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Les producteurs laitiers forcés de jeter leur lait

Le choc économique provoqué par la pandémie de COVID-19 se fait ressentir jusque dans l’industrie laitière canadienne.

Des machines pour traire les vaches sont attachées à une rangée de vaches laitières.

La traite des vaches dans une ferme laitière (archives).

Photo : Reuters / Mike Blake

Le choc économique provoqué par la pandémie de COVID-19 se fait ressentir jusque dans l’industrie laitière canadienne. Les producteurs, qui ont soudainement vu un segment important de leur marché se volatiliser, se voient contraints à se débarrasser de leur lait.

Bruno St-Pierre, qui est propriétaire d’une petite ferme laitière à Grenville-sur-la-Rouge dans les Basses-Laurentides, a été confronté à cette nouvelle réalité dimanche soir dernier.

On a jeté une traite. [Nous devons réduire notre production]d e 200 à 300 litres par jour […] le plus vite possible […] pour éviter d’en jeter, raconte-t-il.

Dans la province voisine, Dairy Farmers of Ontario (DFO) a demandé à ses membres de jeter un total de cinq millions de litres de lait par semaine.

Si les producteurs en sont rendus là, c’est que l’industrie s’est retrouvée en position de surplus avec la fermeture forcée des restaurants et des établissements hôteliers.

D’après les Producteurs de lait du Québec (PLQ), pour l’ensemble des produits laitiers [québécois], [ce segment de marché] [représente] environ 35 % [des] ventes.

Des efforts ont donc été consentis afin d’écouler une partie de la production excédentaire.

Don aux banques alimentaires

Au Québec, deux millions de litres de lait seront transformés en 200 000 kg de fromage pour être ensuite distribués aux banques alimentaires de la province.

Dans la région, la Laiterie de l’Outaouais a été en mesure de faire un don de 15 000 litres à Moisson Outaouais cette semaine.

Nous sommes en communication avec les Producteurs de lait du Québec […] pour faire un deuxième don de 15 000 litres de lait dès la semaine prochaine, signale le président-directeur général de l’entreprise, Georges Émond.

Malgré ce type d’initiative, l’industrie doit quand même diminuer sa production pour éviter un engorgement du marché, permettant ainsi de stabiliser le prix du lait.

Les producteurs n’ont donc pas le choix de jeter du lait, une pratique à laquelle ces derniers ont déjà eu recours lors de la crise du verglas en 1998, indique Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

Sauf que cette fois-ci, c’est différent.

Le volume est énorme. On peut parler [d’une valeur] de 250M$ de lait au détail qui [pourrait être] jeté [d’ici la fin de la crise]. [Aussi], c’est la première fois que les Producteurs de lait du Canada [annoncent] publiquement que [du lait doit être jeté], indique-t-il.

Or, selon Sylvain Charlebois, cette pratique devrait être illégale, parce qu’à toute fin pratique, le lait [produit] au Canada, c’est un bien public.

L’économiste fonde entre autres son raisonnement sur le fait que chaque producteur va recevoir du fédéral environ 28 000 $ en moyenne annuellement, et ce au cours des huit prochaines années.

Cette compensation doit permettre à l’industrie d’absorber en partie le choc résultant de la signature d’ententes commerciales qui a entrouvert le marché canadien aux produits laitiers étrangers.

Pour gérer les surplus, Sylvain Charlebois propose la création d’une réserve stratégique avec des investissements dans des technologies d’entreposage ou de transformation à long terme.

Si une [épidémie] frappe les vaches laitières pour une raison ou une autre, [...] et qu’on perd une bonne partie du cheptel [...], on va avoir besoin de lait. [Des réserves], on voit ça ailleurs [...] comme dans [les filières] porcine ou bovine, fait valoir celui-ci.

Entre-temps, Bruno St-Pierre fait des pieds et des mains afin de réduire sa production pour ne pas être obligé de se débarrasser de son lait.

Toutefois, avec plusieurs vaches sur le point de démarrer leur période de lactation, cela constitue tout un défi pour le fermier.

La diminution de production va se faire graduellement. [...] D’ici la fin du mois, [...] ce sont [quand même] plusieurs milliers de litres qu’on va devoir jeter, conclut-il.

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Ottawa-Gatineau

Agriculture