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Opération pour un cancer reportée : « J'avais le plan de guérir »

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Marie Blouin

Le reportage de Nicole Germain

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Une résidente de Québec devait subir une mastectomie et une reconstruction mammaire le 1er avril, mais tout a été annulé en raison de la pandémie de COVID-19.

J'avais le plan de guérir. Je me disais : "Je vais passer au travers, je vais être forte, je vais faire ce qu'il y a à faire." Mais là, tous mes plans ont déraillé, souligne Marie Blouin, au bout du fil, fatiguée, la gorge nouée.

Les dernières semaines ont été difficiles. L'espoir auquel elle s'accrochait encore au début du mois s'est amenuisé. Elle ne subira vraisemblablement pas sa mastectomie en avril.

C'est quelque chose de gros pour une femme, de perdre un sein. Je suis désolée, mais ce n'est pas comme enlever une dent. Je traîne ce stress-là, cette anticipation. C'est comme si j'avais à le vivre et le revivre continuellement.

Marie Blouin

Garder le moral

La vie de Marie Blouin ne serait pas menacée. Du moins, c'est ce que son oncologue lui a dit. Elle n'a pas d'autres choix que de le croire. Son cancer étant isolé, il n'est pas considéré comme une urgence majeure.

Mais comment garder le moral quand on ignore à quel moment on sera guéri? D'autant plus que sa mère, Françoise, est elle-même morte du cancer du sein à 38 ans.

Je parle beaucoup au téléphone ces temps-ci. Je me suis bâti un groupe de support. Je parle à des bénévoles qui sont des survivantes de cancer. Je parle à ma famille.

Âgée de 53 ans, Marie Blouin ne veut pas qu'on la prenne en pitié. Elle s'estime même chanceuse que son cancer ait été détecté de façon prématurée. Du bout des lèvres, elle finira par admettre que les répercussions psychologiques de la maladie la rattrapent petit à petit.

Mon cancer a été détecté très tôt, ç'a été une belle chance. Mais là, je suis aux prises avec.

Marie Blouin

Je ne veux pas qu'on mette les personnes âgées de côté, mais je veux qu'on pense aux gens qui étaient malades avant la crise. On se sent un peu oubliés en ce moment.

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Marie Blouin en entrevue devant une rivière bordée d'arbres.

Marie Blouin souffre d'un cancer du sein. Elle devait se rendre à l'hôpital le 1er avril, mais l'opération a été annulée.

Photo : Radio-Canada

Des cas urgents

La Société canadienne du cancer se dit parfaitement consciente de l'anxiété qui guette les patients atteints de cancer.

Son porte-parole, André Beaulieu, explique que la crise actuelle force le réseau de la santé à traiter en priorité les patients dont la situation est plus urgente.

Un plan d'action sera ultimement nécessaire, dit-il, pour pouvoir offrir des soins à toutes les personnes dans le besoin.

Plus les semaines passent, plus on est en train de créer des dizaines, des centaines de cas qu'on va devoir traiter. [...] Chaque jour, il y a des nouveaux cas qui s'ajoutent à ceux que l'on doit traiter.

André Beaulieu, porte-parole de la Société canadienne du cancer

André Beaulieu rappelle également qu'il faut protéger les patients cancéreux qui se rendent dans un centre hospitalier. Leur système immunitaire étant plus faible, il faut à tout prix éviter qu'ils contractent le virus de la COVID-19.

Priorisation

Le CHU de Québec-Université Laval assure que tous les cas sont évalués par [les] équipes médicales et [que] les cas urgents sont priorisés.

Comme tous les hôpitaux, nous suivons les directives du ministère de la Santé et des Services sociaux et nous avons réduit nos volumes de chirurgies et de traitements - ce qui inclut l'oncologie - pour être prêts à faire face à la pandémie de COVID-19.

Bryan Gélinas, porte-parole du CHU de Québec-Université Laval

Il y a près d'une semaine, le médecin de Marie Blouin lui a passé un coup de fil pour lui proposer que son nom soit ajouté sur une liste. Cette liste lui permettrait d'avoir droit à une mastectomie.

À quel moment? Il n'a rien pu lui promettre. Elle a accepté.

Pour obtenir une reconstruction mammaire, elle devra cependant attendre après la pandémie. Rien n'est plus incertain à ses yeux.

Alors, d'ici là, elle continue de suivre les recommandations de son médecin, comme elle l'a toujours fait, en prenant des bloqueurs d'hormones pour ralentir la maladie, en attendant que son téléphone sonne à nouveau.

Avec la collaboration de Nicole Germain et de CBC

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