•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La crise dans les CHSLD était « prévisible »

Deux personnes en habits de protection, avec des visières, accompagnent un patient sur une civière.

Des ambulanciers transportent un patient hors du CHSLD Herron, le 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le réseau de la santé a largement eu le temps de voir venir la crise qui sévit actuellement dans de nombreux CHSLD du Québec. Il paie aujourd’hui le coût de son inaction et de son manque d’écoute, affirme le défenseur des usagers de la santé Pierre Blain.

En entrevue à l’émission Première Heure, lundi, le président-directeur général de l’organisme Les usagers de la santé du Québec a mentionné que les lanceurs d’alertes s’évertuent depuis longtemps, souvent en vain, à attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation dans les centres d’hébergement pour personnes âgées.

Je pense que la première leçon qu’on peut tirer d’une situation semblable, c’est que partout, on n’écoute pas souvent la voix de ceux qui sonnent les alarmes. Ça peut être des membres du personnel, ça peut être des parents qui disent : "le service n’est pas bon", mais on dirait qu’on ne les écoute pas, a confié Pierre Blain à l’animateur Claude Bernatchez.

On arrive aujourd’hui avec une situation qui a perduré et qui, surtout, s’est amplifiée, et qui amène un drame semblable.

Pierre Blain, président-directeur général de l’organisme Les usagers de la santé du Québec
Pierre Blain dans un studio d'une station de radio

Pierre Blain, président-directeur général de l’organisme Les usagers de la santé du Québec

Photo : Radio-Canada

Recommandations ignorées

Les nombreux cas de négligence rapportés au CHSLD Herron illustrent bien son propos. Pierre Blain rappelle qu’en 2017, un rapport de la protectrice du citoyen avait mis en lumière des lacunes majeures dans la qualité des soins offerts aux résidents.

Une visite ministérielle effectuée en 2019 avait soulevé des problèmes similaires.

M. Blain soutient que le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal avait la responsabilité de veiller à ce que le CHSLD Herron mette en place les recommandations formulées au terme de ces deux visites.

À mon point de vue, il y a eu un manque [de la part du CIUSSS] et qu’on ne me dise pas qu’on n’était pas au courant.

Pierre Blain mentionne être lui-même intervenu au CHSLD Herron, il y a cinq ans, en réponse aux préoccupations soulevées par le comité des usagers et des infirmières.

Nous avions fait des interventions auprès de la direction qui se sont révélées complètement inutiles. C’est même allé plus loin que ça : on a mis à la porte le comité des usagers, se remémore le défenseur des droits des usagers du réseau de la santé.

Une femme et un homme protestent devant le CHSLD Herron. La femme porte une pancarte où est écrit en anglais : « 31 morts en 3 semaines », alors que la pancarte de l'homme dit : « honte ».

Depuis le 13 mars, 31 résidents du CHSLD Herron, à Dorval, ont perdu la vie, dont au moins 5 des suites de la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

À son avis, l’amélioration de la qualité des services et des soins offerts aux aînés passe notamment par une augmentation du nombre d’employés dans les CHSLD.

Personnel insuffisant

Malgré des initiatives comme les projets pilotes de ratios infirmière-patients, lancés par l’ancien ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette, et le programme de formation rémunérée des préposés aux bénéficiaires du CIUSSS de la Capitale-Nationale, la pénurie de personnel persiste.

Pierre Blain croit également qu’il faut investir davantage dans les soins à domicile pour éviter à certains patients d’avoir à déménager dans un CHSLD. Les 280 millions de dollars annoncés par le gouvernement Legault en septembre dernier ne seront pas suffisants, selon lui.

M. Blain rappelle que l’ex-ministre péquiste de la Santé Réjean Hébert, qui avait lancé le projet d’assurance autonomie, évaluait à 1 milliard de dollars le montant devant être investi dans les soins à domicile.

Si on parle actuellement de [280] millions, bien on n’ira pas loin. On va avoir encore beaucoup de chemin à rattraper, prédit Pierre Blain.

La COVID-19 dans la grande région de Québec

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !