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Service à l’auto : des Sud-Coréens célèbrent Pâques autrement

Un homme et un passager prient à bord d'une voiture.

Durant l’un des services « drive-in » organisés par l’église presbytérienne Onnuri, à l’occasion de Pâques. Séoul, le 12 avril 2020.

Photo : Radio-Canada / Grace Moon

La fête de Pâques a été spéciale à plus d’un égard pour les chrétiens qui forment les principaux groupes religieux en Corée du Sud. La résurrection du Christ a été célébrée surtout en ligne ou encore lors de messes « à l'auto ». Depuis des semaines, la plupart des églises suivent la consigne gouvernementale de distanciation sociale. Les autorités les considèrent comme l’un des principaux foyers de propagation de la COVID-19 au pays.

Le vent balaie un vaste stationnement de Séoul, un lieu de béton et d’asphalte qui ne semble pas vraiment propice au recueillement. Mais en ce dimanche pascal, les fidèles de l’église presbytérienne Onnuri n’en ont cure.

Un pasteur avec quelques fidèles sur une estrade.

Au centre de l’estrade, le pasteur Lee Jae-hoon, qui dirige l’église Onnuri, est entouré... mais à distance réglementaire.

Photo : Radio-Canada / Grace Moon

Charles Koh résume le sentiment ambiant. Même si nous sommes dans nos voitures, nous pouvons chanter et prier ensemble, d’un seul coeur. Et je crois que Dieu est très heureux de nous voir comme cela , affirme-t-il.

Par leurs fenêtres, vitres baissées, les fidèles se saluent. Les comment ça va?  et c’est bon de te voir! fusent un peu partout.

Assis au volant, à la première rangée de ce service en plein air, Charles Koh explique que la dernière fois qu’il est allé dans une église, c’était il y a six semaines. Le leadership a décidé de suspendre ou de limiter l’accès à ses messes à l’intérieur au plus fort de l’épidémie, et jusqu’à nouvel ordre. L’Église catholique a fait de même partout en Corée du Sud , ainsi que les bouddhistes et la plupart des églises protestantes.

Les fidèles prient à bord de leur véhicule.

Les fidèles baissent les vitres pendant les services de l’église Onnuri, en dimanche pascal .

Photo : Radio-Canada / Grace Moon

Depuis, les services d’Onnuri sont diffusés sur Internet, à l’instar d’une bonne partie des congrégations religieuses du pays, ces jours-ci.

L’idée des '‘drive-in’' nous est venue du gouvernement [sud-coréen] qui organise lui-même des épreuves d’examen de cette façon, dans des terrains de sport ou de stationnement , précise Shin Dong-Shik. Il est l’un des pasteurs qui participent aux offices d’aujourd’hui.

Il ajoute que son église espérait un retour à la normale pour les célébrations de Pâques. Mais comme les autorités ont décidé de prolonger les mesures de distanciation sociale, nous avons pu trouver ce stationnement juste à temps pour ce service à l’auto, précise-t-il. Cinq services sont organisés en cette fête pascale.

Un homme se soumet au contrôle de température.

Contrôle de la température de tous ceux et celles qui arrivent à pied dans le stationnement, notamment les journalistes.

Photo : Radio-Canada / Grace Moon

Kang Yeong-hee circule en terrain connu entre les voitures. Il est le gérant du stationnement. Il assure avec son équipe que les véhicules soient dans des files entre lesquelles il y a au moins à 1,5 m de distance. Ça se déroule mieux que je ne le prévoyais, lance-t-il en riant. Quelque 230 véhicules occupent l’espace prévu pour en accueillir 500.

Les klaxons ponctuent les services. Mais aussi les chants. Lim Mi-Kyeong fait partie de la chorale d’Onnuri. C’est encore un peu étouffant comme formule, confie-t-elle après le premier service, mais en voyant le visage des gens à travers les pare-brise, j’ai senti que nous étions unis par la prière. Ça m'a donc mise un peu plus à l’aise , ajoute-t-elle.

Messes et sermons à l’heure numérique

Elle explique que la chorale ne s’était pas réunie depuis le 1er mars dernier. Elle suit les messes et les sermons du pasteur en chef diffusés depuis le principal sanctuaire de leur église, grâce à la Christian Global Network Television.

Chanter ici lui procure le plus grand bien. On ne peut pas le faire aussi fort à la maison.

Lim Mi-Kyeong déplore que les églises soient ciblées durant cette pandémie de la COVID-19. Nous sommes donc très prudents. Parce que même si, pour un court instant, on nous présente sous un mauvais angle, ça va encore faire les manchettes. Tout le monde fait attention en évitant les rencontres en personne, les rassemblements... On prie par vidéochat. Les communautés utilisent des applications comme Zoom , assure-t-elle.

L’ombre de la contamination de masse au sein de la secte Shincheonji

Des lieux de culte ont été des foyers d’infection de la COVID-19 en Corée du Sud. Une des églises protestantes du grand Séoul a vu une cinquantaine de ses fidèles contaminés par leur pasteur et son épouse. Et on comptait à la mi-mars presque une trentaine d’autres cas dans une autre congrégation protestante, cette fois dans l’est de la capitale.

Mais c’est surtout le cas de la secte évangélique Shincheonji de Jésus, basée à Daegu dans le sud du pays, qui a marqué les esprits. Une des fidèles, qui ne se savait pas contaminée – les autorités ne savent d’ailleurs toujours pas comment elle a attrapé le virus – a assisté à plusieurs réunions et services avant de faire un test et d'être déclarée positive, à la mi-février.

Cette femme, surnommée la patiente 31, est aussi qualifiée de super-contaminatrice. Presque la moitié des personnes infectées en Corée du Sud sont des membres de Shincheonji (sur 10 537 contaminations, en date du 13 avril, selon le Centre coréen de contrôle des maladies). Tous les membres de la secte, plus de 200 000 personnes, ont subi un test de dépistage.

Son fondateur, Lee Man-hee, qui se présente comme une réincarnation de Jésus, s’est attiré les foudres pour avoir mis du temps à collaborer avec les autorités.

Dure période pour les églises

Charles Koh, l’un des fidèles d’Onnuri, se désole. Shincheonji, ce n’est pas juste une secte : c’est une pseudo-religion. Et depuis, toutes les églises en paient le prix, avec des obstacles qui restent en place plus longtemps que prévu. C’est triste. Mais je dois dire que j’ai aussi une pensée pour les membres de Shincheonji, dit-il.

Le pasteur Shin Dong-shik le confirme : les temps sont durs pour les églises en Corée du Sud. Il précise que c’est surtout difficile pour les plus petites, et que les plus grandes tentent de leur donner un coup de main.

Plusieurs congrégations n’auraient pas les finances et ni les ressources nécessaires pour se convertir à l’offre de messes par Internet. Ce qui en incite bon nombre à poursuivre les services à l’intérieur, faisant fi des recommandations des autorités d’éviter temporairement les rassemblements dans des endroits confinés.

D’ailleurs, pour Pâques, plus de 200 églises comptant au moins 1000 fidèles ont tout de même tenu leurs messes à l’intérieur, selon un sondage du Forum des médias chrétiens de Corée du Sud.

Le gouvernement sud-coréen subit des pressions pour interdire les assemblées religieuses. Il avait rétorqué, à la mi-mars, qu’il fallait agir avec prudence dans ce dossier, en raison de la liberté de religion garantie par la Constitution du pays.

Mais il a prolongé les consignes de distanciation sociale de deux semaines, jusqu’au 19 avril, inquiet de constater un certain relâchement au sein de la population en général.

Avec la collaboration de Grace Moon

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