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Des solutions pour rapatrier les Canadiens bloqués en Syrie?

Depuis la fermeture de ses frontières, le Canada est confronté à un véritable casse-tête pour rapatrier ses ressortissants coincés à l’étranger en raison de la pandémie. Comment s'y prendre pour les centaines de Canadiens en Syrie?

Un homme portant un masque médical désinfecte une rue devant un mur sur lequel on peut voir les portraits de l'ancien président Hafez Al-Assad et de ses deux enfants, Bachar, l'actuel président, et son frère Maher.

Un homme désinfectant une ruelle dans le camp palestinien de Jaramana, à Damas, la capitale syrienne.

Photo : Reuters / Omar Sanadiki

Depuis le 16 mars, plus de 10 000 Canadiens qui se trouvaient dans plus de 45 pays ont pu être rapatriés au Canada, mais des centaines d’autres, bloqués, vont devoir rester à l’étranger « pour une durée indéterminée », comme l’affirment les autorités. « Certaines limitations en vigueur dans certaines régions dans le monde » compliquent l'opération.

Les centaines de Canadiens qui sont présentement inscrits en Syrie, un pays détruit par neuf années de guerre civile et dont les frontières aériennes et terrestres sont fermées depuis un mois à cause de la COVID-19, font probablement partie de ces citoyens bloqués.

Selon Affaires mondiales Canada, parmi les 1170 Canadiens inscrits comme étant présentement en Syrie, 56 ont demandé l'assistance des autorités canadiennes pour rentrer au pays. Il leur était impossible de se rendre au Liban voisin, où un vol de rapatriement a été organisé la semaine dernière par le Canada.

Youssef Mouzahem, 46 ans, est un ingénieur civil originaire de Damas qui, après avoir fait carrière au Qatar, vit et travaille au Manitoba depuis cinq ans.

M. Mouzahem souriant en prenant un égoportrait.

Youssef Mouzahem

Photo :  courtoisie

Il affirme ne pas avoir mis les pieds en Syrie depuis 2012, mais qu’il a dû s’y rendre début mars, avec sa sœur – elle aussi résidente du Manitoba –, pour être au chevet de leur mère qui a été hospitalisée d’urgence à la suite d’une chute.

Ma mère avait l’habitude de nous rendre visite tous les ans à Winnipeg et de passer deux mois avec nous, mais comme elle a dû subir une chirurgie de remplacement du genou, nous avons décidé de venir la voir nous-mêmes, explique M. Mouzahem, joint par téléphone à Damas.

Je devais passer seulement deux semaines à Damas, mais la situation a complètement changé quelques jours après notre arrivée, avec la fermeture des frontières.

Youssef Mouzahem

Son vol de retour ayant été annulé à cause de la pandémie, il a essayé de trouver d’autres moyens pour retourner au Canada, en vain.

J’ai acheté trois autres billets d’avion, dont un via Le Caire et un autre via Amman, mais tous ont été annulés à tour de rôle, raconte-t-il.

J’ai même essayé de me rendre au Canada en passant par Dubaï, via l’Arménie, mais on me disait qu’il fallait que je me mette en quarantaine pendant 14 jours en Arménie avant de m’envoler vers Dubaï, alors que ce n’est qu’un vol de correspondance.

Youssef Mouzahem

Des « moyens alternatifs »

M. Mouzahem se dit toutefois reconnaissant envers Ottawa pour les efforts déployés jusque-là et assure être prêt à payer tous les frais nécessaires pour son rapatriement.

Il affirme avoir été contacté à deux reprises par l’ambassade canadienne à Beyrouth, qui lui a assuré « faire tout son possible » pour les ramener au pays.

Dans un message envoyé sur Twitter, l’ambassadrice Emmanuelle Lamoureux lui assure qu’il sera recontacté si des « moyens alternatifs » sont trouvés pour organiser un voyage à partir de la Syrie vers le Canada.

Selon M. Mouzahem, il existe plusieurs options envisageables pour quitter la Syrie.

Nous avons soumis à l’ambassade quelques idées pour faciliter notre retour, dont notamment l’organisation d’un voyage vers le Liban avec l’aide d’autres délégations diplomatiques encore présentes en Syrie. Un bus pourrait ainsi transporter les Canadiens de Damas vers l’aéroport de Beyrouth où ils pourront ensuite prendre un vol en direction du Canada.

Youssef Mouzahem

De son côté, Affaires mondiales Canada affirme être au courant de cas de Canadiens coincés en Syrie en raison de la pandémie, mais ne confirme pas l’existence de plans pour leur rapatriement.

Dans un message transmis par courriel, une porte-parole rappelle que le gouvernement demande aux Canadiens de quitter la Syrie depuis le déclenchement de la guerre en 2011. Elle confirme que 1170 Canadiens sont présentement inscrits comme étant en Syrie, mais étant donné que l'inscription se fait sur une base volontaire, le chiffre risque d'être plus élevé.

Les autorités invitent par ailleurs les Canadiens coincés à l’étranger à respecter les mesures sanitaires locales en place et à se tenir informés en suivant les médias locaux.

Du télétravail à partir de la Syrie

Youssef Mouzahem, quant à lui, prend son mal en patience, tout en gardant espoir. Il se dit chanceux de pouvoir garder son emploi dans la compagnie pour laquelle il travaille à Winnipeg grâce au télétravail.

Comme c’est une compagnie qui a des bureaux à l’international, on est habitués à faire des réunions par Skype, dit-il. Mais parfois, ce n’est pas si facile à cause des coupures de courant qui surviennent toutes les quatre heures, tous les jours, et qui peuvent durer deux heures chaque fois.

Le drapeau syrien orne les vitrines fermées des magasins dans un marché de Damas.

Vue de magasins fermés dans le populaire marché Souk Al-Hamidieh, à Damas.

Photo : Reuters / Yamam Al Shaar

Officiellement, la Syrie compte 19 cas confirmés de COVID-19 et 2 morts seulement, mais des experts redoutent un bilan bien plus lourd dans ce pays où vivent 6,5 millions de déplacés.

Les écoles et les commerces jugés non essentiels sont fermés et un couvre-feu est imposé à Damas à la tombée de la nuit.

Le système de santé est toutefois fortement fragilisé après neuf ans de guerre. À la fin de 2019, moins des deux tiers des hôpitaux du pays étaient opérationnels et 70 % des personnels soignants d’avant-guerre avaient fui le pays, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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