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Antonine Maillet : « Comme on est très peu maintenant, on se dit bonjour! »

« J'ai plus peur de perdre mes amis que de partir. »

Elle sourit à la caméra.

À 90 ans, l’écrivaine fait part de ses observations durant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

L’écrivaine acadienne Antonine Maillet vit actuellement la crise du coronavirus à Montréal dans sa résidence du centre-ville. « Je vais très bien! Ça, c’est la meilleure chose que je puisse vous dire », répond-elle immédiatement.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Fidèle à elle-même, l’auteure de La Sagouine, Les Corde-de-bois et Pélagie-la-Charette, est peut-être loin de son Acadie, mais elle se souvient toujours de son Pays.

Et ces derniers temps, elle voit des ressemblances surprenantes entre la région chaleureuse qui l'a vue grandir et la Métropole québécoise en ce temps de crise.

Montréal, c’est une ville assez peuplée. Quand on rencontre du monde à Montréal, ce n’est pas comme à Caraquet ou à Bouctouche. On ne se salue pas, on ne les connaît pas.

Mais quand elle fait une marche ces derniers jours, elle remarque que le ton a changé dans les rues.

Antonine Maillet.

Antonine Maillet note que l’humanité traverse un moment historique.

Mais là, c’est curieux, comme on est très peu maintenant, on se dit bonjour!

Une citation de :Antonine Maillet

On dirait qu’il y a une autre mentalité qui se développe, ajoute-t-elle, comme si la grande ville renouait avec un comportement associé aux régions. Tout d’un coup, on est solidaire. On se défend l’un l’autre, mais on se protège aussi.

« J’ai peur, comme tout le monde »

N’empêche, à 90 ans, Antonine Maillet confie au bout du fil qu’elle sait ce que la COVID-19 représente pour elle. J’habite dans un quartier à risque, j’habite dans une ville à risque, dans un pays où actuellement, on est à risque, et puis j’ai l’âge à risque. Ça fait beaucoup de risques!

À Bouctouche, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a recensé une vingtaine de cas de COVID-19 dans la région administrative. À Montréal, ils sont plus de 5800.

J’ai eu peur, comme tout le monde. Peur de la mort ? Non. La mort ne m’a jamais fait peur.

De quoi avoir peur alors? Le virus me fait peur pour l’humanité, pour mes proches, pour les autres. Mais il ne me fait pas peur pour moi. Moi après tout, j’ai vécu 90 ans, j’ai eu ma part de vie.

J’ai plus peur de perdre mes amis, que de partir, précise-t-elle.

Et l’après-coronavirus? Il y a des gens qui disent : ''Tout va changer pour le pire''. Parce qu’on va avoir des coronavirus souvent et des choses comme ça. Moi je dis : ''Tout va changer''. Ça ne se peut pas que ça ne change pas. Mais j’ai l’impression, et j’espère que j’ai une bonne impression, que ce sera pour le mieux.

L'écrivaine décèle de la bienveillance dans le comportement des gens et des nations. Pas tous les pays, mais enfin, la plupart des pays s’inquiètent des autres pays, observe-t-elle.

Ils se prêtent des masques au lieu de s’envoyer des bombes.

Une citation de :Antonine Maillet

Et probablement que l’humanité aura appris quelques leçons, croit-elle. J’ai l’impression qu’il y a toute une possibilité de renouveler quelque chose… la fraternité humaine.

Passer le test

Antonine Maillet note que l’humanité traverse un moment historique. C’est une sorte de test ceci, les gens qui ont le moindrement de l’intelligence, d’imagination, de bonté ou de quête du meilleur, ne peuvent pas ne pas sortir grandi de ceci.

Mais il y a des Trump qui brisent ça, ajoute-t-elle.

Donald Trump. Le président américain revient souvent dans la discussion. Si tout le monde avait eu un Trump comme président, c’était la fin du monde. Selon elle, les Trump de ce monde ne passent pas le test de la COVID-19.

Et l’Acadie? L’Acadie ne peut pas être à l’abri plus que les autres. Mais probablement qu’elle ne sera pas pire que les autres.

Encore des lignes à écrire

Coronavirus ou pas, Antonine Maillet n’en a pas terminé quand même. Les gens me disent : à 90 ans, pourquoi veux-tu vivre encore ? C’est drôle, je veux vivre jusqu’à ce que la vie soit terminée. Et elle n’est pas terminée. J’écris encore.

Antonine Maillet célèbre son 90e anniversaire le 10 mai 2019.

L'écrivaine décèle de la bienveillance dans le comportement des gens et des nations.

Photo : Radio-Canada

Pourquoi suis-je née dans les années, où allait frapper, à la fin de ma vie, ce monstre énorme qui est le coronavirus? Peut-être que c’est pour me montrer, ou m’enseigner, même si on apprend ça à la fin de sa vie, qu’on peut avoir une vie très riche et qu’on tient à cette vie-là.

Est-ce qu'elle a encore des histoires à raconter? Ah, j’en ai eu toute ma vie, je suis sûre!

Le coronavirus pourrait-il faire germer une nouvelle histoire? Ça pourrait comme bien des écrivains. Je ne sais pas.

Et entre ses lectures, elle vient à se demander comment ses personnages de l’Île-aux-Puces réagiraient au travers d’une crise comme celle-ci.

Citrouille c’est le philosophe, il regarde ça d’en haut!

Cette entrevue a été réalisée le 1er avril 2020.

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