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De la scène au salon : le défi de faire du ballet en confinement

L'homme s'étire en se tenant à son frigo.

Célestin Boutin, danseur des Grands Ballets Canadiens de Montréal, s'entraîne dans sa cuisine depuis le début du confinement.

Photo : Célestin Boutin

Cecile Gladel

Le confinement soudain a été un choc pour les troupes des Grands Ballets Canadiens de Montréal, habituées à un quotidien réglé au quart de tour. Avec l'arrivée de la crise, les danseuses et danseurs ont dû troquer les vastes studios du Quartier des spectacles contre leur cuisine et leur salon. Ces artistes s'entraînent désormais en solo avec les moyens du bord et une bonne dose de créativité.

J’ai failli casser ma télévision en essayant de faire une pirouette, raconte Célestin Boutin. Le danseur a dû procéder à quelques modifications dans son appartement et limiter ses enchaînements pour ne pas détruire son mobilier.

Ses collègues Maude Sabourin, Melih Mertel (le mari de Maude) et Giuseppe Canale ont aussi déplacé des meubles pour s’entraîner et été forcés de transformer leur routine habituelle.

En temps normal, faire partie des Grands Ballets veut dire qu’on a des cours et des répétitions du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h, avec les autres membres de la troupe. Les danseurs et danseuses enchaînent sans arrêt les différentes chorégraphies dans les studios de la compagnie. Pas de répit le soir; c’est l’entraînement au gym. Habituellement toujours en mouvement et en sueur, ces artistes ont trouvé le confinement brusque et se retrouvent à s'exercer en solitaire.

Au début, on n’y croit pas. C’est un choc émotionnel et physique quand on est habitués à bouger toute la journée. On est des bêtes de danse, maintenant confinées dans un petit appartement.

Célestin Boutin

Personne n’a de salle assez grande ou de barre à la maison pour exécuter les enchaînements et répéter les différents mouvements. On se débrouille et on improvise. Célestin Boutin et Maude Sabourin utilisent une chaise; le danseur d’origine italienne Giuseppe Canale se sert quant à lui de son îlot de cuisine.

« On n’est pas en vacances »

Malgré tout, l’entraînement fait partie de leur quotidien. Célestin Boutin fait donc des pompes, des flexions de jambes et des exercices pour les abdominaux.

Pas plus que deux heures par jour, car je n’ai aucun matériel de sport. J’ai un fauteuil et un tapis de yoga; on fait avec les moyens du bord. J’utilise surtout le poids de mon corps. Je voulais commander un vélo, mais c’est impossible, il n’y en a plus, explique-t-il.

L'homme saute dans un couloir.

Célestin Boutin tente des sauts dans son petit appartement pendant le confinement.

Photo : Célestin Boutin

Maude Sabourin et son mari ont aussi instauré une routine : On n’est pas en vacances. On a besoin d’être actifs et d’utiliser ce temps à bon escient.

Et par un heureux hasard, le couple s’était offert un appareil de Pilates comme cadeau de Noël en décembre dernier et avait aménagé une pièce de sa maison en salle d’entraînement.

L'homme tient une chaise et fait des mouvements de ballet.

Melih Mertel, danseur aux Grands Ballets et mari de Maude Sabourin, s'entraîne dans son salon.

Photo : Maude Sabourin

C’est aussi un avantage d’être confiné avec un autre danseur avec qui Maude Sabourin peut pratiquer ses mouvements. On sait exactement ce qu'on doit faire, on se comprend sans se parler. Notre besoin de bouger est pareil, on donne des cours, on va courir autour du bloc. On se débrouille pas mal et on se repose la fin de semaine, précise-t-elle.

D’ailleurs, le couple a partagé l’un de ses exercices à deux sur Instagram. À ne pas reproduire à la maison, sauf si on a de l’expérience.

Donner des cours virtuels

Depuis l’arrêt des activités, les Grands Ballets offrent une nouveauté sur Instagram : des cours en direct qui restent en ligne 24 heures pour une question de droits. En avril, on prévoit en donner trois fois par semaine. Pour l’instant, les cours comptent entre 100 et 250 spectateurs et spectatrices en direct et autour de 2000 visionnements en différé. Les Grands Ballets disent avoir reçu beaucoup de messages privés dans lesquels on les remercie d’offrir de tels moments intimes avec les danseurs et danseuses.

Je n’ai jamais donné de cours de ma vie. J’étais super stressé, mais je me suis bien préparé. J’avais peur de faire des gaffes. Il faut faire attention, je n’ai pas envie que les gens se blessent. Je fais du ballet tous les jours, c’est mon métier. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. En plus, c’est difficile avec le parquet glissant de mon appartement, raconte Célestin Boutin.

D’ailleurs, pour que les cours et les entraînements soient plus sécuritaires, les Grands Ballets vont livrer des tapis de danse aux danseurs et danseuses cette semaine.

Maude Sabourin offre elle aussi des cours sur son propre compte Instagram. C’est une nouvelle approche pour elle qui lui fait dire que tout le monde sortira changé de cette crise sanitaire.

Se montrer au naturel de cette manière, ce n’est pas quelque chose qu’on a déjà fait. Se montrer plus vulnérable, ça connecte les artistes avec leur public d’une autre manière. On fournit aux gens la preuve qu’on s’adapte aussi et que ce n’est pas grave si on n’est pas parfait.

Maude Sabourin

Giuseppe Canale s’est établi un nouvel horaire pour continuer à bouger. Il se lève tôt pour donner des cours de gym d’une heure à sa famille et ses proches en Italie par FaceTime. Il a aussi convaincu, voire presque forcé, sa mère à participer à ses cours. Quotidiennement, il offre également des classes de danse individuelles à des enfants italiens.

L'homme étire sa jambe en se tenant au mur.

Le danseur des Grands Ballets, Giuseppe Canale, fait des étirements dans sa cuisine pendant le confinement.

Photo : Guiseppe Canale

On est ensemble. Ils n’ont pas d’excuses, c’est gratuit. Ils n’avaient jamais fait d’exercices, au début c’était difficile. Maintenant ils s’amusent et ils aiment bien, soutient-il.

Ces cours, combinés à son entraînement, permettent à Giuseppe Canale d’être pratiquement plus en forme qu’avant le confinement.

Une pause de la danse

Tous les danseurs et la danseuse interviewés profitent aussi de cette période d’arrêt pour se reposer et réaliser d’autres projets.

Puisque l’un de ses spectacles, La Belle au bois dormant, prévu en juin 2020, a été reporté, Célestin Boutin en a fait sa propre version avec l’une de ses amies danseuses Yui Sugawara, qu’il a ensuite publiée sur Instagram.

Célestin Boutin est heureux de pouvoir prendre une pause. Et ça fait du bien de ne pas se regarder tout le temps dans le miroir, ajoute-t-il.

Un défi cependant, qui est le même pour toutes les personnes confinées proches de leur réfrigérateur : ne pas manger tout le temps. Si Giuseppe Canale en profite pour s'adonner à l’une de ses passions, la cuisine, il fait aussi attention à son alimentation. J’essaye de ne pas acheter trop de choses et de privilégier les légumes et les fruits, précise-t-il.

L'homme fait des étirements devant son ordinateur.

Le danseur Giuseppe Canale offre des cours en direct à sa famille et à ses proches en Italie pendant le confinement.

Photo : Giuseppe Canale

De son côté, Maude Sabourin est heureuse de voir toutes les initiatives mises de l’avant. On devient très créatif. Les artistes arrivent à fleurir avec le printemps. À la sortie de cette crise, on aura la responsabilité de redonner espoir aux gens, pense-t-elle.

Quand le confinement sera terminé, les danseuses et danseurs vont reprendre leur routine, mais avec des précautions. Ça va être dur, car ce n’est pas la même chose [que l’entraînement qu’on fait en ce moment]. On va recommencer doucement et sûrement, conclut Célestin Boutin.

Ailleurs dans le monde

Le défi de garder la forme n’est évidemment pas unique aux danseuses et danseurs d’ici. Sur Instagram, des artistes du monde entier partagent des images de leur entraînement de fortune. En voici quelques exemples.

Guillaume Côté, danseur étoile et chorégraphe associé du Ballet national du Canada, a publié une image de sa nouvelle acquisition, essayée par ses enfants.

Sa femme, danseuse étoile au Ballet national du Canada, a publié une vidéo avant de recevoir la fameuse barre. Les enfants participent à l’entraînement.

Le Ballet national du Canada offre également des cours de danse en direct sur son compte Instagram.

Skylar Brandt, danseuse de l’American Ballet Theatre, a offert un cours de 30 minutes de ballet de base en pyjama, avec une chaise comme barre.

Le Royal Ballet de Londres, en Angleterre, publie également sur son compte Instagram des vidéos de ses artistes qui s’entraînent à la maison, dont sa danseuse Fumi Kaneko.

Dorothée Gilbert, danseuse de l’Opéra de Paris, pratique ses mouvements devant sa fille comme spectatrice.

Il y a deux semaines, l’Opéra de Rome avait publié une vidéo de ses danseuses et danseurs dans leur entraînement quotidien à domicile pour encourager l’Italie à rester à la maison.

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