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Le Canada a bâti un nouveau réseau d’approvisionnement en Chine

Le gouvernement a dû rapidement mettre sur pied un système fiable avec l’aide de ses diplomates, de consultants, de deux transporteurs aériens et d’un entrepôt français de Shanghai.

Une cargaison débarquée d'un avion.

Déjà trois livraisons ont été réalisées dans le cadre de ce plan et le Canada en prévoit plusieurs autres.

Photo : Twitter/Cargojet

Radio-Canada

Alors que les canaux traditionnels d’approvisionnement en matériel médical et en équipement de protection ne suffisent pas à satisfaire la demande internationale depuis plusieurs semaines, le gouvernement canadien a entrepris de mettre sur pied son propre réseau d’approvisionnement parallèle en matériel de protection individuelle fabriqué en Chine.

Ce nouveau réseau d’approvisionnement, créé en urgence, a déjà permis la livraison par avion de trois cargaisons de matériel médical. La plus récente, arrivée samedi, contenait des millions de masques N95 destinés au personnel médical à travers le pays.

Le gouvernement a dû rapidement mettre sur pied un système fiable avec l’aide de diplomates, de consultants, de deux transporteurs aériens et d’un entrepôt français à Shanghai. La crise prenant de l'ampleur partout dans le monde, les fonctionnaires fédéraux autant que les équipes politiques s'étaient rendus à l’évidence : la lutte entre les pays pour se procurer de tels équipements, souvent déloyale, rendait trop peu fidèles les fournisseurs traditionnels.

Masques respiratoires N95.

Les masques respiratoires N95 sont particulièrement en demande.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Les prix grimpaient au rythme des enchères officieuses, des cargaisons se voyaient détournées par d’autres acheteurs – souvent des pays alliés comme les États-Unis – sur les tarmacs. Certaines histoires qui circulent, mais qui n’ont pu être confirmées, évoquent des avions envoyés par des pays étrangers avec à leur bord des mallettes remplies d’argent comptant pour racheter des cargaisons destinées à d'autres dans les aéroports et les usines chinoises.

C’est vraiment comme le Far West quand il s’agit d’acheter des fournitures médicales, disait la vice-première ministre, Chrystia Freeland, la semaine dernière. Pendant ce temps, le personnel médical canadien criait au manque d’équipements de protection, craignait pour sa sécurité et voyait le taux d’absentéisme s'accroître.

Les problèmes d’approvisionnement ne disparaîtront pas du jour au lendemain avec quelques cargaisons. La solution du gouvernement se veut partielle, pas miraculeuse. Mais il semble tout de même qu’elle fonctionne.

Le rôle clé de l’ambassadeur

On est chanceux d’avoir [Dominic] Barton, a expliqué à la CBC un fonctionnaire affecté à cet effort d’approvisionnement à propos du rôle de l’ambassadeur du Canada à Pékin. C’est avant tout un homme d’affaires. Il a de bons contacts en Chine, il connaît les Chinois et il comprend comment ils font affaire.

M. Barton n’est pas ambassadeur de carrière. Ce n’est que depuis quelques mois qu’il est diplomate. Au cours des dernières années, il a notamment dirigé la branche asiatique de la firme de consultants McKinsey et a siégé au conseil d’administration de la Banque de développement de Chine, une banque gouvernementale de grande ampleur souvent impliquée dans d’imposants projets.

Ces derniers temps, le corps diplomatique canadien en Chine a converti ses activités. Au lieu de « vendre » le Canada aux Chinois, les employés de l’ambassade, des consulats et des bureaux commerciaux du Canada sont désormais principalement chargés de dégoter et d’acheter du matériel médical.

L'ambassadeur du Canada en Chine.

Dominic Barton a de nombreuses connexions dans le milieu chinois des affaires.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Nous avons déployé l’équipe de notre ambassade sur le terrain dans des efforts pour nous assurer que nos commandes sont livrées dans les délais et pour identifier de nouvelles opportunités pour nous, a résumé le 7 avril la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Anita Anand.

Pour aider le personnel diplomatique, dont les tâches étaient chamboulées pour en faire des commerçants, Ottawa a engagé une société de conseil. Cette firme, une multinationale, n’a pas été identifiée pour des raisons stratégiques. Une source gouvernementale de la CBC a toutefois indiqué qu’il ne s’agit pas de McKinsey, l’ancien employeur de l’ambassadeur Barton.

Les consultants de l’entreprise contribuent à identifier des fabricants de matériel médical fiables dans leur production et leurs livraisons, qui respectent les standards canadiens de qualité, alors que plusieurs pays ont dû renvoyer en Chine des cargaisons de matériel défectueux.

Des gens d’affaires canadiens issus de la diaspora chinoise ont aussi été appelés à aider les gouvernements fédéral et provinciaux à trouver des partenaires d’affaires fiables.

L’entrepôt français à Shanghai

Même si ce plan fonctionne, il a ses limites logistiques. Une fois le fournisseur trouvé et la commande passée, encore faut-il qu’elle arrive à bon port et en bon état. Là-dessus, les contacts de l’ambassadeur Barton sont relativement impuissants.

Une commande n’est pas une garantie de livraison, avait prévenu la ministre Anand. Le Canada doit donc s’impliquer dans l’ensemble du processus, mais a aussi besoin de partenaires.

Ottawa a décidé de faire affaire avec l’entreprise française Bolloré Logistics, qui se spécialise dans le transport et qui est implantée de longue date au Canada. Bolloré a des bureaux un peu partout dans le monde, dont à Shanghai.

Un tarmac de l'aéroport Pudong de Shanghai où attendent quatre avions.

Shanghai est une des plaques tournantes du trafic aérien en Asie, avec 2 des 20 aéroports les plus fréquentés du continent.

Photo : AFP / Johannes Eisele

Sur le terrain, les employés de Bolloré récupèrent les commandes canadiennes et les acheminent vers son entrepôt près d'un des aéroports de Shanghai, depuis lequel elles sont exportées vers le Canada. Comme il est entreposé, le matériel médical acheté par le Canada ne peut pas être récupéré par d’autres pays alors qu’il attend sur un tarmac que les procédures administratives liées à son transport soient réglées.

Et comme les vols commerciaux se font rares, les transporteurs et les pilotes prêts à livrer les cargaisons ne manquent pas pour établir un pont aérien.

Les transporteurs

C’est sans tambour ni trompette qu’est arrivée la première cargaison le 1er avril à Toronto, puis une autre, cinq jours plus tard. À bord du deuxième avion se trouvaient quelque huit millions de masques commandés par le gouvernement fédéral, mais aussi du matériel acheté par le Québec et la Nouvelle-Écosse. À cela s’ajoute maintenant la livraison de samedi.

Pour le transport des cargos que Bolloré garde dans son entrepôt, le gouvernement a conclu des ententes avec Air Canada et Cargojet. C’est un avion de Cargojet qui s’est posé à Hamilton samedi, alors qu’Air Canada doit envoyer des appareils à Shanghai cette semaine pour rapporter d’autres cargaisons. Si tout va bien, ces livraisons seront de plus en plus fréquentes.

Une section d'un Boeing 777 avec les sièges retirés.

Air Canada a entrepris la conversion d'appareils qui transportent habituellement des passagers pour en faire des avions cargo.

Photo : Air Canada

Le gouvernement du Canada a demandé à Air Canada de fournir des services de transport aérien d'urgence pour effectuer des vols de fret, peut-on lire dans une note interne adressée le 7 avril aux pilotes de l’entreprise, sur laquelle CBC a mis la main. Cette opération nécessitera beaucoup de pilotes au cours des sept à dix prochains jours.

Samedi, le jour de l’arrivée de l’appareil de Cargojet, Air Canada annonçait la conversion de trois Boeing 777 dont les sièges ont été retirés pour doubler leur capacité en cargo.

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Avec les informations de CBC

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