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Contracter la COVID-19, moindre souci des itinérants

La pandémie a frappé de plein fouet l'économie de rue, ce qui a de graves conséquences sur le quotidien des itinérants.

Un homme itinérant portant un manteau fume une cigarette sous la neige.

Le quotidien des itinérants est bouleversé par la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Contracter la COVID-19, ce n’est pas forcément ce qui fait peur aux itinérants montréalais, pour qui il est impossible de se confiner à la maison. La plupart d'entre eux luttent avant tout pour trouver un toit, un centre d’injection supervisée ou encore le moyen d’acheter à manger, alors que la quasi-totalité des commerces n’acceptent plus l’argent comptant.

On donne des conseils à la population générale, mais une proportion ne peut pas les respecter. La pandémie met en lumière et accentue les inégalités. Le constat de Jean-François Mary, président de l’organisme Cactus est sans appel.

Selon lui, une partie de la population a été oubliée durant cette crise. Un avis que partage Philip-Olivier Therrien, intervenant à Spectre de rue.

Ils ont d’autres priorités que celle de ne pas attraper le virus, comme manger et dormir au chaud.

Philip-Olivier Therrien, intervenant à Spectre de rue
Une barrière avec une affiche sur les gestes à suivre pour contenir la pandémie et une autre qui indique qu'il y a distribution gratuite de nourriture.

Des kiosques ont été installés dans la ville pour permettre la distribution de nourriture aux personnes les plus vulnérables.

Photo : Ivanoh Demers

Depuis que la pandémie frappe le Québec, plus aucun itinérant ne peut bénéficier des services du centre d’injection supervisée de Spectre de rue. MM. Therrien et Mary expliquent qu’actuellement, sur les quatre centres d’injection supervisée montréalais, seul Cactus reste ouvert. En cause, un manque cruel de matériel pour le personnel.

Après discussion avec la Direction de la santé publique et le CIUSSS, nous avons reçu quelques boîtes de masques, mais on n’a pas de jaquettes. On a aussi reçu des gants, mais c’est l’item dont on a le moins besoin, explique M. Mary qui précise que cet approvisionnement va permettre à Cactus de tenir quatre jours.

Nous ne sommes pas priorisés pour l’approvisionnement en matériel de protection, assure-t-il. Et faute de matériel, Cactus ne pourra probablement pas rester ouvert.

Une bénévole portant un masque et des gants sert de la nourriture à l'extérieur aux personnes en situation d'itinérance.

Les personnes qui entrent en contact avec les sans-abri doivent être équipées de protection, car elles sont le vecteur principal de transmission de la COVID-19, croit le directeur de l'organisme Cactus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Du côté de la santé publique, on explique justement qu’en raison du contexte de la pandémie, le ministère de la Santé et des Services sociaux a centralisé la coordination des achats d’équipement de protection individuelle (EPI) et l’attribution des stocks en fonction de la stratégie d’approvisionnement des EPI.

Ainsi, le ministère a revu ses priorités en matière d’approvisionnement des EPI. Or, les services d’injection supervisée n’entrent que dans la troisième et dernière catégorie de priorisation, qui comprend entre autres les organismes communautaires et les refuges.

Une situation que M. Mary déplore, puisque selon lui ce sont avant tout les intervenants qui risquent de transmettre la COVID-19 aux itinérants, bien plus que l’inverse. Comme dans les CHSLD, finalement, dit-il.

On reproduit avec les itinérants la même chose que ce qu’il s’est passé dans les CHSLD.

Jean-François Mary, président de l’organisme Cactus

L’économie de rue en difficulté

Au-delà du manque de matériel, les itinérants souffrent d’une économie de la rue grippée, selon Jean-François Mary et Annie Savage, la directrice par intérim du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (Rapsim).

Les travailleurs et travailleuses du sexe ont moins de clients et il est aussi devenu plus difficile de se procurer de la drogue, explique-t-elle. En effet, comme de moins en moins de gens sortent, quêter dans la rue devient plus compliqué.

Impossible aussi de compter sur les petits revenus que représente le ramassage des bouteilles et canettes consignées, puisque la plupart des dépanneurs et des épiceries ne les récupèrent plus. Certains étaient aussi employés pour des "jobbines" par des commerçants, mais ils ont fermé, ajoute encore M. Mary.

Une personne itinérante boit une bière dans un abribus à Montréal.

La SAQ et la SQDC ne permettent plus les paiements en argent comptant ce qui est un problème pour les itinérants, explique Annie Savage, directrice par intérim du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et même s'ils arrivent à rassembler une petite somme, la plupart des magasins refusent l’argent comptant. Or, il s’agit du moyen de paiement privilégié par les itinérants. Changer son chèque est aussi un obstacle puisque beaucoup de commerces ne le font plus, précise encore Mme Savage.

Ce manque de ressources pousse ainsi certains à se tourner vers des drogues davantage bon marché et parfois de moindre qualité, ce qui augmente encore les risques de surdoses. D'autres se retrouvent aux prises avec leur dépendance à l'alcool, qui ne peut être assouvie, ce qui peut créer de grosses frustrations, assure la présidente par intérim du Rapsim.

Lente communication

La communication auprès de cette population quant aux risques que représente la COVID-19 et les gestes barrières à adopter pour s'en protéger s’est aussi faite en décalage, indique Mme Savage. Certains ne savent pas lire, d’autres ne parlent ni français ni anglais. Ils ne comprenaient pas pourquoi de plus en plus de gens portaient des masques, dit-elle.

Un gros travail d’information a ainsi été mené par les travailleurs sociaux qui ont distribué des brochures aux itinérants. Mais encore faut-il pouvoir suivre les recommandations. Beaucoup n’ont pas accès à l’eau ou à des toilettes, dit Mme Savage.

Une tente est installée au bord de la rue Notre-Dame, dans l'est de l'île de Montréal.

La Ville a annoncé l'ouverture de cinq centres d'hébergement pour les plus vulnérables.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À Cactus, nous sommes les seuls à pouvoir leur offrir une douche, dit encore M. Mary, qui rappelle combien l’hygiène corporelle est un enjeu majeur.

Il y a quelques semaines, la Ville de Montréal a annoncé vouloir ouvrir cinq sites d’accueil pour les personnes en situation d’itinérance. Des blocs sanitaires, comprenant toilettes et lavabos, y ont notamment été installés. La mairesse a aussi pris la décision de transformer l'ancien hôpital Royal Victoria en centre d'isolement pour les itinérants.

Un sans-abri ramasse ses affaires sur un trottoir de Montréal.

Selon Jean-François Mary, une crise humanitaire frappe de plein fouet les itinérants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Annie Savage souligne les efforts de l’administration Plante et apprécie que la Ville tente de trouver des solutions. Compte tenu des circonstances, elle a bien réagi, c’est plus au niveau de la santé que c’est difficile, dit de son côté M. Mary. Toutefois, ils estiment que cela n'est pas suffisant.

Le directeur de Cactus rappelle que les résidences étudiantes et les hôtels sont vides, suggérant une réquisition de la part de la Ville. Il souligne que les dortoirs ne sont pas une bonne idée, puisqu’ils ne permettent pas de maintenir les distances entre les personnes.

Montréal a déjà réquisitionné quatre hôtels. Deux doivent servir à isoler les itinérants en attente d'un résultat de test de la COVID-19. Un autre héberge des hommes et le quatrième, des femmes.

Des policiers près d'une entrée de logement devant lequel on voit plein de détritus et de vêtements qui jonchent le sol.

Des policiers ont dernièrement verbalisé des groupes de jeunes itinérants qui ne respectaient pas les règles distanciation physique.

Photo : Ivanoh Demers

Par ailleurs, quelques itinérants ont récemment reçu des constats d’infraction de 1546 $, car ils ne respectaient pas les règles de distanciation physique. André Durocher, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), assure que c’est l’approche éducative qui est privilégiée. Sauf que parfois, dans certaines circonstances, on doit donner des constats, car on n’a pas le choix, dit-il.

M. Durocher explique que le défi du SPVM est de trouver l’équilibre entre l’éducation et la protection des gens.

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