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Vieillir en temps de pandémie : entre inquiétude et sagesse

Ils sont les plus à risque. Les foyers de soins et les résidences pour personnes âgées sont des lieux propices à la propagation du terrible virus. Témoignages de trois aînés en Atlantique qui naviguent entre inquiétude et sagesse.

Des personnes âgées sur un canapé dans un foyer de soin.

Les aînés forment le groupe d’âge avec le taux de mortalité le plus élevé de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Janique LeBlanc

Marie-Anne Arsenault est de bonne humeur, malgré la pandémie. La dame âgée de 84 ans se sent en sécurité au foyer Chez nous, à Wellington, à l’Île-du-Prince-Édouard. Elle est en contact régulier avec ses filles et ses petits-enfants par l'entremise de l'application de vidéoconférence FaceTime. Elle s'occupe en faisant des bracelets, des colliers et des décorations.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Je crois que c’est important d’avoir une raison d’exister. Il faut avoir quelque chose à faire. À part ça, on joue aux cartes beaucoup puis on a des rencontres sociales. On n’est pas embarrés dans nos chambres. On peut circuler avec les autres résidents. On est 48 personnes ici, donc il y a assez de contacts sociaux, explique Marie-Anne Arsenault.

J’écoute pas trop les nouvelles dans ce temps-ci parce que je trouve que c’est déprimant et ça peut rendre des personnes anxieuses. J’essaie d’écouter de la musique et je fais des bijoux.

Marie-Anne Arsenault

Au foyer Chez nous, les activités comme les exercices, le yoga, les sessions de tricot et les parties de cartes continuent, précise Mme Arsenault. Les gens du foyer vivent comme une grande famille, dit-elle, en précisant que le personnel fait un excellent travail.

La photo dans un cadre d'une dame âgée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Âgée de 89 ans, Marie-Anne Arsenault réside au foyer Chez nous, à Wellington, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Gracieuseté de la famille Arsenault

Il n’y a même personne qui a le rhume alentour, s’exclame la dame en riant. On est très bien protégés. On ne reçoit pas de courrier et il n’y a pas de visite. Je pense que les personnes responsables ici ont ça sous contrôle.

Marie-Anne Arsenault constate toutefois les effets de cette pandémie sur le moral de certains résidents du foyer.

Il y a beaucoup d’inquiétude, beaucoup d’anxiété. Il y en a qui écoutent les nouvelles et ils n’ont pas d’idée où les gens meurent comme ça. Ils n’ont pas de notions géographiques, remarque-t-elle.

Cette ancienne enseignante et entrepreneure suggère de montrer aux résidents de son foyer la carte du monde et les pays les plus touchés par la COVID-19.

Ce serait pour leur faire voir que c’est pas si épeurant que ça parce que nous autres, dans notre environnement immédiat, on est pas mal bien.

Marie-Anne Arsenault

Des mesures de plus en plus strictes

Jeannine Finn, 96 ans, habite à la résidence Oasis d’or à Dieppe. Les visites y sont interdites. Les résidents qui sortent plus loin que la cour doivent s’isoler dans leur chambre pour une période de 14 jours, comme a dû le faire une de ses voisines après avoir été hospitalisée.

C’est sûr que c’est plus long que c’était avant quand on pouvait se voisiner, sortir et recevoir les parents.

Jeannine Finn

Mme Finn raconte que les employés doivent prendre leur température avant d’entrer travailler. Il y a deux horaires pour chacun des repas. Les résidents mangent, une personne par table, et doivent se laver les mains avec un désinfectant juste avant le repas.

Une dame âgée assise sur une banquette de restaurant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Âgée de 96 ans, Jeannine Finn habite à la résidence Oasis d’or à Dieppe.

Photo : Gracieuseté de la famille Finn

Il y a quelque chose de nouveau à tous les jours. Maintenant quand le journal arrive, il faut qu’ils attendent trois heures avant de nous le remettre. Ils m’ont dit : ''On reçoit tous les jours des avis du ministère de la Santé. C’est quelque chose'', s’exclame Mme Finn, qui dit respecter à la lettre toutes les directives.

Au tout début de la crise, ses enfants lui ont offert de l’emmener vivre avec eux, mais Jeannine Finn a préféré rester dans sa résidence. Elle s’y sent toujours en sécurité, mais elle est ébranlée par la situation au Québec où des centaines de foyers de soins et de résidences pour aînés sont touchés par la COVID-19.

Ça m’a surtout dérangée quand j’ai entendu le nombre de foyers au Québec qui étaient pris avec cette histoire de virus-là. Et combien de personnes-là qui sont mortes. Ah, ça me dérange beaucoup. C’est inquiétant et on ne sait pas quand ça va finir, se désole Jeannine Finn.

L’avantage de la vieillesse

Philippe Doucet, 79 ans, prend la situation avec philosophie. Ce professeur d’université à la retraite habite un appartement au Faubourg du Mascaret, un complexe immobilier pour personnes âgées à Moncton. Il passe ses journées et soirées auprès de sa femme, qui réside dans un foyer de soins voisin.

Les personnes âgées sont un peu avantagées [...] parce qu’elles ont fait un bout de chemin, elles ont déjà un vécu. Elles en ont vu d’autres, pas rien comme ceci, mais les moments de silence, c’est pas quelque chose qui est complètement nouveau pour nous autres.

Philippe Doucet
Philippe Doucet, un homme âgé dans un foyer de soins.

Philippe Doucet espère que cette pandémie va nous sensibiliser aux valeurs fondamentales, à notre interdépendance et à l’importance d’être généreux envers les autres.

Photo : Gracieuseté

L’épouse de Philippe Doucet souffre de la maladie de Parkinson et de démence. Elle comprend un peu la situation, mais ça n’a pas l’air de la déranger trop, explique-t-il en soulignant qu’au moins, les personnes atteintes de démence n’ont pas à souffrir de l’inquiétude liée au coronavirus. Cette inquiétude, il doit la vivre seul.

Si mon épouse était capable de tout comprendre, on vivrait ça à deux. Je crains que le règlement qui va devenir plus sévère va m’empêcher d’aller lui rendre visite [...] Pour moi c’est ma plus grosse inquiétude : la peur que tôt ou tard, les règlements seront encore plus stricts pour protéger contre la propagation de la maladie et là, je vais me retrouver encore plus seul, confie Philippe Doucet.

En voyant la contagion dans les foyers de soins du Québec et de l’Ontario, l'ancien professeur se demande quand la maladie frappera des résidents dans un foyer de soins du Nouveau-Brunswick. C’est une crainte qu’il lit dans les visages tendus des dirigeants de la résidence où il vit.

Sagesse et espoir

Philippe Doucet compare cette pandémie à une peine de prison, mais il espère que ce confinement généralisé sensibilisera la population aux valeurs fondamentales, à l'interdépendance et à l’importance d’être généreux les uns envers les autres.

Les choses matérielles, ça finit par pourrir. Les choses du cœur, ça dure pour la vie. On se rappelle bien de nos parents décédés, de nos grands-parents. Ce sont là les vraies valeurs éternelles.

Philippe Doucet

Marie-Anne Arsenault abonde dans son sens. Je crois que ça va renforcer les liens de famille. On réalise l’importance de la connexion familiale. Moi je pense qu’on va être un monde meilleur.

Jeannine Finn maintient ses liens familiaux si importants grâce à une nouvelle tablette offerte par ses enfants. À cause de la pandémie, elle n’a pas pu fêter ses 96 ans avec ses proches, mais ce n’est que partie remise.

J’ai dit : ''Ça fait rien, on fera ça quand j’aurai 100 ans... ou on fêtera l’année prochaine'', conclut Jeannine Finn avec énergie et optimisme.

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