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Cette plante présentée à tort comme proche de la chloroquine ne guérit pas la COVID-19

Des feuilles vertes, fraîches et encore sur les branches, empilées les unes sur les autres sur le sol dans un marché.

Connues sous le nom de kongo bololo en République démocratique du Congo, ces feuilles n'ont pas de lien avec la chloroquine.

Photo : Jean-Jacques Mabonzo

À en croire les déclarations faites sur les réseaux sociaux, de nombreux Africains et des Canadiens d’origine africaine pensent que la vernonie commune guérit la COVID-19, alors qu’il n’existe aucune preuve scientifique à cet effet.

Des chercheurs à travers le monde continuent d’étudier les effets de la chloroquine contre la COVID-19. Or, des études soutiennent que la Vernonia amygdalina a des propriétés semblables à celles de la chloroquine dans le traitement du paludisme. D'autres études remettent en question toutefois ses véritables effets.

Au mois de mars, trois enfants d’une même famille sont morts à Kinshasa, en République démocratique du Congo, à la suite d’une purge à base d’une solution de vernonie commune préparée par leur mère en guise de prévention contre la COVID-19, selon Tryphon Wobin, le bourgmestre de la commune kinoise de Mont-Ngafula, dont les agents avaient effectué le constat sur le lieu du drame.

La plante est connue sous le nom de kongo bololo en République démocratique du Congo, de ndolé au Cameroun, d'awonoo au Ghana et de kougôpô ou anango en Côte d’Ivoire.

Le nom diffère en fonction des ethnies pour chaque pays. Son appellation dans les langues vernaculaires [tire son origine] de son goût amer

Kouadio Victorien Konan, biochimiste

La vernonie commune est associée à la chloroquine parce que les deux sont utilisées pour combattre le paludisme. Mais d’après plusieurs experts, elle ne soigne pas la COVID-19, même si des recherches ont prouvé ses vertus thérapeutiques contre le paludisme.

Plante médicinale et légume

Un homme en veston et qui porte la cravate pose dans son bureau devant un ordinateur.

Kouadio Victorien Konan est détenteur d’un doctorat de l’Université du Québec à Montréal. Sa thèse porte sur la formulation pharmaceutique combinée de traitement contre le paludisme à base d'extraits de plantes.

Photo : Kouadio Victorien Konan

Que ce soit en Afrique centrale ou en Afrique de l’Ouest, la feuille du ndolé est largement utilisée contre le paludisme, affirme le biochimiste Kouadio Victorien Konan. Il ajoute que la plante est caractérisée par son goût très amer.

Nous buvons la solution à base des feuilles du kongo bololo de manière périodique pour faire le nettoyage du corps, affirme Kamambuku Vianga. Mais quand il y a une maladie assez sérieuse, on se sert des médicaments modernes.

Un homme avec des lunettes pose pour la caméra.

Kamambuku Vianga, résident de Toronto d'origine congolaise

Photo : Kamambuku Vianga

Sa femme et lui sont originaires de la République démocratique du Congo. Le kongo bololo que nous utilisons vient du pays. Nous en avons ici à la maison, déclare-t-il.

La Torontoise Christine Edith Dikongué est née au Cameroun et utilise le ndolé à la fois comme plante médicinale et comme légume dans la cuisine régulière. Quand j'étais petite, ma mère me donnait le ndolé pour prévenir le paludisme, se souvient-elle. Elle profite de ses voyages au Cameroun pour prendre sa dose de ndolé, car le ndolé qu’on trouve ici au Canada est séché et quand le ndolé est séché, il perd sa puissance, affirme-t-elle.

C’est aussi dans son pays natal qu’elle a appris à apprêter les feuilles de ndolé. J’aime manger le ndolé préparé dans la sauce d’arachide bien assaisonnée des oignons surtout lorsqu'on y ajoute de la viande, explique Mme Dikongué.

Pour manger le ndolé aisément, il faut le laver plusieurs fois. Les feuilles du ndolé sont tellement amères que lors de la cuisson, il faut ajouter plusieurs ingrédients et les laver même plus de six fois pour atténuer le goût amer, explique M. Konan.

Assimilé à tort à la chloroquine

La Torontoise Pamela De Lendeu, biologiste de formation, précise que le ndolé est une plante naturelle alors que la chloroquine est un produit de synthèse obtenu à partir de la quinine, un médicament longtemps utilisé contre le paludisme.

Une dame avec des lunettes sans sourire regarde l'objectif de la caméra.

Pamela De Lendeu est détentrice d’un doctorat en biologie cellulaire de l’Université de Rouen, en France, avec une spécialité en pharmacologie et neurobiologie.

Photo : Pamela De Lendeu

Scientifiquement parlant, il n'y a pas de rapport direct entre le ndolé et la chloroquine

Pamela De Lendeu, biologiste

Abondant dans le même sens, M. Konan ajoute que même si le ndolé contient diverses composantes qui sont pour la plupart des constituants de plusieurs médicaments contre le paludisme, il diffère de la chloroquine. Le scientifique pense que les croyances sur le ndolé qui soignerait la COVID-19 s’expliquent par le fait que cette plante est composée des molécules de la même famille que l'artémisinine, l'antipaludéen qui a remplacé la chloroquine.

Actuellement, les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine constituent l’essentiel des traitements antipaludiques que recommande l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les gens essayent d'établir une relation entre les deux par le fait que l'artémisinine, qui est apparentée au ndolé, est plus efficace que la chloroquine, ajoute M. Konan. Il conseille d’éviter l'automédication et de faire attention, car l'efficacité des feuilles de ndolé contre le coronavirus n'est pas prouvée par la recherche scientifique.

L'automédication est à proscrire et il faut suivre les différentes recommandations des autorités. Il faut tout faire pour éviter le contact avec le coronavirus et c’est la base. Je ne conseillerai jamais à qui que ce soit d’utiliser le ndolé comme un médicament curatif contre la COVID-19

Kouadio Victorien Konan, biochimiste

L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) précise par ailleurs que les données disponibles n'appuient pas un usage généralisé de la chloroquine ou de l'hydroxychloroquine chez les patients infectés et que l'utilisation du traitement auprès d'eux doit se faire dans le cadre de protocoles de recherche.

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