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La moitié des salles de spectacle privées du Québec pourraient disparaître

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Bernard Adamus en concert au Club Soda, le 3 octobre 2019.

Le reportage de Félix Morrissette Beaulieu

Photo : Courtoisie / Louis Pelchat-Labelle

Tant que la proximité entre les humains ne sera pas permise, les salles de spectacle seront réduites au silence. Pour les propriétaires de salles privées, qui ne reçoivent pas de subventions et qui sont actuellement dépouillés de leurs sources de revenus, la durée des restrictions pourrait être une question de vie ou de mort.

Imaginez un instant Montréal sans le Théâtre St-Denis, Québec sans Le Capitole ou Magog sans le Vieux Clocher.

Impensable il y a quelques mois à peine, un tel scénario ne relève pourtant plus de la fiction en raison de la pandémie, croit Michel Sabourin, lui-même président et actionnaire du Club Soda, dans la métropole.

Si les mesures de distanciation physique devaient se poursuivre tout l'été, ce qui semble en voie de se produire, moi, je prévois que la moitié de salles privées vont disparaître, lance-t-il gravement au bout du fil.

Un funeste bilan qui se concrétisera si une aide financière n'est pas au rendez-vous, selon M. Sabourin.

Le chanteur Keith Kouna fait du « bodysurfing » dans la foule.

La proximité qui caractérise les concerts va à l'encontre des mesures sanitaires pour combattre le coronavirus.

Photo : Fournie par Coup de coeur francophone / Jean-François Leblanc

Hypothèque ou loyer, location d'équipements (chaîne audio, par exemple), assurances, chauffage, impôt foncier : pendant que l'incertitude persiste, les factures s'accumulent. Les billets ne se vendent plus et des milliers d'autres ont été remboursés.

Pour le Club Soda, M. Sabourin chiffre les frais fixes à 50 000 $ par mois, sans compter les pertes.

Mince consolation, des détenteurs de billets les conservent par solidarité ou dans l'espoir d'assister à un spectacle reporté, ce qui soulage un peu les coffres.

Le danger de cette crise, c'est qu'elle annule 30 ans, 40 ans d'efforts de construire une culture québécoise solide.

Michel Sabourin, président, Club Soda

Contrairement à la majorité des quelque 200 salles de spectacle de la province, les salles privées ne sont pas associées à une municipalité, à un établissement d’enseignement ou à un organisme public. Peu nombreuses, elles ne comptent que sur elles-mêmes pour vivre.

Il y en a une trentaine dans la province, la plupart à Montréal ou à Québec. Elles sont extrêmement importantes dans l'écosystème du spectacle, tranche M. Sabourin.

Signaux inquiétants

Plusieurs ne sont pas rassurés par les propos du premier ministre François Legault, qui a affirmé plus tôt cette semaine que les Québécois en avaient encore pour des mois à vivre avec la consigne des deux mètres entre les personnes.

Il s'agit d'un règlement contre nature pour cette industrie.

Relancer les opérations pour chaque salle va prendre à la limite deux mois, soutient Michel Sabourin. Si le gouvernement donnait le feu vert en août – pure spéculation –, difficile pour lui d'imaginer un semblant de normalité avant octobre. Et là encore, vendre un spectacle en deux mois, ce n'est pas beaucoup.

Jean Pitole à l'extérieur avec un manteau noir et un foulard bleu. Il sourit.

Jean Pilote, propriétaire du Capitole, à Québec

Photo : Radio-Canada

Jean Pilote, propriétaire du Capitole, à Québec, entrevoit d'autres effets de la pandémie, même lors d'une éventuelle reprise des activités.

Est-ce que les gens vont encore avoir peur de se rendre dans une salle et de se coller sur une autre personne?, demande-t-il. Moi, je pense qu'il va y avoir des effets négatifs pendant des mois. Mais personne ne peut le prédire en ce moment.

Unies pour leur survie

Dans la tourmente, les propriétaires de salles privées de la province unissent leurs forces autour d'un regroupement. Aucun organisme ou association ne les représente en temps normal.

À l'heure actuelle, ils sont donc un peu plus d'une vingtaine à échanger des données et à témoigner de leur expérience pour se documenter. À un certain moment, il faudra faire des représentations auprès des autorités.

Selon Michel Sabourin, la solution idéale serait que les salles puissent, sans s'endetter, voir leurs frais fixes encourus pendant la crise être épongés. Une façon de repartir là où elles étaient avant la pandémie.

Jean Pilote cible de son côté trois instances à qui demander de l'aide : Les institutions financières, les villes et le gouvernement provincial.

En ce qui concerne les municipalités, M. Pilote estime qu'un congé de taxes serait bienvenu. Du moins la taxe d'affaires, propose-t-il. Quant aux banques, des congés de frais et davantage de flexibilité sont envisageables, croit-il.

Du fait qu'un décret gouvernemental oblige l'arrêt des activités, il espère un coup de pouce important du ministère de la Culture et des Communications. Ce qu'on vit, ça va commander des mesures exceptionnelles, sinon il n'y aura plus de salles privées.

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