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Des familles inquiètes pour le rapatriement de proches défunts

Un homme en tenue de plastique, masqué et muni de gants, pousse un cercueil dans un corbillard.

Les rapatriements des défunts sont devenus complexes en raison de la pandémie de la COVID-19.

Photo : Reuters / Susana Vera

Thilelli Chouikrat

Les rapatriements de corps de Canadiens décédés à l'étranger ou de personnes d'origine étrangère vers leur pays natal sont plus compliqués avec la crise actuelle de la COVID-19.

Mirna Saad, une résidente de Windsor, est d'origine libanaise. L'an dernier, son mari a perdu, coup sur coup, deux membres de sa famille, décédés aux États-Unis. Ils ont été enterrés au Liban. Le couple, qui a l’expérience de cette procédure, craint maintenant de voir celle-ci se complexifier à la suite de la pandémie du coronavirus.

Mon mari [m'a dit] qu'un jour quand il sera décédé (...), "moi je veux pas être enterré ici, je veux être enterré au Liban", explique-t-elle.

Si ça continue comme ça c’est un grand souci pour nous, une grande inquiétude. (...) Parce qu'on est attachés à notre terre, à notre pays.

Mirna Saad, une habitante de Windsor

Mirna Saad explique que ses aïeux et ceux de son époux reposent tous au pays du cèdre. Il est donc primordial de les rejoindre, le jour venu.

Selon elle toutefois, beaucoup de membres de sa communauté préfèrent acheter des terrains au Canada, pour un enterrement sur place. Elle évoque le prix élevé du rapatriement des corps de personnes décédées, qui peut s'élever jusqu'à 12 000 dollars, en fonction du pays de destination.

Majid Guessous, un membre de l'association musulmane de Windsor, explique aussi que la plupart de ses coreligionnaires choisissent d'être inhumés au Canada, pour des raisons économiques, mais aussi pour suivre un précepte de l'Islam qui demande d'enterrer rapidement une personne décédée.

M. Guessous indique que certaines de ses connaissances ont tout de même choisi leur pays d'origine pour dernière demeure. Il s'inquiète aussi pour les personnes venues de l'étranger pour visiter leur famille au Canada. En cas de décès, la procédure de rapatriement serait coûteuse et délicate, selon lui.

Des obstacles administratifs

Éric Navel est conseiller de presse et communication de l’Ambassade de France à Ottawa. Selon lui, aucun cas de rapatriement du Canada vers la France ne s'est encore présenté, mais il confirme que l'opération serait complexe. En raison notamment de la réduction des activités des consulats, qui sont actuellement très sollicités par leurs ressortissants.

Il explique également que les rapatriements de défunts se font dans le cadre d’accords consulaires. C'est au pays qui reçoit la dépouille de délivrer une autorisation. En France, les municipalités doivent donner leur accord pour un enterrement sur leur territoire. Or, Éric Navel n'est pas certain que celles-ci soient actuellement en mesure de délivrer des autorisations d'inhumation.

L’impact de la crise est tellement énorme et touche tous les niveaux d'administration et de vie que là je n’ai pas encore ces détails-là, constate-t-il.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

...et logistiques

Par ailleurs, la question de l'accompagnement du corps du défunt par un proche se pose également. De telles dispositions sont actuellement impossibles en raison des mesures sanitaires prises pour empêcher la propagation du virus.

Jane Pigott, directrice générale de MacKinnon & Bowes, une entreprise de pompes funèbres située à Toronto et spécialisée dans le rapatriement des corps de défunts, a d'ailleurs noté une baisse des demandes de familles.

La société procède habituellement à près de 5000 rapatriements par an : environ 3500 vers l’étranger et 1500 de l’étranger vers le Canada. Mais selon la directrice générale, des familles renoncent à enterrer un proche dans un autre pays depuis le début de la crise, précisément parce qu’elles ne peuvent pas accompagner le corps de la personne décédée.

Elle souligne également que la baisse du trafic aérien perturbe ces opérations. Il y a moins de vols, mais il y a aussi moins de places sur chaque vol, ajoute-t-elle.  

Au sujet des rapatriements vers le Canada, elle explique que les normes à respecter varient en fonction des pays concernés par la procédure.

Si on a besoin d’avoir des certificats de santé et des cercueils spécialisés, c’est aussi possible qu'on attende ça pour rentrer à la maison. Quand il y a différentes places qui sont fermées dans les pays, c’est difficile d’avoir ces cercueils pour aller sur l’avion.

Pour les rapatriements effectués depuis ou vers les États-Unis, Jane Pigott souligne qu'ils ont toujours lieu. En revanche, elle rappelle que la personne qui conduit le véhicule du Canada vers les États-Unis devra à son retour rester en quarantaine pendant 14 jours.

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