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Ottawa montré du doigt pour la destruction de 2 millions de masques N95

Les masques N95 sont devenus une denrée des plus prisées sur le marché international.

Les masques N95 sont devenus une denrée des plus prisées sur le marché international.

Photo : AFP / Mladen Antonov

Radio-Canada

Pendant que les établissements de santé au Canada cherchent tant bien que mal à s’approprier la plus grande quantité possible de masques N95 pour protéger son personnel de la COVID-19, des experts critiquent Ottawa pour avoir mal géré, puis jeté 2 millions de ces masques l’année dernière.

Une enquête de CBC révèle qu’en fermant, le printemps dernier, un entrepôt de la Réserve nationale stratégique d’urgence (RNSU), qui était situé à Regina, le gouvernement fédéral a détruit 2 millions de masques N95, mais aussi 440 000 gants médicaux.

La RNSU, qui est sous l’autorité d’Ottawa, permet aux provinces et aux territoires à travers le pays d’utiliser les équipements médicaux qui s’y trouvent en cas de besoins urgents ou de crises sanitaires comme une pandémie.

Dans un courriel, un porte-parole de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), qui supervise la quantité de ces équipements au pays, note que les masques et les gants qui se trouvaient dans l’entrepôt en Saskatchewan ont été achetés en 2009 et qu’ils avaient dépassé la limite de cinq ans pour leur utilisation, tel que recommandé par le fabricant au moment où ils ont été jetés.

Une jeune infirmière aide un chirurgien à enfiler un gant en caoutchouc.

Des millions de masques et des milliers de gants ont été jetés l'année dernière.

Photo : iStock

La décision de jeter les fournitures et de fermer l’entrepôt sans le réapprovisionner est aujourd’hui décriée par plusieurs experts, qui reprochent ainsi à Ottawa d’avoir mal géré les provisions. En raison du besoin urgent de ces équipements dans le réseau de la santé au Canada aujourd’hui, il aurait été plus judicieux, selon eux, de les distribuer avant la date limite de leur utilisation.

Ce type de masques et ces gants n’auraient pas dû être jetés. Ces équipements auraient dû se retrouver entre les mains de quelqu’un qui aurait pu les utiliser convenablement.

John Lindsay, professeur de l’Université de Brandon, au Manitoba, spécialisé dans les mesures d’urgence et les catastrophes

John Lindsay ajoute que des masques N95 qui ont passé la date de péremption peuvent tout de même être utilisés durant une certaine période, comme le suggérait récemment l’Institut national de santé publique du Québec (Nouvelle fenêtre).

Jack Rozdilsky, un professeur de l’Université York à Toronto qui est spécialisé dans la préparation aux urgences et aux catastrophes, croit qu’Ottawa a mal réagi dans le dossier. Il considère qu’au lieu de jeter les fournitures expirées le gouvernement fédéral aurait pu envisager, si elles sont toujours efficaces, de les donner aux personnes les plus vulnérables ailleurs dans le monde.

Questionnée par CBC/Radio-Canada sur la possibilité d’offrir ces équipements aux autres pays, l’ASPC a précisé dans un courriel qu’elle n’envoie pas de matériel périmé à l’étranger.

Le Canada mal préparé

Lors d’une conférence de presse, le 1er avril dernier, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, avouait que le Canada n’avait pas suffisamment d’équipements médicaux et qu’il n’était donc pas bien préparé pour faire face à la pandémie.

Depuis des décennies, le gouvernement fédéral sous-finance des choses comme le niveau de préparation en santé publique, et je dirais que les gouvernements de partout dans le monde sont exactement dans la même situation, admettait-elle.

Patty Hajdu, de côté, lors d'un point de presse.

La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, lors d'un point de presse sur la pandémie

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Un sénateur à la retraite, David Tkachuk, siégeait au sein d'un comité qui a rédigé, en 2008, un rapport sur l’état de préparation aux situations d’urgence au Canada (Nouvelle fenêtre). Le comité, dont il était vice-président, a conclu dans son analyse que le gouvernement conservateur de l’époque avait sous-financé et mal géré le système d’intervention d’urgence du Canada.

L’ancien sénateur conservateur, qui a pris sa retraite en février mentionne toutefois que bien peu de choses ont changé depuis la publication du document, spécifiant que l’entrepôt de Regina a été fermé sans réelle explication.

Le manque d’action a eu des conséquences terribles. D’abord, parce que [l’entrepôt] n’a pas été réapprovisionné, et a plutôt été fermé. Et aussi parce que les équipements n’ont pas été utilisés, mais bien achetés puis jetés aux poubelles. Quelqu’un doit être tenu pour responsable de la situation.

David Tkachuk, ex-sénateur conservateur
Le sénateur conservateur David Tkachuk en gros plan.

Le sénateur conservateur David Tkachuk estime que le gouvernement fédéral aurait dû réapprovisionner l'entrepôt de Regina au lieu de le fermer.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Nous ne serons peut-être jamais en mesure de trouver des réponses à propos des provisions de fournitures médicales et la façon dont les décisions ont été prises, souligne pour sa part Jack Rozdilsky.

De nombreuses provisions, mais aussi beaucoup de décisions à ce sujet, existent sous un voile de sécurité national, poursuit-il.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

Une montagne de masques et de gants

Le propriétaire d’une entreprise de poubelles à Regina, Joe Audette, soutient avoir été contacté, en mai dernier, par la RNSU afin de l’inviter à soumissionner pour un projet qui impliquait de vider l’entrepôt de Regina fermé par Ottawa et qui contenait principalement des gants et du matériel léger.

Un employé de la RNSU lui a demandé des informations spécifiques sur ses bennes à ordures et a estimé qu’il lui en faudrait 40 pour réaliser le travail, raconte Joe Audette.

C’est mémorable parce que ça aurait été la plus grosse commande que j'aie vue, explique-t-il.

Quelques semaines plus tard, Joe Audette a compris que les masques et les gants avaient finalement été livrés à un concurrent avec des dizaines de bennes à ordures de 30 verges (27,5 mètres), l’un des plus grands équipements qu’il est possible de louer, selon lui.

Joe Audette se souvient qu’à l’époque il considérait qu’il s’agissait d’un grand gaspillage sans toutefois y prêter beaucoup d’attention, mais alors que le système de santé canadien sonne l’alarme sur la pénurie de masques N95, il pense que cette anecdote illustre une occasion manquée d'améliorer la situation.

Avec les informations de Geoff Leo

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