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Devrait-on rouvrir les écoles? Les experts sont partagés

Le pour et le contre de la réouverture des écoles.

Des pupitres dans une classe d'école vide.

Nombre d'experts et de parents s'opposent à la réouverture des écoles.

Photo : iStock

Alors que les gouvernements du Québec et de l'Ontario ouvrent la porte à une possible reprise des classes, plusieurs experts préviennent que la réouverture des écoles pourrait mener à une deuxième vague de cas de COVID-19.

Au Québec, le premier ministre François Legault a affirmé que les enfants étaient « beaucoup moins à risque » face au coronavirus, tout en ajoutant qu'aucune décision n'avait été prise quant à la réouverture des écoles.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford a indiqué que les écoles ne rouvriraient pas le 4 mai, mais il a précisé que ça ne voulait pas dire que le reste de l'année scolaire serait annulé.

Nombre d'enseignants et de parents s'opposent à la reprise prochaine des classes, tant en Ontario qu'au Québec. Plusieurs voudraient attendre la rentrée en septembre.

C'est aussi l'avis de l'épidémiologiste et professeur à l'Université d'Ottawa Raywat Deonandan. Pour lui, cela ne vaut pas la peine de courir le « risque » de rouvrir les écoles, comme l'année scolaire est déjà presque terminée.

L'Ontario et le Québec et la majeure partie du Canada seront encore en train de traverser la première vague de l'épidémie au début mai. Même selon les projections les plus optimistes, on ne s'attend pas à ce que cette vague se dissipe avant la fin juin, au plus tôt.

Raywat Deonandan, épidémiologiste

Le Dr Yves Longtin, spécialiste en prévention des maladies infectieuses à l'Hôpital général juif de Montréal et professeur à l'Université McGill, affirme qu'il n'existe pas de consensus dans le monde actuellement en matière de déconfinement.

Les avantages [de rouvrir les écoles] sont de limiter le retard scolaire et de permettre aux parents de reprendre leur emploi. Le risque est bien entendu la survenue d'une possible deuxième vague de cas.

Yves Longtin, professeur à l'Université McGill

Immuniser les enfants

Il est vrai, dit le professeur Deonandan, que les symptômes sont plutôt faibles en général chez les jeunes infectés par le coronavirus, mais ces derniers pourraient devenir des « vecteurs » et infecter leurs parents et leurs grands-parents.

Après tous les progrès accomplis au cours des dernières semaines pour aplatir la courbe, il serait dommage d'annuler tous ces efforts avec une réouverture prématurée, lance-t-il.

La professeure de médecine à l'Université de Toronto Anna Banerji est d'accord. Oui, bien des enfants pourraient être exposés à la maladie à l'école et être immunisés, comme l'a affirmé le directeur de la santé publique au Québec Horacio Arruda, mais certains élèves qui ont déjà des problèmes de santé pourraient être « très malades », dit-elle.

Sans parler, note-t-elle, du risque pour les enseignants plus âgés et le reste de la population.

Elle admet que l'Italie, la province de Wuhan en Chine et la France ont rouvert ou se préparent à rouvrir leurs écoles, mais la situation y est différente, selon elle. La plupart de leurs habitants ont déjà été exposés au coronavirus et ont été immunisés, souligne-t-elle.

Pour sa part, le Dr Longtin dit qu'il est trop tôt pour savoir à quel point une personne infectée est immunisée. Guérir de la COVID-19 pourrait mener à une immunité durable et prolongée, mais une immunité partielle ou temporaire est aussi possible, soutient-il.

Difficile donc de savoir si l'immunité acquise maintenant par les élèves grâce à un retour en classe les protégerait contre une autre vague possible du coronavirus l'hiver prochain.

Finie la distanciation sociale?

Un autre enjeu : quelle sera la réaction des parents, des enfants et du public en général quant aux mesures actuelles de distanciation physique, si les écoles sont rouvertes?

Le risque est là, selon le professeur Deonandan.

Une fois que les enfants sont tous ensemble à l'école, il devient difficile de convaincre les familles de l'utilité de la distanciation sociale.

Raywat Deonandan, épidémiologiste

Le risque de banalisation, un "burnout" de la distanciation sociale, est tout à fait envisageable, affirme le Dr Longtin.

Il faudra, ajoute-t-il, qu'un message clair soit émis qui expliquera la rationalité d'une telle décision afin d'éviter un effet de déconfinement chaotique et désordonné.

C'est aussi la crainte de la professeure Banerji. Lorsque le temps sera plus beau et que les gens auront envie de bouger, certains vont arrêter de pratiquer la distanciation sociale, dit-elle.

Une réouverture par région?

Différents scénarios de réouverture des écoles ont été évoqués, y compris une réouverture partielle.

Pour sa part, le Dr Longtin pense que l'option préférable de déconfinement pourrait varier d'une région à une autre d'une même province, selon le taux d'infection local.

Il souligne que la grande majorité des décès liés à la COVID-19 touche les aînés et les centres de soins de longue durée et qu'il faudra maintenir des mesures de confinement pour les personnes âgées si les écoles sont rouvertes.

Malheureusement, il est difficile de protéger à 100 % ces personnes âgées sans maintenir des mesures de distanciation sociale généralisées, car des employés de CHSLD pourraient acquérir la COVID-19 à la maison et la réintroduire dans les CHSLD involontairement, dit-il.

Il ajoute ceci : J'ai confiance que les experts en santé publique pourront faire les meilleures recommandations; espérons que la décision finale ne sera pas influencée par des motifs politiques.

Au Québec, le premier ministre Legault a indiqué qu'il ne rouvrirait les écoles qu'avec l'aval du directeur de santé publique, Horacio Arruda. Même son de cloche en Ontario, où l'attachée de presse du ministre de l'Éducation Stephen Lecce dit qu'il suivra les conseils du médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr David Williams.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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