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COVID-19 : le producteur de lait Alain Philippot vit encore plus de solitude

Des Manitobains sont sur la ligne de front depuis le début de la pandémie de COVID-19. Rencontre avec ces gens qui continuent d’assurer leur mission en cette période trouble, coûte que coûte.

Un fermier devant sa ferme.

Alain Philippot souffre un peu plus de la solitude en ces temps difficiles mais préfère regarder droit devant et ne pas s'apitoyer sur son sort.

Photo : Radio-Canada / TREVOR LYONS

Radio-Canada

Même en pleine crise sanitaire, Alain Philippot permet aux Manitobains d’avoir du lait frais dans leur réfrigérateur. Si cette pandémie l’isole un peu plus du reste du monde, l’exploitant agricole se réconforte en se disant que tout ira bien.

Moi, ce que je voudrais, c’est faire une grande fête, un grand social manitobain, lâche en riant le fermier Alain Philippot devant ses vaches, en train de ruminer du foin.

Dans son imposante ferme de Saint-Claude, l’enfant du pays se sent incroyablement seul. Et avec le coronavirus, encore plus que d’habitude.

Un fermier donne du foin à manger à ses animaux.

Alain Philippot se lève tôt chaque matin pour traire les 170 vaches de son cheptel de 186 animaux.

Photo : Radio-Canada

Le virus n’a rien changé à ses habitudes de travail. Les journées commencent tôt et finissent tard. Le Manitobain, qui a repris l’exploitation familiale en 1991, s’occupe de ses 186 animaux, dont un cheptel de 170 vaches. Il est épaulé dans sa tâche par trois employés à temps partiel.

Mais, aujourd’hui, il ne peut plus échapper à la solitude. La pandémie l’y a enfermé, sans crier gare.

Plus de sorties au village

Pour lui, les visites au village et les rencontres improvisées avec les autres habitants du coin semblent appartenir au passé.

Beaucoup de ma journée, c’est la solitude. Mais, avant, je ne réalisais pas à quel point les contacts humains étaient importants.

Alain Philippot, agriculteur

Cet animal social, comme il se définit lui-même, souffre du peu de contacts physiques qu’il a en ce moment avec les gens autour de chez lui. Car, même s’il peut communiquer par téléphone ou d'autres moyens électroniques, la saveur des rencontres n’est pas la même.

Je vais d’autant plus les apprécier quand tout cela sera fini. Ce n’est pas la même chose de regarder mon écran que de parler à quelqu’un en face, ajoute-t-il.

Une vache mange du foin.

Pour Alain Philippot, travailler avec les bêtes et la terre est une véritable passion, qui demande d'être présent tous les jours, y compris à Noël.

Photo : Radio-Canada

En attendant que tout redevienne comme avant, cet optimiste continue son labeur dans des conditions qu’il juge presque normales.

Des interactions limitées

Il faut avoir impérativement fait certaines tâches avant 8 heures, explique-t-il.

Les journées de ce fermier solitaire sont rythmées pas les heures de traite de ses 170 vaches et par les visites du camionneur qui ramasse le lait.

Mais, là encore, pandémie oblige, les moments d’échanges avec ce travailleur ont été sacrifiés pour le bien de tous, celui du consommateur en premier lieu.

Les deux hommes appliquent de nouveaux protocoles : il ne leur est plus possible de se retrouver dans la même salle en même temps. À la fin de la tournée, Alain Philippot doit tout désinfecter après le chauffeur.

La bonne humeur comme arme

Ce sentiment de solitude, Alain Philippot le combat par la bonne humeur et l’optimisme. Pour lui, ce n’est qu'un mauvais moment à passer. Le ciel gris d’aujourd’hui redeviendra bleu demain.

Un large panneau de bois annonce l'entrée de la ferme Philippot.

La ferme Philippot existe depuis 1912 et Alain Philippot a commencé à y travailler aux côtés de son père en 1982.

Photo : Radio-Canada

Ce qu’on passe à travers comme humanité, comme groupe, nous rend plus fort comme société. C’est quelque chose que l’on n'a pas vécu avant, observe le Manitobain.

Dans ces temps difficiles, où le temps pourrait être plus propice à ruminer des idées noires, le fermier peut aussi compter sur le soutien de sa mère octogénaire. Alain Philippot retrouve son sourire quand il évoque ses conseils.

Ma mère me dit toujours que je vais trouver une façon de faire les choses et que, elle, a vécu à travers des choses comme cela. Elle me dit qu’il ne faut pas paniquer.

Alain Philippot, exploitant agricole à Saint-Claude

Alain Philippot sait qu’il doit continuer sa mission pour que les Manitobains continuent d’avoir du lait frais sur la table.

Travailler pour nourrir le monde? Pour Alain Philippot, plus qu'un métier, c’est une vocation.

Et pour lui, les héros sont ailleurs : Les vrais héros, ce sont ceux qui ne sont pas capables de faire les choses. Ma mère, qui a 85 ans et qui vit toute seule, à qui on doit laisser ses achats d'épicerie sur les marches… Ça, c’est un héros parce qu’on ne lui a pas laissé le choix. C'est eux qu’on met en solitude forcée.

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