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La COVID-19 leur fait craindre de devenir prisonniers de leur île

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Le pont en début de soirée, sous un ciel nuageux

Le reportage de Geneviève Normand.

Photo : Résident de l'île de Campobello / Ulysse Robichaud

Geneviève Normand

Depuis l'annonce de la fermeture de la frontière entre le Canada et les États-Unis à la mi-mars, l'inquiétude est montée d'un cran dans une petite communauté des Maritimes. Les habitants de l’île Campobello dépendent du pays voisin pour accéder à la terre ferme canadienne. Le rêve d'un traversier permanent n'aura jamais été aussi cher aux insulaires qu'en ce temps de pandémie.

Campobello est une petite île frontalière située à l’extrémité sud-ouest du Nouveau-Brunswick, dans la baie de Fundy. La population y est estimée à près de 900 habitants, selon le dernier recensement. C’est une île sans liaison directe et permanente avec le pays.

La majeure partie du temps, les insulaires n’ont pas d’autre choix que de traverser l’État du Maine pour gagner le sol canadien. Le seul pont qui existe à Campobello relie l’île et Lubec, le village américain voisin. Chaque fois que les résidents l’empruntent, ils franchissent la frontière canado-américaine et doivent par conséquent présenter leur passeport aux douaniers.

Si les insulaires veulent se rendre au Nouveau-Brunswick et en revenir, ils doivent traverser les postes frontaliers à quatre reprises : une première fois au sortir du pont, une deuxième en quittant le Maine pour rentrer au Canada à Saint-Stephen, puis ils doivent refaire ces deux mêmes arrêts sur la route du retour.

Une carte représenant l'île, l'État du Maine et le Nouveau-Brunswick.

En rouge, le tracé de la route qui va au Nouveau-Brunswick en traversant le Maine depuis l’île Campobello. En pointillé, le tracé qu’emprunte le traversier estival.

Photo : Radio-Canada

On est les seuls Canadiens pour qui ça prend un passeport pour visiter notre Chambre des communes, s’insurge Ulysse Robichaud, qui habite sur l'île et milite pour une liaison maritime permanente. Tout ce qu’on fait, nous autres, ça prend un passeport.

L’Acadien dit se rendre aux États-Unis presque tous les jours pour y faire ses emplettes. Campobello offre à ses citoyens des services de base, comme l’accès à une petite épicerie, mais un détour au Maine s’impose, ne serait-ce que pour retirer de l’argent ou faire le plein. Il n'y a aucune banque ni station d’essence sur l’île.

Alcatraz neuf mois par année

Cette petite île du Nouveau-Brunswick n'est connectée avec le Canada que quelques mois par année, en été, lorsqu’un traversier privé offre une liaison maritime. Le reste du temps, les insulaires dépendent entièrement du passage par les États-Unis, un trajet qui dure environ une heure en voiture.

C’est ce qui amène Justin Tinker, un Néo-Brunswickois qui a quitté l’île récemment, à comparer Campobello à Alcatraz, cette île de la baie de San Francisco où étaient jadis emprisonnés les plus grands criminels américains.

Avec la pandémie, ce qui nous préoccupe, c’est l’incertitude à la frontière, explique le trentenaire, qui vit maintenant à Saint-Jean.

Respecter les droits de base des Canadiens en leur permettant de se déplacer dans leur propre pays sans dépendre de la bonne volonté d’une nation étrangère, ça doit être une priorité des gouvernements fédéral et provincial.

Justin Tinker, ancien résident de l'île Campobello

Le caractère imprévisible de Donald Trump l’amène aussi à se questionner sur le sort qui pourrait être réservé aux insulaires durant la crise. Si le président américain est prêt à priver les Canadiens de masques N-95, va-t-il s’empresser d’aider les Canadiens qui ont besoin de se faire soigner dans les hôpitaux américains, où il existe des ententes de soins de santé pour les cas urgents?, se demande-t-il.

À ce jour, malgré la fermeture de la frontière, les résidents de Campobello sont toujours autorisés à traverser aux États-Unis et ils sont exemptés de la nouvelle exigence d’isolement obligatoire, à condition d'être asymptomatiques.

Je peux traverser pour aller acheter mon essence et mon épicerie et revenir. Aucun problème, raconte Ulysse Robichaud. J'ai pas besoin d'aller en quarantaine. Je peux traverser tous les jours. Je trouve que ce n'est pas acceptable.

Des bateaux de pêche sont amarrés à un quai.

L'île Campobello

Photo : Résident de l’île Campobello / Ulysse Robichaud

Un traversier réclamé à l’année

Le traversier estival entre Campobello et le Nouveau-Brunswick reprend habituellement du service tous les ans, en juin.

Toutefois, maintenant que la pandémie de coronavirus frappe et que les États-Unis en sont l’épicentre mondial, un grand nombre d’insulaires ne veulent pas attendre. Ils sont nombreux à réclamer un traversier en permanence.

À cause de l'urgence présentement, je pense qu'on devrait avoir un traversier pour ne pas être obligés d'aller aux États-Unis.

Ulysse Robichaud, résident de l’île Campobello

Ça nous prend quelque chose tout de suite à cause de l’urgence, affirme Ulysse Robichaud. C’est une urgence mondiale, on sent qu'on ne s'occupe pas de nous autres.

Interrogé sur cette question, le premier ministre du Nouveau-Brunswick a laissé entendre jeudi que la province pourrait maintenir le statu quo :[Le va-et-vient des résidents de Campobello aux États-Unis], c’est un processus qui est en place depuis des générations. Ça marche très bien. À ce point-ci, il n’y a aucune restriction sur leur capacité à franchir la frontière. Est-ce que cela va changer à l’avenir? Je ne sais pas.

Blaine Higgs a évoqué la possibilité d’une mise en service précoce du traversier, sans toutefois rien promettre aux insulaires.

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