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Les autorités de la santé savaient que le CHSLD Herron était en difficulté

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Deux personnes en habits de protection, avec des visières, accompagnent un patient sur une civière.

Des ambulanciers transportent un patient hors du CHSLD Herron, le 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Depuis au moins le 29 mars, le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal était au courant des difficultés du CHSLD Herron de Dorval, où 31 personnes sont mortes en un mois.

Ce jour-là, des équipes ont été envoyées à la résidence pour soutenir les propriétaires qui manquaient de personnel pour fournir à la demande, a indiqué en conférence de presse samedi la PDG du CIUSSS, Lynne McVey.

Un médecin s’est notamment rendu sur place pour faire une analyse de la situation. Il a noté qu’une attention particulière devait être accordée à l’hygiène des résidents et que l’on devait aussi s’assurer qu’ils étaient changés et nourris.

On apprenait vendredi que le CHSLD Herron, un établissement privé, avait été mis sous tutelle à la demande de ses gestionnaires, qui n'étaient plus en mesure de prodiguer des soins adéquats à leurs pensionnaires par manque de personnel. Plusieurs employés ont cessé le travail après avoir contracté la COVID-19.

Lors de la conférence de presse quotidienne du premier ministre François Legault samedi, on a cependant appris que la situation dans la résidence laissait à désirer depuis plusieurs semaines.

Ainsi, malgré l'intervention du CIUSSS dès la fin mars, certains patients n'ont pu recevoir leur médication puisque nous n’avions pas accès à leurs dossiers, donc nous ne savions pas quels médicaments leur avaient été prescrits, a indiqué Lynne McVey.

On est entrés ce soir-là, on les a lavés et nourris.

Lynne McVey, PDG du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal
Mme McVey parle aux journalistes.

La PDG du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, Lynne McVey, en conférence de presse samedi après-midi

Photo : Radio-Canada

Selon la PDG, aucun résident n’a toutefois été trouvé mort dans son lit le 29 mars. Deux patients sont bel et bien décédés ce jour-là. L'un après un transfert à l'hôpital, et l'autre à la résidence, au cours de la soirée, avec l’accompagnement des équipes du CIUSSS, a-t-elle ajouté.

Mme McVey a assuré par ailleurs qu’il est faux de dire que des patients ont été retrouvés baignant dans leurs excréments, comme l’ont dit les médias. Mais des témoignages de familles de résidents, ainsi que celui d'une infirmière envoyée en appui dans la résidence, contredisent son affirmation.

Des conditions sanitaires déplorables, disent des témoins

Loredana Mule est infirmière. Elle effectuait des tests de COVID-19, jusqu'à ce qu'on l'envoie au CHSLD Herron pour pallier le manque de personnel. Elle a affirmé à un journaliste de CBC qu’elle avait été révoltée par les conditions dans lesquelles vivaient les résidents.

Avec une autre infirmière, nous allions de chambre en chambre au deuxième étage, raconte-t-elle. Nous pensions que nous allions seulement changer leurs couches et les préparer pour la nuit.

Mais quand nous retirions les couvertures, cela devenait évident qu’ils trempaient dans leur urine et leur matière fécale depuis des jours. Je le sais, car les draps avaient une couleur qui allait du brun au noir, couleur qui leur montait jusqu’au cou.

Loredana Mule, infirmière

Plusieurs résidents ont un surmatelas en forme de coquilles d’œufs pour prévenir les plaies de lit. Ceux-ci étaient trempés d’urine jusqu’au matelas. Leurs parties génitales étaient en feu, raconte encore l'infirmière.

Peter Wheeland, le fils d’une résidente, a lui aussi évoqué une situation similaire à Radio-Canada. Ma mère avait des couches pleines et aussi son sac d’urine. C’était si plein que ça a éclaté et c’était sur le plancher, a-t-il déploré.

M. Wheeland critique les gestes posés par le CIUSSS en prenant la relève des gestionnaires du CHSLD. Au niveau des communications, c’était pire avec le CIUSSS que c’était avec la résidence privée, parce qu’on n’avait aucune information, dit-il.

Les commentaires sont sensiblement les mêmes chez Franko Léonie, dont la belle-mère de 97 ans habite au CHSLD Herron. Depuis que le CIUSSS a pris l’endroit en charge, ça ne semble pas s’être amélioré. On a tous beaucoup de questions, note-t-il.

L'une des façades du CHSLD Herron.

Le mauvais état de la situation sanitaire au CHSLD Herron a forcé l'intervention des autorités de la santé.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Talania

Une communication difficile avec les propriétaires

Après le 29 mars, des équipes du CIUSSS ont continué à visiter le CHSLD Herron, même s’il a été difficile d’obtenir la collaboration des propriétaires, a pour sa part raconté Lynne McVey. On avait des difficultés à trouver des solutions ensemble, a-t-elle expliqué.

Nous n’avions pas accès au dossier des patients ni au matériel médical. […] On a fait de notre mieux pour être en soutien.

Lynne McVey, PDG du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal

Deux mises en demeure ont été envoyées aux propriétaires pour que ces façons de faire soient modifiées et, finalement, une ordonnance de la direction de la santé publique a permis le 8 avril d’avoir accès aux dossiers des résidents.

C’est l’analyse de ces dossiers qui a permis de se rendre compte vendredi soir que 31 décès étaient survenus depuis le 13 mars dans le CHSLD, dont cinq des suites de la COVID-19. Cette information a mené les ministères de la Santé et de la Sécurité publique à demander une enquête à l'unité des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

La femme porte une pancarte où est écrit en anglais : 31 morts en 3 semaines, alors que la pancarte de l'homme dit : Une honte!.

Une femme et un homme protestent samedi devant le CHSLD Herron, à Dorval.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Comme l’a signifié Mme McVey, chaque famille concernée par un décès avait cependant déjà été avisée par le CHSLD.

Le CIUSSS s’emploie maintenant à tenter de rassurer les familles des autres pensionnaires et garantit qu’ils sont désormais bien soignés et reçoivent leurs médicaments.

Une équipe a évalué samedi l’état de santé de chacun des résidents et toutes les familles de ces derniers seront contactées à ce sujet.

Nos équipes sont en place et sont pleinement opérationnelles. […] Vous êtes notre priorité et c’est là-dessus que nous voulons concentrer nos efforts, a-t-elle déclaré.

Actuellement, une dizaine de résidents du CHSLD attendent les résultats de leur test de COVID-19.

Le CIUSSS certifie que toutes les mesures de précaution nécessaires ont été prises. Des zones pour séparer les malades infectés par la COVID-19, les résidents en attente d’un diagnostic et les personnes en santé ont été mises en place.

De son côté, sollicité pour une entrevue, le groupe Katasa, qui possède le CHSLD Herron ainsi que six autres établissements québécois pour personnes âgées, a dit ne pas être prêt à commenter la nouvelle. Il avait d'abord accepté la demande d'entrevue, qu'il a ensuite annulée, puis avait promis une déclaration écrite.

Ce n’est pas la première fois que des manquements au CHSLD Herron sont mis de l’avant. Le CHSLD de Dorval a déjà été visé à plus d’une reprise par des recommandations de coroners, tout comme la Résidence de l'Île, un autre des établissements du groupe Katasa situé à Gatineau.

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