•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La pandémie heurte de plein fouet l’industrie touristique

La crise actuelle est une épreuve, mais l’après-confinement le sera tout autant, soutient Ève Paré, de l’Association des hôtels du Grand Montréal.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une place publique déserte du Vieux-Montréal

Une place publique déserte du Vieux-Montréal, le 22 mars 2020.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

L’organisme Tourisme Montréal entrevoit une perte de revenus de 80 % pour la saison estivale, tandis que les dépenses des visiteurs au pays pourraient chuter de 31 à 56 % en 2020, ce qui représenterait un manque à gagner de 4,8 à 8,8 milliards de dollars seulement au Québec. Déjà, le secteur de l’hôtellerie est frappé de plein fouet.

Un silence inhabituel règne à l'Hôtel Sacacomie, à Saint-Alexis-des-Monts, en Mauricie. Les couloirs sont déserts, les chambres vides, les clés, toutes les clés de l'établissement, sagement rangées sur leur crochet, n'ont pas servi depuis des semaines.

Joyce Plante, la propriétaire de l’établissement, se désole de l’absence d’invités.

Nous avons à peu près 60 % de la clientèle qui est internationale, alors ils ne pouvaient pas voyager, toutes les frontières sont fermées. La clientèle régionale, la même chose, les régions sont fermées […] C’est dur et c’est triste, je trouve ça triste de voir notre bel hôtel vide. C’est très, très difficile, confie-t-elle.

En plus d’être un lieu de prédilection des amateurs de plein air, l’Hôtel Sacacomie est le plus important employeur de Saint-Alexis-des-Monts.

Mais voilà, la direction a dû renvoyer à la maison, temporairement, la majorité de ses 120 travailleurs.

Seule une poignée d'entre eux veillent au grain 24 heures sur 24, en espérant des lendemains meilleurs.

Joyce Plante tremble pour son entreprise, fruit de 22 ans de labeurs.

Ce serait mentir de dire que je n'ai pas peur, mais j’ai espoir. Je pense qu’on va tout faire pour la garder, mais je ne pourrai pas faire l’impossible. Je n’ai pas des millions cachés. On va travailler fort et on va se priver, couper plein de choses, mais ce ne sera pas facile.

Joyce Plante, PDG et propriétaire de l'Hôtel Sacacomie
Une vue aérienne de l'Hôtel Sacacomie.

L'Hôtel Sacacomie est le plus important employeur de Saint-Alexis-des-Monts, en Mauricie.

Photo : RPM développement durable / Michel Julien

Ce cri du cœur fait écho aux préoccupations de nombre d’hôteliers, un peu partout au pays.

Dans la région de Montréal, tous les hôtels sont dans une situation précaire, selon l’Association des hôtels du Grand Montréal.

J'ai la moitié des établissements hôteliers qui ont suspendu leurs opérations et l'autre moitié qui opère avec une équipe très, très limitée […] De laisser aller les équipes, l’ensemble des effectifs dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, ça défie toute compréhension. Mais il n’y a plus aucun revenu que ce soit les revenus de chambre, de banquet, de restauration ou de bar ou de stationnement, dit Ève Paré, PDG de l’association.

Un énorme contraste

Les revers de l'hôtellerie sont le reflet d'une filière touristique au point mort.

À preuve, au fil des jours, l'un après l'autre, les festivals tombent.

Notre scénario le plus pessimiste serait qu'il n'y ait pas d'événements pour tout l'été. On envisage certainement cet aspect-là, soutient Yves Lalumière, le président de Tourisme Montréal.

Les lieux qu’affectionnent les touristes, le Vieux-Montréal, par exemple, sont déserts et mornes.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une place publique déserte du Vieux-Montréal

Coronavirus : un choc pour l'industrie du tourisme

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Un contraste frappant avec les centaines de visiteurs qui y ont déambulé l’an dernier. 2019 a été une année record, la troisième de suite pour le tourisme au Canada.

Selon Statistique Canada, 22 millions de voyageurs ont visité le pays, l’an dernier. Le secteur a généré près des dépenses touristiques de 104,9 milliards de dollars.

Toujours en 2019, Montréal a accueilli 11 millions de touristes, dont plus de 3 millions d’entre eux venaient de l’extérieur du Canada.

Les recettes se sont élevées à 4,85 milliards de dollars, selon Tourisme Montréal.

Une année catastrophique

Selon nos informations, au Québec, les dépenses des visiteurs pourraient chuter de 31 à 56 % et entraîner un manque à gagner de près de 4,8 à 8,8 milliards de dollars.

Ces données sont tirées des projections faites par l’organisme Destination Canada qui se base sur des recettes touristiques de la province qui se chiffraient à 15,7 milliards de dollars pour 2018.

Montréal s'apprête à encaisser un coup dur. D'ailleurs, trois des festivals qui devaient avoir lieu cet été ont été reportés ou annulés.

Pour l'été, nous ce qu'on entrevoit c'est des revenus qui sont dans les environs de 20 %, peut-être 25 %, dépendamment de si on peut avoir les festivals du mois d’août […] Des pertes de 80 % seraient le scénario qui serait le plus réaliste à ce moment-ci.

Yves Lalumière, président, Tourisme Montréal

Toutes les entreprises du secteur du tourisme sont touchées : commerces, restaurants, guides touristiques. Mais, selon Tourisme Montréal, le péril guette plus particulièrement les hôtels.

Ça a été le premier secteur en crise et je pense que ça sera peut-être le dernier qui pourra remonter, affirme Yves Lalumière.

Les mesures instaurées par les gouvernements ne les protégeront pas de façon permanente.

Gros plan de son visage

Ève Paré, de l'Association des hôtels du Grand Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans le cas de l'hôtellerie, les subventions à la masse salariale ne s'appliquent pas pratiquement. Puisqu'il n'y a plus de masse salariale, tout le monde a été mis à pied temporairement et les autres mesures sont soit des mesures de crédit ou de report de paiement, donc on se retrouve pratiquement à pelleter par en avant, affirme Ève Paré, de l'Association des hôtels du Grand Montréal.

Selon elle, si la crise actuelle est une épreuve, l’après-confinement le sera tout autant, sinon plus.

Des hôteliers devant l'inconnu

Des initiatives plus pérennes s’imposent.

Pour l’heure, une baisse des taxes foncières serait une des solutions à envisager.

La Colombie-Britannique a décrété une baisse de 25 % sur les immeubles non résidentiels. C’est peut-être une avenue qui serait à considérer pour le secteur hôtelier, indique Ève Paré.

À Saint-Alexis-des-Monts, Joyce Plante retient son souffle.

Pour le moment, avec la compréhension de nos banquiers et les aides que le gouvernement donne, ça va, mais combien de temps, demande la femme d'affaires.

Cette période-ci est difficile pendant qu’on est fermé. Mais après, ça sera aussi difficile parce que l'hôtellerie ce n’est pas une entreprise où on vend des biens, on vend des services et on vend des rêves et il faut que la clientèle soit au rendez-vous. Alors dans combien de temps cette clientèle recommencera à voyager? Ça, personne ne le sait.

Joyce Plante, PDG et propriétaire, Hôtel Sacacomie

Elle souhaite que les entreprises hôtelières survivent à la pandémie, elle espère surtout pouvoir rappeler ses employés.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !