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Le plasma convalescent pourrait-il combattre le coronavirus?

Une éprouvette contenant du sang séparé en trois couches distinctes.

Un grand essai clinique inclura une cinquantaine de centres au Canada, dont une quinzaine au Québec.

Photo : iStock

La Presse canadienne

La plus vaste étude clinique réalisée à ce jour sur l'utilisation du plasma convalescent dans la lutte contre le coronavirus sera réalisée au Canada, et plusieurs institutions québécoises y participeront.

Le traitement sera étudié dans le cadre d'un grand essai clinique auquel participent une cinquantaine de centres au Canada, dont une quinzaine au Québec.

Des scientifiques du CHU Sainte-Justine, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, de l'Hôpital général juif, d'Héma-Québec et de plusieurs autres hôpitaux de la province seront ainsi de la partie.

C'est une thérapie pour traiter la maladie, a expliqué un des responsables de l'étude, le docteur Philippe Bégin du CHU Sainte-Justine. On parle d'immunisation passive, alors qu'avec un vaccin on parle d'immunisation active.

L'immunisation passive consiste à transfuser le plasma de patients guéris de la COVID-19 – le plasma convalescent – à des patients en début de maladie pour leur transférer les anticorps protecteurs, dans l'espoir de limiter la gravité de leurs symptômes.

Le plasma est la portion liquide du sang qui contient les anticorps qui protègent contre la maladie.

C'est comme le proverbe : "donne un poisson, tu nourris quelqu'un pour un jour, apprends à pêcher, tu nourris quelqu'un pour toujours", a illustré le docteur Bégin. Le vaccin t'apprend à pêcher. Tu donnes le bidule auquel tu veux être immunisé, le corps se met à fabriquer ses propres anticorps et il va les fabriquer pour toujours.

Mais là, on n'a pas le temps, d'abord parce qu'on ne sait pas encore pêcher, donc on ne peut pas vraiment l'enseigner. Donc l'idée, c'est qu'on fait juste donner les anticorps produits par quelqu'un d'autre.

Preuves anecdotiques

L'approche était utilisée avant l'avènement des vaccins, lors des grandes épidémies, et ce n'est pas la première fois qu'on envisage d'utiliser le plasma convalescent pour combattre la COVID-19. Mais les preuves qui pointent en direction d'une efficacité du traitement demeurent pour le moment anecdotiques et de mauvaise qualité scientifique.

La lumière reste donc à faire sur la question, et c'est ce que tenteront de faire les chercheurs québécois et leurs collègues de l'Université McMaster, de l'hôpital torontois Sunnybrook et de l'Hôpital SickKids de Toronto.

On est un peu à l'aveugle, a admis le docteur Bégin. On n'a pas des tonnes d'études qui nous disent que ça prend tel type d'anticorps ou telle quantité de plasma.

La meilleure façon d'y voir plus clair est de rassembler le plus rapidement possible la plus grande quantité possible de données, a-t-il ajouté.

On veut aller vite, et la meilleure façon d'aller vite c'est d'être plusieurs à faire le même protocole pour mettre toutes les données ensemble, a-t-il expliqué. On a des collègues d'autres pays qui sont intéressés et avec qui on partage nos protocoles pour qu'ils embarquent dans le même protocole, et encore là on pourrait mettre nos données ensemble et aller encore plus vite pour acquérir les données.

C'est environ un mois après la fin de la maladie que les niveaux d'anticorps sont les plus élevés, et c'est à ce moment qu'on peut procéder à un prélèvement. Comme la pandémie ne déferle sur le Québec que depuis quelques semaines, le nombre de donneurs potentiels – même s'il ira en augmentant – demeure pour le moment restreint.

Les chercheurs ont donc décidé que le plasma convalescent disponible sera réservé aux patients infectés par la maladie. Il n'est pas impossible, plus tard, qu'il soit offert à titre préventif, par exemple aux travailleurs de la santé qui côtoient étroitement le virus.

Quelque 1200 patients seront recrutés au Québec, dont 800 qui recevront du plasma convalescent. L'étude devrait durer environ trois mois.

Héma-Québec sera responsable de la collecte de plasma chez les patients guéris.

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