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MBAC : une visite virtuelle en anglais seulement qui fait réagir

Le Musée des beaux-arts du Canada avec des symboles qui représentent les langues française et anglaise.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) déplore qu'une visite guidée du Musée des beaux-arts du Canada, diffusée sur Instagram, se soit déroulée uniquement en anglais.

Photo : Radio-Canada / Jean Gagnon, Montage : Laury Dubé

La directrice générale du Musée des beaux-arts du Canada, Sasha Suda, a récemment offert une visite « virtuelle » de la collection permanente de l'établissement, autrement inaccessible aux internautes curieux. Or, cette visite guidée, diffusée le samedi 4 avril dernier sur Instagram, s’est déroulée uniquement en anglais, déplore la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Pour sa part, le Commissariat aux langues officielles contactera l'établissement afin de « discuter de [la] situation ».

Les portes du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) étant fermées en raison de la crise de la COVID-19, l’accès aux œuvres de l’établissement national s’avère impossible pour le public.

Sa directrice générale, Sasha Suda, en poste depuis l’été dernier, a donc décidé de remédier à la situation en entraînant les intéressés à sa suite, le 4 avril, dans différentes salles du Musée. Dans la vidéo diffusée sur son compte Instagram, elle explique, avec autant d'érudition que d'enthousiasme, l’importance historique de certaines pièces de la collection permanente du MBAC ainsi que de certains aspects de son architecture.

Une femme regarde droit dans l'objectif.

Sasha Suda, directrice générale du Musée des beaux-arts du Canada

Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

La visite « virtuelle » dure environ 45 minutes et se fait entièrement en anglais. À aucun moment, la dirigeante du Musée, dont le français avait pourtant été qualifié de « fonctionnel » lors de sa nomination en février 2019, ne s’adresse au public dans la langue de Molière.

Questionnée sur l’absence de français dans cette vidéo, l’agente principale aux communications du MBAC, Josée-Britanie Mallet, affirme par courriel que les futures visites virtuelles seront offertes dans les deux langues officielles.

Ce fut une première expérience qui nous a permis de connaître l’intérêt des gens pour ce genre de contenu et nous souhaitons répéter l’expérience en français et en anglais au cours des semaines à venir, soutient Mme Mallet.

Par ailleurs, le Musée se prépare à lancer d’ici à la fin d’avril une salle d’exposition virtuelle qui permettra aux internautes de mieux explorer la collection nationale à partir de la maison, annonce l'agente principale aux communications du MBAC dans ce même courriel.

Quant à la visite du 4 avril dernier, elle sera bientôt disponible sur notre chaîne YouTube avec sous-titrage en français, précise également Mme Mallet.

« C’est un manque de respect total »

De l’avis du président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson, il y aurait eu des façons artistiques et élégantes pour obtenir l’aspect de deux langues officielles sans que ça repose uniquement sur les épaules de quelqu’un qui n’a pas nécessairement les compétences dans les deux langues officielles.

Un homme devant le drapeau canadien et une affiche indiquant la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

Jean Johnson, président de la FCFA

Photo : Radio-Canada / Angie Bonenfant

Au-delà de la situation au MBAC, M. Johnson observe un « effritement » du français depuis le début de la pandémie. Il cite en exemple Santé Canada et l'étiquetage en anglais seulement de certains produits antiseptiques.

Des allocutions faites majoritairement en anglais par le premier ministre du pays, Justin Trudeau, et les points de presse unilingues du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ont aussi été vivement critiqués par les francophones.

On me dit : "Jean, baisse les bras. C’est pas le temps de faire ta guerre sur la question des langues officielles." Au contraire, je leur dis : "C’est là qu’on doit assurer que le citoyen est protégé et qu’il n’est pas mis à risque" , précise Jean Johnson.

Ce dernier reconnaît qu’une visite virtuelle d’un musée en anglais uniquement n’est pas un enjeu de santé et de sécurité publique. Selon lui, cela n’en demeure pas moins un principe de respect.

C’est un manque de respect total.

Jean Johnson, président, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

Dans leur confinement et leur isolement, les francophones ont droit aux mêmes services que les anglophones, déclare M. Johnson. Les priver d’un accès, dans leur langue, à une visite virtuelle de la collection du MBAC équivaut à les isoler davantage, argumente-t-il.

Le Commissariat aux langues officielles s’en mêle

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet, mais son service des communications a informé Radio-Canada par courriel que le Musée des beaux-arts du Canada sera contacté afin de discuter de [la] situation, le plus tôt possible.

Tous les employés de la fonction publique fédérale, et particulièrement ses hauts dirigeants, doivent soutenir la dualité linguistique canadienne dans leurs actions et leurs communications, que ce soit sur les réseaux sociaux ou autres, stipule le courriel signé par la conseillère principale en communications stratégiques au Commissariat aux langues officielles, Andréanne Laporte.

Les hauts dirigeants de la fonction publique ont un rôle particulier en tant que leaders; ils se doivent de montrer l’exemple.

Andréanne Laporte, conseillère principale, communications stratégiques au Commissariat aux langues officielles

Le Commissariat considère que même si le compte de média social est associé à un individu, mais que cet individu s’identifie comme un haut dirigeant d’une institution fédérale, les membres du public sont en droit de s’attendre à ce que les deux langues officielles soient utilisées de façon égale lorsque l’information de son compte est directement liée au mandat de l’institution fédérale, précise le courriel de Mme Laporte.

Le Commissariat a déjà fait état d’enjeux semblables à celui de la visite guidée virtuelle unilingue du MBAC du 4 avril, dans ses rapports, à la suite de plaintes reçues témoignant d'un manque de clarté dans l’énoncé de la Loi sur les langues officielles depuis l’arrivée en scène des nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux.

Lors de sa nomination à la tête du Musée des beaux-arts du Canada, il y a un peu plus d'un an, Patrimoine canadien avait précisé que Sasha Suda devait prendre des cours de français. Cette dernière, qui continue son apprentissage de la langue française de façon régulière, avait à l’époque établi comme objectif personnel d’être parfaitement bilingue avant la fin de son mandat de cinq ans.

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