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Le président du CHSLD Herron a un passé criminel

Le centre d’hébergement était malgré tout autorisé par l’Autorité des marchés publics à obtenir des contrats du gouvernement du Québec.

Samir Chowieri

Le promoteur immobilier et fondateur du Groupe Katasa, Samir Chowieri, en 2014

Photo : Radio-Canada

L’homme d’affaires Samir Chowieri, président du controversé CHSLD Herron, a été condamné dans les années 1980 pour complot pour trafic de drogues et complot pour fraude, selon des documents judiciaires consultés par Enquête. Une situation « inacceptable », selon le premier ministre du Québec, François Legault.

Arrivé au Canada en 1972, Samir Chowieri disait à l’époque n’avoir que 2000 $ en poche et être barbier de métier.

Quelques années plus tard, en 1980, la Gendarmerie royale du Canada ouvrait une enquête à la suite de l’arrestation de deux personnes alors qu’elles tentaient de passer la frontière libano-syrienne avec 14 kilos de haschich. Une organisation criminelle de la région de Gatineau était mêlée à cette affaire, selon le document policier.

Samir Chowieri sera reconnu coupable de complot pour trafic de drogue au palais de justice de Hull en 1981. Il écopera de deux ans de prison.

Un an plus tard, il sera condamné à 18 mois de prison pour complot pour commettre une fraude. Selon l’enquête policière, M. Chowieri avait acquis frauduleusement 12,5 tonnes de fromage sans payer le fournisseur.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada mercredi en fin d'après-midi, le porte-parole de M. Chowieri soutient que son client a obtenu un pardon de la Commission des libérations conditionnelles du Canada en 2014. « M. Chowieri ainsi que tous les membres de la direction de ces entreprises ont fait l’objet d’une enquête judiciaire avant de pouvoir investir dans des résidences pour personnes âgées », ajoute-t-il.

Une voiture de police devant l'entrée du CHSLD Herron, à Dorval.

Les autorités vont faire enquête sur les événements survenus au CHSLD Herron, à Dorval.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Enquête pour blanchiment d’argent

Samir Chowieri a aussi attiré l’attention des autorités dans les années 1990, selon des informations contenues dans une déclaration sous serment de la GRC pour obtenir un mandat de perquisition, dont le contenu n’a pas été testé en cour.

Samir Chowieri était encore soupçonné de tremper dans le trafic de drogue, mais aussi dans le blanchiment d’argent.

M. Chowieri utilisait une myriade de compagnies pour camoufler le recyclage de narcodollars, notamment pour la mafia, selon des informations obtenues par les enquêteurs. Samir Chowieri est un trafiquant de drogue et blanchisseur d'argent intelligent et prudent, selon un informateur de la GRC cité dans le document.

Alors qu’il livrait des pizzas après avoir immigré au Canada, l’homme d’affaires possédait maintenant deux Rolls Royce et deux BMW, selon un informateur.

À l’époque, l’enquête avait révélé que M. Chowieri avait effectué plusieurs voyages au Panama, en Colombie, en France, à la Barbade, aux Bahamas, au Venezuela et au Brésil.

En mars 1990, il avait affirmé à un douanier qu’il devait se rendre au Panama pour rencontrer quelqu’un pour un achat immobilier au Canada, tout en refusant d’identifier cette personne, selon la GRC.

Cette enquête était menée par la section des produits de la criminalité et tentait de remonter à l’origine des fonds investis dans les entreprises de Sam Chowieri, selon un document de justice.

Aucune accusation n’a découlé de cette enquête.

En 2002, M. Chowieri a par ailleurs été reconnu coupable d’évasion fiscale, puisqu’il faisait passer des dépenses personnelles sur le compte de sa compagnie, CHO Brothers. Il a été condamné à payer une amende de 125 000 $.

« Inacceptable », selon Legault

Malgré le passé criminel de M. Chowieri, le CHSLD Herron était autorisé par l’Autorité des marchés publics (AMP) à obtenir des contrats avec le gouvernement du Québec.

L’AMP peut refuser à une personne reconnue coupable d’un crime le droit de conclure des contrats publics. Or, cinq ans après la condamnation, la personne peut de nouveau obtenir des contrats du gouvernement, selon la loi.

Cette situation demeure « inacceptable », a déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, lors de son point de presse quotidien. Il a demandé à son équipe de confirmer les informations d’abord publiées par le quotidien La Presse.

François Legault en conférence de presse.

Le premier ministre Legault fait le point tous les jours depuis le début de la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les résidences pour aînés

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Droit en 2008, M. Chowieri expliquait avoir compris l’importance du développement de résidences pour personnes retraitées au milieu des années 1980.

La qualité de vie de nos résidents a été et sera toujours notre priorité, affirmait un message qu’il signait dans un cahier publicitaire imprimé en novembre 2017 pour souligner le 30e anniversaire d’un foyer pour personnes âgées à Gatineau.

Près de 33 ans après l’inauguration de son premier immeuble, le Groupe Katasa — à la tête duquel se trouvent Samir Chowieri et ses trois filles — possède des complexes résidentiels à Ottawa, à Montréal et à Sept-Îles, ainsi que deux édifices commerciaux à Gatineau.

L’entreprise administre aussi trois résidences pour aînés à Gatineau et quatre autres milieux de vie pour personnes âgées ailleurs au Québec.

L’un d’eux, le Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Herron, à Dorval, a été mis sous tutelle après avoir été durement frappé par la pandémie de COVID-19. 31 des quelque 150 résidents sont décédés depuis le 13 mars dernier.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, l'une des copropriétaires du groupe Katasa, Katherine Chowieri, s’est défendue en disant que la situation avait pris une tournure dramatique après l'intervention des autorités publiques, le 29 mars. Le CIUSSS nous a mis sous tutelle, dit-elle. La raison pour laquelle on a fait appel, c'était un manque de personnel qu'on avait sur le plancher après nos premiers cas de COVID. Et à partir de cette date-là, du 29 mars, on avait un décès et deux cas de COVID seulement, a-t-elle expliqué.

Avec la collaboration de Dominique Degré, Yasmine Mehdi et Pascale-Marie Dufour

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