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La Russie se ravise : des milliers de pneumonies sont plutôt de la COVID-19

Deux personnes en combinaison de protection, dans un hôpital russe.

En Russie, les autorités sanitaires doivent utiliser des tests de dépistage de la COVID-19 qui sont souvent inefficaces.

Photo : Radio-Canada / Alexander Roslyakov

C’est un revirement majeur que viennent d'annoncer les autorités moscovites de la santé. Un aveu qui donne raison aux critiques qui leur reprochaient depuis des semaines de sous-estimer le nombre réel d'infections à la COVID-19, en les classant comme de simples cas de pneumonie à la place.

Lors d’une entrevue télévisée sur la chaîne d’État Rossiya-1, le ministre de la Santé a concédé haut et fort que la Russie ne pouvait plus se rabattre sur ses tests en laboratoire pour gérer la suite de l'épidémie, puisque ceux-ci ne sont pas suffisamment précis.

La maladie peut se développer si rapidement que le diagnostic se précise sans utiliser de test, a déclaré le ministre Mikhaïl Murashko.

Dorénavant, tous les cas de pneumonie seront traités comme des cas potentiels de coronavirus, a affirmé le Dr Denis Protsenko, médecin en chef de l’hôpital Kommunarka, où la majorité des patients infectés sont traités dans la capitale.

Il faut dire que de plus en plus de médecins remettent en question la fiabilité du test de dépistage utilisé en Russie. Celui-ci, de l’aveu même du gouvernement, n’est efficace que 70 à 80 % du temps.

20 à 30 % de nos tests produisent des faux négatifs, donc la proportion de tests erronés est importante, a expliqué le Dr Dennis Protsenko, qui a lui-même été infecté par le virus il y a deux semaines.

Depuis le début de la crise en Russie, seuls les hôpitaux publics comme le sien avaient le droit de recevoir et de tester des patients soupçonnés d’être atteints de la COVID-19.

Les cas de pneumonie étaient pour leur part redirigés vers d’autres établissements, selon le protocole mis en place par les responsables de la santé.

Des médecins russes travaillant dans une salle d'hôpital.

Le système hospitalier russe n'est pas nécessairement bien équipé pour traiter tous les cas d'infection par le coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Alexander Roslyakov

Pression pour un meilleur dépistage

C’est à la demande de médecins des quatre coins du pays, qui signalent entre autres un nombre anormalement élevé de pneumonies, que ce protocole a été révisé la semaine dernière.

Un des hôpitaux privés du groupe Medsi, à Moscou, n'a reçu l'accréditation nécessaire pour se joindre à la lutte contre la COVID-19 que le 1er avril.

L'épidémiologiste en chef, le Dr Alexey Yakovlev, nous a ouvert les portes de son centre pour nous montrer comment il se prépare au pic d’infections dans la capitale. Ce dernier sera atteint d’ici deux semaines, selon lui.

Le centre compte 650 lits. Au moment de la visite, 208 étaient occupés par des personnes atteintes de pneumonie.

Nous avons établi des balises cliniques qui nous indiquent que ces patients qui souffrent de pneumonie sont atteints du virus, même si nous n’avons pas de tests de laboratoire pour le prouver. Demandez à n’importe quel médecin en Russie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, et il vous dira que c’est une évidence. Nous en sommes convaincus.

Le Dr Alexey Yakovlev, du groupe Medsi

Nous avons d’ailleurs parlé à d’autres médecins qui sont du même avis, mentionne encore le médecin.

Le Dr Pavel Brand, académicien et directeur de la clinique Semeynaya, de Moscou, va encore plus loin. Il affirme que le test de dépistage élaboré et distribué en Russie n’est fiable que 65 % du temps.

Il soutient aussi que le test est si mauvais que des milliers de personnes infectées et même décédées sont absentes des statistiques officielles de la COVID-19.

En Russie, le diagnostic le plus précis se fait maintenant à l’aide d'un examen radiologique des poumons. Tous les cas de pneumonie seront considérés comme des infections par le coronavirus. Il faut s’attendre dans ces circonstances à ce que le nombre de cas répertoriés explose au cours des prochaines semaines.

Le Dr Pavel Brand

Le pire est à venir

Vendredi, la Russie a franchi le cap des 12 000 infections, et compte 94 décès.

Le taux de mortalité relativement bas ne s'expliquerait en partie que par la piètre fiabilité du test, soutient le Dr Brand. Il faut aussi, selon lui, tenir compte du jeune âge de la population russe, dont l'espérance de vie est en moyenne de 69 ans. Chez les hommes, l'espérance de vie n'est que de 65 ans, alors qu'elle est de 72 ans chez les femmes.

Dans la mesure où la très grande majorité des personnes ayant succombé à la maladie dans le monde avait plus de 70 ans, il est normal que la Russie affiche un taux si bas, dit-il.

Un autre médecin à qui nous avons parlé, le Dr Dimitri Fadin, des cliniques InVitro, affirme que la moyenne d'âge des personnes infectées en Russie se situe autour de 40 à 50 ans.

Il déplore aussi le manque « catastrophique » de tests dans plusieurs régions excentrées du pays.

À Moscou, le maire Sergueï Sobyanin, qui a été nommé à la tête du groupe de travail gérant la pandémie, a lancé une mise en garde à la population : Nous sommes encore loin d'avoir atteint le plateau, nous ne sommes même qu'au pied de la montagne.

Le pire est à venir, conclut-il.

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