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Le tweet de la Dre Francoeur « sentait la rancœur et le dépit »

Un médecin qui a combattu la maladie à virus Ebola en Sierra Leone et en Guinée dénonce l’attitude corporatiste de la présidente de la FMSQ.

Elle donne une entrevue dans un studio de télé.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur

Photo : Radio-Canada

« Il y a des journées pires que d’autres, mais ça va aller! »

La voix est faible au téléphone. Marc Forget, qui agit comme médecin-conseil pour le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, est malade de la COVID-19.

Le médecin omnipraticien a été chef de mission pour Médecins sans frontières dans le terrible fléau du virus Ebola en Afrique. Il a travaillé au Nunavik et chez les Cris dans le Nord-du-Québec. L’homme est occupé et sa présence sur les réseaux sociaux se fait rare. Il n’avait rien écrit sur Facebook depuis plus d’un an.

Pendant la journée de mercredi, après avoir lu un tweet, depuis effacé de la Dre Diane Francoeur, présidente de la FMSQ, il a pris la plume, sur un air triste et exaspéré. Le message de Mme Francoeur disait ceci : Dr Arruda vous venez demain? Ce ton lui a déplu. Ça sentait la rancœur et le dépit , explique Marc Forget, qui a répondu ceci sur les réseaux sociaux à Mme Francoeur :

Dre Francoeur, je suis médecin omnipraticien. J'ai passé les 8 dernières années à travailler comme humanitaire pour un salaire équivalent au dixième du salaire moyen de vos membres. Je suis rentré au pays récemment, et on m'a approché (le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal) pour épauler l'organisation des soins en lien avec la pandémie. J'ai aidé à organiser des trajectoires patients, à établir des zones chaudes et tièdes, j’ai expliqué les bases de la biosécurité à mes collègues. J'ai eu la malchance d'attraper le virus. Je suis donc chez moi depuis 10 jours. Je n'ai qu'une hâte, celle de servir à nouveau. Si on me demande d'aller en CHSLD pour prêter main-forte, j'irai. S'il me faut changer des couches et faire manger des vieux, je le ferai. Et je serai bien payé pour le faire. Faites pareil.

Marc Forget

En fin de journée, la présidente de la FMSQ s’est excusée pour son tweet malheureux et a fait une tournée des médias pour assurer que les spécialistes allaient répondre à l’appel.

Marc Forget a encore une fois déploré son ton. Il y a des médecins spécialistes super engagés qui font beaucoup de choses en ce moment et je les vois sur le terrain se dévouer. C’est dommage que le leadership médical envoie le mauvais message à la population.

Le médecin évoque des relations publiques ratées. Imaginez s’il y a une semaine, ils avaient levé la main pour dire : on y va! Où vous avez besoin de nous? Ça aurait été tellement une bonne occasion d’envoyer un message de solidarité à la population. Là, on dirait que c’est à reculons alors que beaucoup de membres de la fédération sont tellement prêts à aider, mais le leadership corporatif est décevant.

Le gouvernement nous jette la pierre

En conférence de presse, mercredi, l'appel de François Legault a suscité tout un émoi chez les médecins spécialistes. Certains à qui nous avons parlé étaient franchement outrés.

On veut encore nous faire passer pour des enfants gâtés quand je connais plein de gens qui ont levé la main et qu’on n’a pas rappelé. Et il y a un manque de communication, me dit une médecin spécialiste, perplexe au téléphone. Nous avons reçu une lettre mercredi matin, mais on ne sait pas trop quoi répondre. C’est pas clair ce qu’on nous demande. C'est pas correct de nous jeter la pierre!

Différentes associations professionnelles de médecins spécialistes ont décidé de tenir des réunions d’urgence mercredi soir et jeudi matin.

Il faut comprendre que, dans ce milieu, il y a beaucoup de super performants qui ne veulent pas aller faire ces tâches-là, me dit un médecin spécialiste récemment retraité qui a souhaité taire son identité. C’est délicat, vous comprenez?

Un pathologiste qui refuse lui aussi d’être identifié trouve absolument ridicule l’entente prévoyant de payer un spécialiste 2500 $ par jour s’il contribue à désengorger le problème dans les CHSLD et effectue les tâches d’un infirmier ou d’un préposé payé 10 fois moins cher que lui. Il suggère de faire appel à des infirmiers et des infirmières de centres hospitaliers qui sont désœuvrés parce que les soins courants tournent au ralenti.

Le médecin dit s’inquiéter, par ailleurs, de tous ses malades qui souffrent de maladies graves et dont l’état pourrait se détériorer si on continue de remettre à plus tard certaines procédures. Cela nous place devant des problèmes éthiques. Mes patients qui ont le cancer, par exemple, il faut que je choisisse qui va être traité en premier.

Tout ça est très complexe, insiste le médecin en guise de conclusion.

Très complexe.

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