complotistes qui continuent de croire que le laboratoire de virologie de Wuhan a été le théâtre d’une sombre machination menant à la pandémie de COVID-19.

L’existence de cette théorie sans fondement fait sursauter Laurence Bernard, qui s’intéresse depuis plusieurs années à la gestion de risques dans des contextes de pandémies.

C’est presque Trumpien comme discours, ça m’inquiète beaucoup, mais ça fait partie du “package deal” d’une épidémie

Laurence Bernard, professeure adjointe, Faculté des sciences infirmières, Université de Montréal

Dans l’esprit de Mme Bernard, il ne fait aucun doute que tous les protocoles en matière de biosécurité et de confinement sont entièrement respectés en Chine.

Je ne crois pas du tout que la Chine, qui dépasse plusieurs pays occidentaux en termes d’investissements, de recherche et de production scientifique, ait des laboratoires qui ne permettent pas des niveaux de biosécurité suffisants, estime-t-elle.

Les adeptes des théories conspirationnistes jugent suspecte la proximité entre le laboratoire de virologie de Wuhan et le marché de fruits de mer où se fait normalement le commerce d’animaux sauvages.

Sans écarter le risque zéro, Mme Bernard insiste sur l’efficacité des mesures en place dans ce type de laboratoire à sécurité maximale.

C’est presque impossible avec les niveaux de sécurité et les niveaux de confinement qu’un pathogène arrive à se faufiler pour atteindre la communauté.

Laurence Bernard, professeure adjointe, Faculté des sciences infirmières, Université de Montréal

Le laboratoire de virologie de Wuhan est doté d’un niveau de confinement classé « type 4 » (NC4), tout comme le laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada situé à Winnipeg, là où sont manipulés les pathogènes des plus dangereux de la planète et où s’est récemment rendue une équipe de Radio-Canada.

Une jeune femme, couverte d'un scaphandre bleu en caoutchouc qui est gonflé d'air et muni d'une visière transparente, manipule une pipette qui sert à des expériences scientifiques.

Les scientifiques qui mènent des recherches dans le secteur de confinement de niveau 4, au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, travaillent dans un environnement encadré par de nombreuses mesures de sécurité.

Photo : Agence de la santé publique du Canada

Dans de telles enceintes, tout est contrôlé avec zèle en fonction de normes internationales.

L’accès y est très restreint, des murs supplémentaires préviennent toute fuite possible, des zones de pression négative forcent la circulation d’air en direction du laboratoire lorsqu’une porte s’ouvre et l’entreposage des agents pathogènes est hautement sécurisé.

L’autre obstacle majeur à l’élaboration d’un virus dangereux est la vigilance de la communauté scientifique.

Depuis plusieurs années, les grandes revues scientifiques et les associations scientifiques restreignent la publication des résultats de recherches portant sur certaines manipulations jugées dangereuses.

Le Dr Hugo Soudeyns évoque le cas des critères très serrés imposés par la Société américaine de microbiologie sur les types de recherches possibles. Il est interdit, par exemple, de créer des virus qui échapperaient à une réponse immunitaire ou de recréer des virus contre lesquels les populations ne sont pas immunisées, souligne-t-il.

Des leçons à tirer?

Au bout du fil de l’autre côté de l’Atlantique, la journaliste Claudine Proust associe la confusion liée à son article au caractère inédit du contexte actuel. Les circonstances sont tellement particulières et tellement anxiogènes et tout le monde a envie de comprendre, croit-elle.

Le hic, selon elle, c’est que le nouveau coronavirus est si difficile à comprendre que même les scientifiques peinent à comprendre.

Tous les ingrédients sont donc en ce moment réunis pour alimenter les raccourcis et la désinformation, selon cette journaliste, pour qui la nécessité de continuer à expliquer l’état des connaissances scientifiques est néanmoins essentielle.

Sa recommandation au public en général : lire les articles au complet.

Les gens s’arrêtent très souvent au titre et ne lisent pas le reste, ou encore ils comprennent ce qu’ils ont envie d’en comprendre, quels que soient les efforts qu’on fait pour être clairs et pédagogiques

Claudine Proust, journaliste spécialisée en santé et en médecine

Cette sage observation revêt une grande importance alors que sévit dans le monde ce que l’Organisation mondiale de la santé qualifie (Nouvelle fenêtre) d'infodémie ou de pandémie de fausses nouvelles.

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