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Relations entre le Canada et les États-Unis, un « jardinage constant », selon Freeland

Chrystia Freeland lors d'une conférence de presse.

La tension entre le Canada et les États-Unis a grimpé en raison de l'approvisionnement en masques N95.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La Presse canadienne

La relation du Canada avec les États-Unis a toujours nécessité un « jardinage constant », mais jamais autant qu'en pleine pandémie mondiale, a admis mercredi la vice-première ministre Chrystia Freeland, en saluant l'arrivée – partielle – d'une expédition de masques.

Mme Freeland a indiqué que la « première partie » de la commande canadienne des fameux masques N95 – 500 000 unités – était arrivée tard mardi soir. L'entreprise américaine 3M avait contesté les directives de la Maison-Blanche de cesser toute exportation de cet équipement médical tant convoité un peu partout dans le monde.

Malgré cette petite victoire et les mots soigneusement choisis de la ministre, la réalité pour l'avenir est on ne peut plus claire : le Canada, comme tant d'autres pays du monde, devra batailler ferme à chaque étape du processus d'acquisition de ces masques, barrière de protection vitale pour le personnel soignant qui côtoie quotidiennement la COVID-19.

Telle est la nature de nos relations commerciales avec les États-Unis en général : cela exige un travail constant, un jardinage constant, a expliqué mercredi Mme Freeland en conférence de presse à Ottawa. En cette période de véritable pandémie mondiale, de véritable crise, cela exige une attention particulière, et nous y consacrons assurément toute l'attention nécessaire.

Ni Mme Freeland ni un représentant du gouvernement n'ont pu dire combien de masques étaient encore attendus. Mais l'ébauche de directives publiée mercredi aux États-Unis par l'Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) et le département de la Sécurité intérieure suggère que les exportations américaines d'équipements de protection individuelle seront soumises à un contrôle accru.

Ces directives comprennent une exemption pour les fabricants qui ont conclu « des accords d'exportation continue » avec des clients à l'étranger depuis le début de l'année, à condition qu'au moins 80 % de la production nationale de ce fabricant [...] ait été distribuée aux États-Unis au cours des 12 mois précédents. Mais il semble aussi que ce sera la FEMA elle-même qui déterminera si un envoi particulier sera admissible.

Des masques respiratoires N95.

Des pays s'arrachent les masques N95 essentiels pour les travailleurs de la santé dans un contexte de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Pouvoir discrétionnaire

Les directives d'exception donnent à la FEMA le pouvoir discrétionnaire de réorienter les commandes étrangères qui ne sont pas couvertes par l'exemption, en fonction d'un certain nombre de facteurs. On cite par exemple l'ampleur des pénuries aux États-Unis, les perturbations potentielles des chaînes d'approvisionnement nationales et internationales, le risque de thésaurisation et de gonflement des prix, ainsi que des considérations humanitaires et diplomatiques – en plus des bonnes relations internationales.

Dan Ujczo, avocat en commerce international au cabinet Dickinson Wright à Columbus, en Ohio, a salué le succès du gouvernement canadien, qui a pu négocier l'achat de masques N95, l'un des articles les plus difficiles à trouver actuellement dans le monde. Mais il a prévenu que ça ne s'arrangerait pas avec le temps.

Il aurait fallu une approche coordonnée pour sécuriser ces produits, mais il est trop tard pour ça, a déclaré M. Ujczo. Cependant, il prédit que la chaîne d'approvisionnement fera face à de nouveaux défis, car les États et les provinces cherchent à restaurer les stocks épuisés, et les entreprises réorganisent leurs chaînes de production pour fabriquer maintenant du matériel médical, dont des respirateurs.

Nos chaînes d'approvisionnement transfrontalières sont trop intégrées pour créer une barrière – même temporaire, comme les directives de la FEMA. Les États-Unis doivent discuter avec le Canada dès que possible pour élaborer une stratégie commune.

La ministre Freeland, qui a piloté les négociations avec l'administration de Donald Trump pour un nouvel accord de libre-échange, a déclaré mercredi que c'était précisément le message que les émissaires du Canada transmettaient constamment à leurs homologues américains.

Nous répétons cet argument depuis plusieurs jours avec nos partenaires américains : en matière d'équipements et de services médicaux, le Canada et les États-Unis entretiennent vraiment des relations de réciprocité, a-t-elle soutenu. Jusqu'à présent, nous avons obtenu une réelle compréhension de la part de nos partenaires américains, tant au niveau administratif que commercial.

Guerre pétrolière

Par ailleurs, le ministre des Ressources naturelles du Canada s'entretiendra avec ses homologues américain et mexicain avec l'objectif de créer un front commun avant les pourparlers des plus grandes économies du monde, qui visent à mettre fin aux guerres mondiales des prix du pétrole.

Mais la vice-première ministre Chrystia Freeland refuse de dire si le Canada envisage d'imposer des droits d'importation sur le pétrole d'Arabie saoudite ou de Russie si aucun accord n'est conclu pour en limiter la production afin de répondre à la chute draconienne de la demande mondiale de pétrole.

Le président américain Donald Trump menace de lancer de tels tarifs de son côté, mais dans une conférence de presse quotidienne sur la situation de la COVID-19, Mme Freeland n'a pas voulu répondre à deux questions directes posées sur la position du Canada.

Les prix mondiaux du pétrole ont chuté ces dernières semaines, la COVID-19 ayant éviscéré la demande, puis l'Arabie saoudite et la Russie ont refusé de restreindre la production, augmentant ainsi des approvisionnements en pétrole dont le monde ne peut faire usage actuellement.

Mme Freeland a affirmé que la situation était terrible pour le Canada, alors que le coût de production d'un baril de pétrole est plus du double de celui de l'Arabie saoudite et légèrement plus élevé que celui de la Russie.

Le ministre des Ressources naturelles, Seamus O'Regan, s'entretiendra par téléphone avec ses homologues américain et mexicain jeudi, avant que les ministres de l'Énergie du G20 ne discutent également à distance, vendredi matin.

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