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Le sourire de la boulangère pour rompre la solitude

Rosalie Bergeron a décidé de garder ouverte sa toute petite boulangerie dans Villeray, parce que les gens du quartier ont besoin de beaucoup de réconfort, dit-elle, et « qu’un bon sandwich, c’est réconfortant! »

La boulangère dans son local de production, entourée de pains et de biscuits.

Rosalie Bergeron gère toute seule sa petite boulangerie, nommée 22 mai.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La rue Jarry est déserte. Il tombe un mélange de neige et de pluie. Les nuages sont immobiles, épais, sombres. Personne en vue, sauf Rosalie qui sourit derrière la vitrine de sa toute petite boulangerie, avec son chemisier à motifs de fleurs délicates et son tablier d’artisane. Une simple présence et l’odeur chaleureuse du pain. Une bulle de vie sous la grisaille.

Depuis que j’ai ouvert la boulangerie il y a quelques années, je connais les passants, les itinérants, les gens seuls du voisinage. Beaucoup passent souvent juste pour me parler. J’ai l’impression d’être Lucy dans Charlie Brown. Cinq sous pour un conseil. Je dis toujours ce que je pense, raconte la boulangère avec un sourire moqueur et tendre depuis l’autre extrémité de son local, alors que je me tiens près de la porte pour garder la distance prescrite.

Il y a des gens dont les contacts sociaux se limitent aux commerçants, ils ont perdu ça avec la crise.

Le 22 mai, il y a 6 ans, la boulangère était esthéticienne. Elle a eu quarante ans et a tout remis en question. Une crise de la quarantaine. Elle a tout plaqué, a étudié la boulangerie et a trouvé ce petit local où des barbiers jasaient avec leurs clients depuis plus de 80 ans, un petit lieu où la convivialité des villages s’épanouissait dans la grande ville.

Sa carte est toute simple. Gâteau au citron, biscuits aux pépites de chocolat, pain ciabatta. Trois sortes de sandwichs. Rôti de porc, végé-pâté maison et dinde fumée ou jambon. Avec des mayonnaises de son cru. Parce que j’aime la mayonnaise, dit-elle en riant.

Plan large de Rosalie Bergeron, dans sa boulangerie, en train de placer des items sur un comptoir, devant la fenêtre.

Travaillant seule, Rosalie Bergeron a élaboré une offre simple, qui s'avère cependant très utile en cette période de confinement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Au début de la crise du coronavirus, Rosalie Bergeron, qui travaille toute seule, s’est demandé si son commerce offrait un service essentiel, et puis elle a décidé que oui. Depuis quelques semaines, elle prend les commandes au téléphone et son chum fait la livraison. Le local est moins accessible, mais le pain y cuit toujours.

Je ne suis pas mère Teresa, précise-t-elle. Mais quand même, cette mère de quatre enfants a pensé à « J. », un itinérant qui venait la voir tous les jours avant la crise et qui se retrouve bien seul et confronté à ses vieux démons.

Je l’ai vu retomber dans l’alcool. Je lui offre un sandwich et un gros sourire. Il va mieux depuis quelques jours, mais il ne peut plus quêter, plus personne dans les rues, les gens ont peur. Il est un peu perdu.

Rosalie Bergeron porte deux paquets de pains ciabatta.

Le comptoir de la boulangerie 22 mai était déjà bien adapté aux commandes à emporter.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Elle a pensé à « L. » une dame âgée qui faisait des ménages et prenait l’autobus devant la boulangerie 22 mai. C’est le nom du commerce de la boulangère. Comme « L. » lui avait laissé son numéro de téléphone au cas où des gens chercheraient des femmes de ménage, elle lui a téléphoné.

Évidemment, elle n’a plus de travail. Je vais lui porter un sandwich sur son balcon. Ça lui fait plaisir. On jase un peu. C’est rien. Elle habite à deux coins de rue.

Rosalie me parle d’autres gens âgés, de gens seuls, de gens fragiles. Elle évoque les parents débordés qui viennent chercher des sandwichs. Certains enfants du quartier à qui elle ira porter les biscuits invendus aujourd’hui. Pas mère Teresa, pas du tout. Mais une empathie toute simple, pratique. Parce qu’un sandwich au jambon en confinement, c’est tellement réconfortant. Voilà qui est dit.

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