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Réouverture des écoles : les profs et les directeurs dans le néant

Le milieu scolaire réclame de connaître les différents scénarios de réouverture des écoles afin de pouvoir réfléchir aux mesures sanitaires à mettre en place.

Une salle de classe vide photographiée à travers l'œil magique d'une porte.

Québec ne semble pas pressé d'informer les employés du réseau de l'éducation de la suite des choses.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

« On est sans nouvelle des scénarios de retour à l’école », déplore Nicolas Prévost, directeur de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

Ce dernier ne cache pas sa colère. On a travaillé pour mettre en place, avec le gouvernement, des comités de travail, mais on n'a plus de nouvelles. On a l’impression de recommencer à zéro. Il nous faut des informations, clame-t-il.

C’est sûr que ça nous déçoit, poursuit Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE). 

Si le premier ministre du Québec, François Legault, multiplie ces derniers jours les déclarations au sujet d’un éventuel retour en classe, aucun plan concret ne semble avoir été présenté au milieu éducatif. C’est très difficile et ça démotive des gens en place, confie Nicolas Prévost.

On ne sera pas prêt pour le 4 mai. Ça nous prendrait un mois pour préparer un retour avec les règles de distanciation qu’on mettrait en place.

Nicolas Prévost, président de la FQDE

On a vraiment besoin de balises et de délais rapidement. On est dans l'attente, complète Carl Ouellet.

François Legault prudent

Après avoir évoqué, la semaine passée, une réouverture des écoles et des garderies « avant » le 4 mai, François Legault se montre désormais plus prudent.

Le « trio gouvernemental » en conférence de presse.

Selon François Legault, il n'est pas question de rouvrir « à court terme » les écoles du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Mardi, le premier ministre est resté flou et n’a évoqué aucune date, tout en précisant que des discussions seront menées avec la Direction de la santé publique.

Je veux être bien clair, on n’est pas rendu là. Il n’est pas question de rouvrir les écoles à court terme.

François Legault, premier ministre du Québec, le 14 avril

Plusieurs scénarios sont cependant à l’étude, a précisé ces derniers jours François Legault. Classes réduites, réouverture dans certaines régions et présence facultative sont quelques-unes des possibilités auxquelles on réfléchit à Québec.

Le premier ministre a ajouté mardi qu’il faudra voir ce qu’on fera avec les enseignants de plus de 60 ans, qui, en raison de leur âge, sont plus à risque face à la COVID-19.

Des ratios en baisse dans les garderies?

D’autres préoccupations sont également à prendre en compte dans les garderies et les CPE. Le ministère de la Famille réfléchit par exemple à une révision, à la baisse, des ratios d’enfants par éducatrice, a appris Radio-Canada. Dans un premier temps, Québec n'envisage pas un retour complet des enfants en mai dans ces lieux, donc il pourrait y avoir moins d’enfants dans chaque local. L’enjeu, glisse-t-on, sera cependant de s’assurer d’avoir assez d’éducatrices et d’espace disponibles. En raison de ces contraintes, il semblerait impossible d’ouvrir à nouveau ces services de garde au grand public avant le 4 mai.

Une école à « repenser »

Il va falloir rendre sécuritaires nos lieux d’encadrement. Comment respecter la distanciation dans une classe de 34 élèves? Comment fait-on dans le réfectoire? Devant les casiers? C’est toute une école à repenser, illustre pour sa part Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement.

Tout ça s’organise, se planifie. Ça ne se fait pas en une semaine, ni deux. Le 4 mai, c’était hier! Et on ne nous a toujours rien présenté.

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement

On n’est pas contre un retour, mais on veut connaître les mesures, ajoute-t-elle, alors que Nicolas Prévost évoque d’autres préoccupations mises de l’avant par des parents.

Il n’y a pas que l’école, il y a aussi le transport. Il faut s'asseoir ensemble pour y réfléchir. Ça fait trois semaines qu’on nous dit qu’on va s’y pencher, mais on ne nous dit rien. Si le ministère [de l’Éducation] n’a aucune réponse, qu’il nous le dise, clame-t-il.

On veut être proactif, on veut collaborer et notre porte est ouverte. Mais là, on n’est pas prêt pour le 4 mai, reprend Carl Ouellet.

Une classe en Allemagne.

En Allemagne, une réouverture des classes devrait être annoncée prochainement par la chancelière Angela Merkel.

Photo : Reuters / Kai Pfaffenbach

Les écoles ouvrent au Danemark, l’Allemagne se prépare

Du côté des autorités sanitaires, qui, selon François Legault, auront le dernier mot dans ce dossier, on ne cache pas étudier ce qui est actuellement proposé par différents gouvernements européens.

Le premier ministre et Horacio Arruda, le directeur national de santé publique, ont d’ailleurs mentionné, il y a quelques jours, que l’évolution de la pandémie au Québec suivait une trajectoire similaire à celle du Portugal et de l’Allemagne.

Alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, doit annoncer mercredi l’avenir du confinement actuellement en place (Nouvelle fenêtre), l'influente Académie allemande des sciences Leopoldina recommande la réouverture aussi vite que possible des écoles primaires et secondaires.

Cette organisation, qui regroupe de multiples experts, précise que sa recommandation s’appuie notamment sur le fait que la crise a entraîné l'aggravation des inégalités sociales, et que ce ne sont pas tous les élèves qui sont égaux devant la pandémie.

La priorité doit aller aux classes de fin du primaire, l’équivalent de la 6e année au Québec, afin que les élèves puissent se préparer à la transition vers l'école secondaire. Par contre, la réouverture des garderies n’est pas recommandée.

Puisque les enfants en bas âge ne respectent pas les règles de distanciation et les mesures de protection, les garderies doivent rester en fonctionnement d'urgence jusqu'aux vacances d'été.

Extrait des recommandations de l’Académie nationale des sciences Leopoldina, en Allemagne

Quant à l’école primaire, le retour progressif doit commencer par une réduction significative de la taille des groupes (15 élèves maximum) afin de respecter l'exigence de distance, explique-t-on. Enfin, on demande de se concentrer sur les matières principales (allemand et mathématiques à l'école primaire).

Des tables dans une école au Danemark.

Dans les écoles danoises, les tables seront désormais espacées de deux mètres.

Photo : Reuters / Liselotte Sabroe

Un peu plus au nord, au Danemark, les écoles et les garderies doivent rouvrir mercredi. Il s’agit d’une première en Europe depuis le début de la crise, une décision inspirée par l’aplatissement de la courbe de transmission du virus dans ce pays d’un peu plus de 5 millions d’habitants.

L’autorité sanitaire du pays, la Sundhedsstyrelsen, a néanmoins élaboré de nombreuses directives :

  • les enfants doivent être assis à deux mètres de distance;
  • ils doivent être divisés en petit groupe (de 3 à 5) et rester entre eux;
  • les mains doivent être lavées régulièrement;
  • les locaux et les jouets doivent être désinfectés plusieurs fois par jour;
  • le nombre de bus scolaires doit être augmenté pour respecter les distances (2 mètres);
  • les parents doivent récupérer leurs enfants à des moments précis.

Une stratégie qui cause la controverse

Le déconfinement à la danoise suscite son lot de critiques et de controverses, puisque sans le dire expressément, les autorités favorisent ainsi une transmission contrôlée du virus chez les enfants.

C’est une voie extrêmement dangereuse, ont d’ailleurs écrit trois chercheurs australiens dans un papier publié sur le site The Conversation.

Toutefois, ajoutent James Trauer, de l’Université Monash, Ben Marais, de l’Université de Sydney, et Emma McBryde, de l’Université James Cook, l'absence quasi totale de mortalité chez les enfants et les jeunes adultes peut nous permettre d'envisager des moyens de renforcer l'immunité de groupe.

Faire en sorte qu'une proportion importante de la population développe une immunité naturelle au virus - de manière contrôlée - pourrait être le seul moyen de ralentir sa propagation tout en retrouvant nos modes de vie antérieurs, en l'absence d'un vaccin efficace, écrivent-ils.

Il est vrai que les enfants ne sont pas un groupe à risque de maladie grave ou de complications liées à la COVID-19, remarque pour sa part Caroline Quach-Thanh, épidémiologiste responsable de l’unité de prévention et de contrôle des infections au CHU Sainte-Justine, à Montréal. 

Par contre, ajoute-t-elle, il est impossible de prévoir, à l’heure actuelle, si les enfants vont être le pont de transmission vers des personnes plus vulnérables comme les professeurs, les parents ou les grands-parents.

Les données manquent afin de bien alimenter les modélisations mathématiques et les matrices de contact qui servent à comprendre la façon dont se transmet réellement ce nouveau virus, insiste-t-elle.

Personne n’a de boule de cristal, a-t-elle lancé samedi au micro d’Alain Gravel, sur ICI Première. Ce qu’on sait, c’est qu’éventuellement il va falloir déconfiner. Et c’est probablement la décision la plus difficile à prendre.

Cette décision, la France l’a prise lundi, quand le président Emmanuel Macron a annoncé la réouverture des crèches – l’équivalent des garderies et CPE –, des écoles, des collèges et des lycées pour le 11 mai. L’école ne sera néanmoins pas obligatoire, a précisé mardi matin le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, qui a évoqué un retour progressif.

On parle de professeurs qui pourraient être masqués, de locaux nettoyés et d’aménagement de plages horaires par petits groupes.

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