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Pas de retour à la normale dans les aéroports canadiens avant « deux ou trois ans »

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Le trafic aérien à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau, à Montréal, s'est effondré de 85 %.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Les aéroports observent une chute d'achalandage à travers le pays. Leur survie passera par un fort soutien de l’État, et le trafic aérien, lui, ne sera pas le même qu’avant la crise avant plusieurs années, selon un expert.

À l’aéroport Pearson de Toronto, le plus achalandé du pays, environ 1300 vols atterrissent et décollent chaque jour. Désormais, on en dénombre seulement 350, selon un porte-parole de l’aéroport, ce qui représente un quart du trafic normal.

L’aéroport Pierre-Elliott Trudeau à Montréal observe la même chose. Il est clair que le trafic aérien et passager sont tous les deux en forte baisse à YUL, a écrit Marie-Claude Desgagnés, conseillère en relations publiques d'Aéroports de Montréal (ADM). Seuls 80 vols ont été opérés vendredi, dit-elle, comparativement aux 500 vols habituels, soit une baisse de 84 %.

L’Aéroport de Calgary dit avoir vu une baisse de 98,5 % du nombre de passagers. Pour l'ensemble de 2020, l’aéroport s’attend à recevoir la moitié des voyageurs enregistrés d’habitude sur 12 mois. Des estimations comparables à celles de l’aéroport de Vancouver.

Les mesures prises par le Canada concernant le trafic aérien :

Répercussions multiples

Dans un communiqué, l’aéroport de Calgary dit s’attendre à une perte de 40 % à 50 % de ses revenus en 2020. Mais les aéroports ne sont pas les seuls à être affectés par cette baisse d’achalandage.

Il faut savoir que sur le plan logistique et opérationnel, l’entité la plus complexe au monde, c’est un aéroport, explique d’entrée de jeu Mehran Ebrahimi, directeur du groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l’École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Mehran Ebrahimi, spécialiste de l’aviation, portant des lunettes et une petite barbe. Il regarde la caméra alors qu'il est interviewé dans nos studios de Montréal.

Mehran Ebrahimi, spécialiste de l’aviation

Photo : Radio-Canada

Il faut d’abord distinguer deux choses, dit-il, la structure et l’organisation de l’aéroport d’une part, et la multitude d’entreprises qui y travaillent d’autre part.

Quand une compagnie comme Air Canada suspend 90 % des ses décollages et atterrissages, ça veut dire que, à peu près dans la même proportion, vous n’avez plus besoin du personnel qui travaille autour.

Mehran Ebrahimi, directeur du groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l’École des sciences de la gestion de l'UQÀM

Les répercussions du faible achalandage sont d’abord liées au personnel : Quand il n’y a pas d’avion qui vole, il n’y a personne qui nettoie l’intérieur de l’avion, il n’y a pas de bagagiste pour remplir les avions, il y a moins de contrôleurs aériens en poste, il y a moins de gens qui font les repas à distribuer à bord, explique-t-il.

Selon les calculs des observateurs de l’industrie aéronautique, les pertes des compagnies aériennes atteindraient à elles seules 200 à 300 milliards de dollars dans le monde, rapporte M. Ebrahimi. En outre, les revenus des aéroports proviennent en grande partie de ces compagnies qui leur paient des droits pour utiliser leurs infrastructures, y décoller et y atterrir, par exemple.

Aide du fédéral

Aucun gouvernement ne laissera jamais un de ses aéroports principaux aller vers la faillite ou une cessation d’activité. Cela est impensable, rassure cependant Mehran Ebrahimi.

Ce qui est problématique, dit-il, ce sont les compagnies qui sont sous-traitantes dans les aéroports. Celles-ci sont indépendantes et ont la liberté de leur gouvernance.

Si les activités s’arrêtent et contraignent au renvoi de 90 % de leur personnel, au moment où la crise sera terminée, il n’est pas certain d’avoir accès à ces gens et à leurs compétences de la même manière, souligne le professeur. Il note toutefois qu’Ottawa prévoit déjà de soutenir l’industrie.

Le gouvernement fédéral a effectivement annoncé le 30 mars dernier des mesures pour aider le secteur du transport aérien (Nouvelle fenêtre), notamment en renonçant aux loyers de baux fonciers jusqu’en décembre 2020 pour les 21 administrations aéroportuaires qui paient un loyer au gouvernement fédéral.

Le plan de subvention salariale annoncé par le ministre des Finances, Bill Morneau, pourra aussi bénéficier à des entreprises de l’industrie. Air Canada a déjà annoncé son intention de réembaucher 16 500 employés si le plan est adopté par le parlement.

Le ministre des Finances du Canada Bill Morneau.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, annonce des mesures économiques pour permettre au Canada de faire face à la pandémie de COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Toute mesure supplémentaire concernant les transporteurs aériens ou les voyages aériens serait annoncée en temps et lieu, a également écrit un porte-parole de Transport Canada, dans un courriel à Radio-Canada.

Questionné sur la possible nationalisation d’un des aéroports majeurs du pays, l’expert estime qu’il est peu probable d’en arriver là.

Une zone de turbulences pendant deux ou trois ans

La crise que traverse en ce moment l’industrie est si grave et sans précédent qu’il est impossible de prédire les prochains mois, selon Mehran Ebrahimi. L’impact économique est tellement exponentiel qu’on n’a plus de comparaison, explique-t-il.

Il est évident que, sans faire de jeu de mots, nous serons dans une zone de turbulences qu'il faudra absorber petit à petit.

Mehran Ebrahimi, directeur du groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l’École des sciences de la gestion de l'UQÀM

On sait que la crise ira au-delà de juillet et août dans cette industrie, dit l’expert. Il faut qu’il y ait une masse critique de pays qui se considèrent hors crise pour que les activités puissent reprendre.

Enfin, même après la crise, les gens auront souffert de problèmes financiers, les gens auront peur, dit M. Ebrahimi, de sorte que la consommation de voyages aériens n’atteindra pas son niveau d’avant-crise avant des mois.

Pour absorber tout ça, s’il n’y a pas autre chose qui vient frapper l’aviation, on parle de deux ans et demi à trois ans.

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