•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un infirmier marqué par son passage à la Résidence Floralies LaSalle

« J’ai fini par avoir peur d’entrer dans un tel endroit, voir autant de gens mourants. »

Younes Babaei Inanloo en entrevue.

Younes Babaei Inanloo a constaté l’écart de ressources et d’organisation entre le milieu hospitalier et le CHSLD où il donnait un coup de main.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre François Legault multiplie les annonces ces jours-ci pour convaincre des volontaires d’aller prêter main-forte au personnel soignant des CHSLD. Or, un infirmier d’expérience témoigne combien ce qu’il a vu dans l’un des CHSLD sous surveillance au Québec l’a marqué à tout jamais. Et l’a convaincu de prendre une pause.

Jusqu’à la fin de la semaine dernière, Younes Babaei Inanloo acceptait des quarts de travail à la Résidence Floralies LaSalle. Depuis quatre mois, je donnais un coup de main au CHSLD Floralie LaSalle à l’invitation d’un ami, explique-t-il. Ces dernières semaines, c’était plus fréquent.

Infirmier aux soins intensifs de métier, Younes travaille de nuit depuis quelques années à l’Hôpital Fleury, dans le nord de Montréal. Un emploi qu’il a conservé tout en travaillant au CHSLD. Ce n’était vraiment pas pour l’argent, assure-t-il, c’était pour aider.

Cependant, ces derniers jours, Younes a senti que c’en était trop.

« Je viens d’un pays, l’Iran, où on a vécu des crises, la guerre, des tremblements de terre. J’ai travaillé 10 ans en Iran aux soins intensifs. Je n’avais jamais peur d’entrer à un endroit. Mais là, au Floralies LaSalle, j’ai fini par avoir peur d’entrer dans un tel endroit, voir autant de gens mourants, appeler des familles pour leur annoncer de mauvaises nouvelles, voir l’organisation du travail. »

— Une citation de  Younes Babaei Inanloo

Il a constaté l’écart de ressources et d’organisation entre le milieu hospitalier et le CHSLD. Du personnel manquait d’équipements de protection, n’appliquait pas toujours les consignes de prévention. Des gens passaient d’une chambre à l’autre, qui étaient à côté des autres gens souffrants. J’avais des gens dans mes bras pour [les] envoyer à l’hôpital.

Il se rappelle une fois avoir reçu un appel d’un hôpital qui voulait retourner un résident hospitalisé au CHSLD. Je les ai suppliés de ne pas le retourner ici.

Un CHSLD sous surveillance

Selon un porte-parole du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, le CHSLD Les Floralies est le CHSLD privé [du territoire] dont la situation est la plus critique. Selon la liste des résidences sous surveillance fournie mardi en soirée par Québec, Floralies LaSalle comptait 21 cas confirmés de COVID-19. Le CIUSSS recensait 14 décès. Un bilan qui s’est alourdi depuis la fin de semaine.

Joint par Radio-Canada, le PDG de la Résidence Floralies LaSalle, Benoît Lellouche, dit collaborer pleinement avec le CIUSSS depuis le début de la crise.

Radio-Canada rapportait la fin de semaine dernière que la famille de Nathalie Stein était parvenue au cours des jours précédents à faire sortir sa mère, Mme Hamel, de la Résidence Floralies LaSalle. Je n’arrivais pas à obtenir d’informations de la résidence, déplore-t-elle. En deux semaines, on a pu joindre quelqu’un deux fois, malgré de nombreux appels [...] Chaque fois, on me disait qu’il n’y avait pas de COVID-19 de confirmé à la résidence et qu’on manquait de personnel.

Cette dernière redoutait que des soins palliatifs ne puissent être prodigués de manière appropriée si le pire devait survenir.

Un ambulance  avec un groupe de femmes portant un masque.

Selon la liste fournie par le gouvernement, la Résidence Floralies LaSalle comptait 21 cas confirmés de COVID-19 en date de mardi soir.

Photo : Radio-Canada

« Je ne suis pas spécialiste en communication »

Benoît Lellouche reconnaît que les familles auraient dû être mieux informées de la situation à la Résidence Floralies LaSalle. Depuis lundi, nous envoyons un courriel aux familles. Vous savez, je ne suis pas spécialiste en communication. Pourquoi ne pas partager les stats sur la COVID avec les familles dès le début? Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de faire, on se disait qu’on partageait l’information avec le CIUSSS. C’était une erreur d’avoir voulu préserver les familles, les protéger.

Dans le document envoyé lundi aux familles des résidents, M.Lellouche explique qu’en dépit des mesures que nous avons mises en place pour assurer la santé et la sécurité de notre personnel, certains ont été atteints de la COVID-19. Pour leur santé et celle des résidents, nous avons immédiatement ordonné à tous ceux qui avaient des symptômes qu’ils et qu’elles restent à la maison, ainsi qu’à nos employés ou bénévoles ayant plus de 70 ans. Nous nous retrouvons donc dans une situation de manque à combler au niveau de notre personnel, tout en maintenant les services essentiels décrits précédemment. Cette situation explique les présents délais dans les retours d’appels aux familles de nos résidents [...] Sachez que nous collaborons quotidiennement avec le gouvernement pour adopter les meilleures pratiques sanitaires et continuer d’offrir les services essentiels pour nos résidents.

La résidence privée pour aînés Floralies LaSalle dispose de 232 places, dont 78 en CHSLD privé et 27 en ressources intermédiaires, selon le registre du ministère de la Santé et des Services sociaux. Elle dispose d’ententes de services avec divers établissements publics tels que le CIUSSS de l’Ouest-de-l'Île-de-Montréal, le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal et le CISSS de la Montérégie-Ouest.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...