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COVID-19 et protection de la jeunesse : le télétravail est-il vraiment une option?

Un dessin d'arc-en-ciel dans une fenêtre.

L'arc-en-ciel est devenu un symbole d'espoir dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Photo : iStock

Les intervenants sociaux en protection de la jeunesse doivent adapter leurs méthodes de travail en raison de la COVID-19. Ils réclament le droit de faire davantage de télétravail, mais plusieurs interventions cruciales pour protéger les enfants vulnérables ne peuvent tout simplement pas être effectuées à distance.

Le rôle de la protection de la jeunesse est d’autant plus important en ces temps de confinement. Le nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a connu une baisse de 33 % en Outaouais depuis le début de la crise, passant d’environ 150 signalements par semaine à une centaine.

C’est beaucoup 33 %, puis ça démontre comment le filet social est fragilisé en ce moment, d’où l’importance d’être encore plus vigilant pour les enfants que l’on connaît, indique la directrice de la protection de la jeunesse au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, Colette Nadeau.

Colette Nadeau en entrevue par visioconférence.

Colette Nadeau est la directrice de la protection de la jeunesse au CISSS de l’Outaouais.

Photo : Radio-Canada

Pour les intervenants en protection de la jeunesse, la rédaction de notes et de rapports, de même que les suivis téléphoniques peuvent se faire facilement en télétravail.

Or, les vérifications sur le terrain, les interventions auprès des enfants, des parents et des milieux de vie substitut, et la supervision des contacts parents-enfants sont impensables à distance, souligne Christine Prégent, représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Outaouais.

Il y a encore des interventions qui se font à domicile ou qui requièrent qu’on soit à une certaine proximité, en dessous du deux mètres de distance.

Christine Prégent, représentante nationale de l'APTS en Outaouais

Dans un cas de négligence pour malnutrition par exemple, l’intervenant doit faire des vérifications dans les armoires de cuisine et effectuer une visite complète de la maison.

Les intervenants sociaux en protection de la jeunesse doivent notamment déterminer si l’enfant doit être retiré de son milieu familial pour assurer sa santé et sa sécurité, que ce soit pour négligence parentale, abus physique ou psychologique, pour des troubles de santé mentale, d’anxiété sévère ou des idées suicidaires.

Christine Prégent est interviewée dans un bureau de l'organisme.

Christine Prégent est représentante nationale à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Outaouais (archives).

Photo : Radio-Canada

Protéger les intervenants pour protéger les enfants

Afin d’assurer une protection aux intervenants, le CISSS de l’Outaouais leur fournit des équipements de protection individuels pour les visites à domicile. La représentante nationale à l’APTS Outaouais croit que ce matériel est insuffisant pour faire face à la crise.

On peut avoir un petit kit où il y a trois paires de gants, une jaquette et deux masques. Ceux qui vont offrir des services à domicile sont restreints à cet équipement-là pour faire l’ensemble de leurs interventions de la journée.

Christine Prégent, représentante nationale de l'APTS en Outaouais

La directrice de la protection de la jeunesse de l’Outaouais rétorque toutefois que les intervenants peuvent aviser leur gestionnaire lorsqu’ils manquent d’équipement de protection et que la direction s’assure de fournir un kit complet à chaque jour.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

La technologie au service des intervenants

Mme Nadeau, de la protection de la jeunesse de l’Outaouais, affirme que les moyens technologiques — comme les conférences téléphoniques et les vidéoconférences — sont utiles dans ces temps difficiles.

Nos intervenants ont accès aussi au télétravail pour limiter le nombre dans nos installations et respecter la distanciation sociale de deux mètres prescrite par la santé publique.

Colette Nadeau, directrice de la protection de la jeunesse au CISSS de l’Outaouais

Les intervenants sociaux de l’Outaouais qui possèdent un ordinateur portable à la maison peuvent actuellement effectuer certaines tâches directement de leur domicile, de façon sécuritaire et confidentielle, selon madame Nadeau.

L’employeur tente d’acheter des ordinateurs supplémentaires pour bonifier le nombre d’intervenants en télétravail. Certaines vidéoconférences peuvent s’effectuer à distance, mais dans les bureaux du CISSS de l’Outaouais pour l’instant.

Mme Nadeau affirme qu'une évaluation du risque est primordiale avant chaque visite dans un milieu familial par un intervenant social de la DPJ.

Dans les situations où il croit que ce n’est pas nécessaire d’aller à domicile, il doit y avoir une discussion avec leur gestionnaire pour s’assurer qu’on a une bonne analyse.

Colette Nadeau, directrice de la protection de la jeunesse au CISSS de l’Outaouais

Dans la plupart des situations, il faut aller à domicile, surtout dans les situations où les enfants étaient déjà victimes de négligence de façon important, précise-t-elle. L’intervenant doit s’assurer de protéger les enfants et que les parents soient en mesure de bien répondre à ses besoins de base, comme la nourriture, l’encadrement, la surveillance.

Vulnérabilité accrue en temps de crise

Le professeur Simon Lapierre de l’École de service social de l’Université d’Ottawa estime que le confinement imposé par le gouvernement provincial pour contrer la pandémie peut accentuer des problématiques familiales et nécessiter davantage d’interventions en protection de la jeunesse.

Cette crise-là, le stress qui y est associé, les conditions de confinement, placent [les enfants] dans une situation d’isolement et de vulnérabilité accrue, explique l'expert. Dans ce contexte, M. Lapierre précise qu’il est essentiel de maintenir les ressources d’aide et de s’assurer qu’elles puissent faire ce qu’il faut pour assurer la sécurité des enfants.

Simon Lapierre répond aux questions d'une journaliste dans son bureau.

Simon Lapierre est professeur à l'École de service social de l’Université d’Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

Le milieu scolaire est habituellement le lieu de nombreux signalements à la DPJ et de rencontres avec les enfants. En contexte de confinement, il devient plus difficile, voir impossible de discuter seul à seul avec l’enfant.

M. Lapierre reconnaît qu’il faut trouver de nouvelles façons de communiquer avec les enfants et les familles afin de diminuer les risques de propagation de la COVID-19, toujours sans compromettre la sécurité des enfants. Par exemple, afin d’évaluer la nécessité de retirer un enfant victime de violence, une rencontre virtuelle ne serait pas la méthode à privilégier.

Les consultations psychologiques en télétravail

Pour d’autres professionnels de la santé, tel que les psychologues, le télétravail est plus réaliste en temps de crise. Les appels téléphoniques et les consultations par vidéoconférence sont plus propices qu’en protection de la jeunesse.

La Dre Suzanne Filion, psychologue clinicienne, dit être agréablement surprise du lien de confiance qu’elle est en mesure d’établir avec ses patients lors de ses consultations en télésanté, malgré la distance et l’écran qui les séparent.

Vice-présidente du développement et de l’intégration à l’Hôpital général de Hawkesbury, elle reconnaît toutefois que pour certaines personnes, cela ajoute un défi supplémentaire.

Si la personne a déjà du mal à établir des relations de confiance, c’est certains que ça n’aide pas, on ajoute un écran, une barrière entre nous et la personne.

Suzanne Filion, psychologue clinicienne

La Dre Filion reconnaît que la COVID-19 a forcé ses collègues et elle à utiliser davantage les outils technologiques de consultation à distance. La nature confidentielle de leur travail pose toutefois plusieurs défis de cybersécurité.

On doit s’assurer que ça respecte les normes au niveau de la sécurité et de la confidentialité. On n’a pas énormément de choix [d’outils technologiques], conclut-elle.

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