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Le respirateur, la machine qui sauve des vies, mais qui n'est pas sans risque

Un respirateur

Être mis sous respirateur artificiel signifie qu'une machine prend le relais des poumons du malade et lui permet de s'oxygéner lorsqu'il ne réussit plus à respirer par lui-même.

Photo : iStock

Les dernières semaines ont propulsé les respirateurs artificiels à l’avant-plan de l’actualité. Mais savez-vous vraiment ce qu’est un respirateur et dans quelles circonstances y a-t-on recours? Des témoignages d'un médecin et de survivants de la COVID-19 déboulonnent certains mythes entourant cette machine qui sauve des vies, mais qui n'est pas inoffensive pour autant.

Être mis sous respirateur artificiel aux soins intensifs, comme le sont certaines personnes hospitalisées et atteintes de COVID-19, ça ne veut pas simplement dire installer un masque sur la bouche d'un patient et lui souffler un peu d'air pour l'aider à respirer. Ça signifie qu'une machine prend le relais des poumons du malade et lui permet de s'oxygéner lorsqu'il ne réussit plus à respirer par lui-même.

Le médecin devra intuber le patient, soit en passant par la bouche, ou parfois en effectuant une trachéotomie dans son cou, pour que l'air se rende directement dans ses poumons. Bref, ce n'est pas une intervention anodine ou banale, comme le pensent à tort beaucoup de personnes, selon le Dr Francis Toupin, qui est interniste spécialisé en soins intensifs à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.

C'est un traitement qui peut être très invasif. Mettre quelqu'un sous respirateur nécessite de le mettre sous anesthésie générale pour procéder à l'intubation, ce qui en soi comporte des risques.

Une citation de :Dr Francis Toupin, intensiviste à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
Un médecin près d'un respirateur artificiel

Ces jours-ci, le Dr Francis Toupin côtoie tous les jours des patients atteints de la COVID-19 et qui doivent, pour survivre, recevoir l'aide d'un respirateur artificiel comme celui que l'on peut voir dans cette image.

Photo : Courtoisie de Francis Toupin

Une fois intubé, le patient sur un ventilateur requiert une surveillance constante. L'inhalothérapeute ou le médecin doit ajuster la quantité d'air et la teneur en oxygène de cet air selon l'évolution de l'état du malade. Voilà pourquoi la supervision d'un respirateur demande de l'expertise et de l'expérience, comme l'explique le Dr Toupin : C'est un appareil qui est complexe. On peut parfois causer plus de dommages aux poumons que de bienfaits. Si on ajuste mal nos paramètres, on peut causer de l'inflammation, faire des fissures dans le poumon.

La machine permet de remplacer mécaniquement la respiration d'un patient en grande détresse respiratoire. Mais à mesure que son état s'améliore, le ventilateur peut être ajusté pour qu'il puisse à nouveau respirer de lui-même tout en étant aidé par l'appareil.

« Ça fait vraiment peur »

Giuliano Biagioni, 36 ans, avait des problèmes médicaux préexistants lorsqu'il a contracté la COVID-19 au retour d'un voyage dans les Antilles. Mais il a quand même été surpris par la violence du virus. Il a dû être hospitalisé d'urgence et mis sous ventilateur pendant cinq jours.

C'est sûr que ça fait peur. On va te plonger dans un coma artificiel. Tu ne sais pas comment la maladie va évoluer pendant ce temps-là, si tu vas mourir. Mais j'étais tellement dans un état de détresse que j'ai laissé les médecins faire ce qu'ils avaient à faire.

Une citation de :Giuliano Biagioni, survivant de la COVID-19

« C'était une expérience surréelle »

Un homme dans un hôpital

Michel Robitaille tout sourire, au lendemain de son extubation. Il recevait alors de l'oxygène à haut débit pour l'aider à faire la transition entre le respirateur et le retour à la vie normale sans aide respiratoire.

Photo : Courtoisie de Michel Robitaille

Michel Robitaille, lui, a 38 ans et il a contracté la COVID-19 il y a quelques semaines, probablement sur son lieu de travail. Il est en forme et n'a pas de préconditions médicales qui auraient pu laisser présager qu'il devrait être mis sous un respirateur artificiel pendant sept jours pour ne pas mourir du coronavirus.

Après s'être enfermé dans son sous-sol pour protéger le reste de sa famille, il s'est finalement résolu à contacter les services d'urgence quand il a réalisé qu'il ne réussissait plus à respirer correctement. La suite est floue. Il garde des souvenirs imprécis de son expérience de ventilation mécanique parce qu'il était médicamenté pour supporter la douleur. Parce que ça fait mal, être mis sous respirateur.

C'était un peu surréel. C'était difficile d'avoir ce tube dans la bouche et de ne pas comprendre comment il faisait pour respirer à ta place. C'est vraiment une machine qui m'a sauvé la vie!

Une citation de :Michel Robitaille, survivant de la COVID-19

Il trouvait également très difficile de ne pas pouvoir parler et communiquer clairement en raison de l'intubation. Mais il n'a que des louanges pour le personnel médical qui a pris soin de lui et l'a aidé à se tirer d'affaire.

L'hôpital Maisonneuve-Rosemont a reçu jusqu'à présent quelques dizaines de patients atteints de la COVID-19. Le Dr Toupin explique que ces malades arrivent souvent avec une importante détresse respiratoire et qu'ils passent en moyenne entre 7 et 10 jours sous respirateur avant de se remettre ou de mourir.

Une longue et parfois ardue réadaptation

Est-ce que le patient peut reprendre sa vie normalement lorsqu'il va mieux et qu'on lui retire l'aide du respirateur? Non, ce n'est pas si simple. C'est plutôt le début du chemin vers la rémission.

Le Dr Francis Toupin explique qu'après moins de 24 heures sous respirateur, les muscles qui nous aident à respirer, le diaphragme notamment, commencent à s'affaiblir.

Une semaine passée sur un respirateur va prendre à peu près quatre à six semaines de récupération. Et ça, c'est si la personne était en bonne forme avant l'intervention!

Une citation de :Dr Francis Toupin, intensiviste à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
Un homme souriant dans sa cuisine.

Giuliano Biagioni vient de recevoir son congé de l'hôpital. Il reprend des forces tranquillement.

Photo : Courtoisie de Giuliano Biagioni

Giuliano Biagioni a perdu 8 kg en quelques semaines. Après avoir recommencé à respirer de lui-même, ça lui a pris plusieurs jours avant de réussir à recommencer à marcher, et ça lui fait mal en mangeant. Il espère que ses séquelles ne seront pas permanentes.

C'est exigeant mentalement et physiquement. J'ai un mal de gorge épouvantable à cause de l'intubation. Je suis exténué. J'ai de la misère à me déplacer, je suis constamment à bout de souffle. Ce n'est pas agréable, ce n'est pas facile. C'est quelque chose que je ne souhaite à personne, confie Giuliano.

Michel Robitaille est sorti de l'hôpital depuis sept jours. Il n'a toujours pas recouvré l'usage de sa voix, un effet secondaire qui survient parfois après une intubation prolongée. Mais il prend du mieux chaque jour 

J'ai perdu une bonne partie de ma masse musculaire. Mes jambes ne sont pas aussi fortes qu'elles l'étaient. Mon bras droit a perdu beaucoup de capacité. Donc, je suis un programme en physiothérapie. Je travaille fort pour récupérer ma force et pouvoir vaquer de nouveau à mes occupations normales.

Un homme souriant et le pouce en l'air en signe que tout va bien.

Michel Robitaille prend du mieux tous les jours, bien entouré et encouragé par sa conjointe et ses deux jeunes enfants.

Photo : Courtoisie de Michel Robitaille

Une rémission complète pas assurée

La majorité des patients qui vont être mis sous ventilateur vont se remettre après une période de rémission. Toutefois, certains vont souffrir de séquelles permanentes et d'une perte d'autonomie, surtout les personnes âgées de plus de 65 ans.

Seulement un tiers des personnes âgées qui ont passé plus d'une semaine sous respirateur recouvrera suffisamment d'autonomie pour retourner à la maison un an après leur hospitalisation. La plupart vont avoir besoin d'aide pour manger, pour marcher, pour s'habiller. Plusieurs vont souffrir de troubles de mémoire, d'anxiété ou de dépression.

Une citation de :Dr Francis Toupin, intensiviste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Il ajoute que 40 % d'entre eux vont malheureusement mourir dans l'année qui suit leur passage sur un respirateur artificiel de façon prolongée. C'est en raison de toutes ces complications potentielles que le Dr Toupin discute toujours sérieusement avec ses patients ou leurs proches avant une intervention du genre.

Bref, le respirateur artificiel sauve des vies, oui, comme celles de Michel Robitaille et de Giuliano Biagioni. Mais ce n'est pas pour autant une solution magique pour soigner tous les patients atteints de la COVID-19. Certaines personnes sont et seront emportées, même si cet appareil leur donne un sursis, une chance de s'en sortir. Parfois, la maladie est trop virulente. Et le respirateur ne sera pas suffisant pour qu'ils gagnent la bataille de leur vie.

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