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Pour isoler les sans-abri, Toronto achète des hôtels et Montréal en réquisitionne

Les besoins sont grands. La crise de la COVID-19 jette déjà de nouvelles personnes à la rue, selon les intervenants sur le terrain.

Le plancher est fait de briques orange.

Des sans-abri couchés dans la station de métro Lucien-L'Allier, le 31 mars 2020.

Photo : Philippe-Olivier Contant/Instagram

L'initiative est sans précédent. La Ville de Toronto négocie l'achat de plusieurs hôtels en difficultés pour les transformer en logements pour itinérants. Radio-Canada a aussi appris que Montréal a déjà réquisitionné quatre hôtels et en cherche d'autres.

Toronto veut prendre possession de 3000 chambres d'hôtel et Montréal de plusieurs centaines. La mobilisation rapide et forte des pouvoirs publics contre le coronavirus est en train de créer une occasion unique d'offrir un logement à long terme aux sans-abri.

« À travers une crise, il faut trouver des opportunités », explique Mary-Anne Bedard, la directrice du soutien aux refuges et au logement à la Ville de Toronto, qui loue déjà 1200 chambres. « Nous sommes en discussion avec des propriétaires d’hôtels pour voir s’il y a une possibilité d’acheter leurs immeubles. »

Ces hôtels bon marché étaient pour la plupart déjà en difficultés et sont vides à cause de la crise.

À court terme, l'objectif est de créer de l'espace dans les refuges pour garantir la distanciation physique entre les itinérants et les protéger de la contamination. Mais Toronto pense déjà à l'après-crise.

« Une fois que le virus sera parti, dit Mary-Anne Bedard, nous aurons des biens que nous pourrons transformer en logements sociaux pour les sans-abri. »

Montréal réquisitionne des hôtels temporairement, mais n'exclut pas d'en acheter

Un homme marche dans une rue déserte du Vieux-Montréal.

Il n'y a presque personne dans le Vieux-Montréal, pourtant l'un des lieux touristiques les plus prisés en ville.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

« On regarde ce que fait Toronto et, effectivement, s’il y a une possibilité, on va l’étudier », indique Serge Lareault, le Commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal.

Pour le moment, la métropole québécoise fait le choix de réquisitionner des hôtels en utilisant un nouveau pouvoir permis par la Loi sur la sécurité civile.

« On ne force pas la saisie, on négocie », explique M. Lareault. Quatre petits hôtels ont déjà été réquisitionnés au centre-ville et en périphérie. Mais il y en aura d'autres afin d'obtenir « plusieurs centaines de chambres ».

Deux des hôtels déjà récupérés doivent servir à isoler les itinérants en attente d'un résultat de test de la COVID-19. Un autre héberge des hommes et le quatrième, des femmes.

On est en train de créer plus de lits qu’on en a perdus.

Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal

Trois cents lits ont été fermés dans des refuges de Montréal pour créer de l'espace entre les itinérants, mais Montréal en a recréé 350 ailleurs, sans même compter les hôtels.

« Bientôt, plus personne n'aura besoin de dormir dans la rue. Ça sera du jamais vu », se réjouit une source à l’hôtel de ville de Montréal. Mais la crise économique et sociale pourrait assez vite compliquer les choses.

Déjà de nouvelles personnes à la rue?

Une personne est assise par terre, au centre-ville de Montréal, sous une pile de couvertures et tient un gobelet de café pour quêter de l'argent.

Il y avait plus de 3100 itinérants visibles à Montréal en avril 2018, selon le deuxième Rapport du dénombrement des personnes en situation d'itinérance.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Serge Lareault voit des choses qui l'inquiètent depuis quelques jours. « Quand on se promène dans le métro, quand on fait nos rondes dans la rue, on voit des visages qu’on ne voyait pas avant. »

Il a l’impression que des gens ont été jetés à la rue à cause de la crise actuelle. « Il y avait déjà énormément de personnes vulnérables qui joignaient les deux bouts de peine et de misère, chaque mois. Certains ont peut-être perdu leur logement. »

On voit dans la rue de plus en plus de gens, des nouveaux visages.

Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal

« J’ai des nouveaux à tous les jours », confirme la directrice du centre de jour La Porte-Ouverte, Mélodie Racine. « Il y a plein de gens qui ont perdu leur emploi. Les besoins sont de plus en plus criants et de plus en plus de ressources ont dû fermer leurs portes. »

Des gens affamés, puis des solutions rapides

Événement très rare, l'organisme La Porte-Ouverte a accueilli des personnes affamées qui n'avaient pas mangé depuis deux jours, fin mars, alors que plusieurs commerces et services avaient fermé leurs portes. Pour ne rien arranger, les rues désertent rendent peu payante la mendicité.

Dans la dernière semaine, la banque alimentaire Moisson Montréal a augmenté ses fournitures de denrées de 30 %.

Les organismes indiquent que la situation de l'approvisionnement alimentaire est aujourd'hui maîtrisée avec l'ouverture de plusieurs centres de jours dans des parcs.

« La Ville et le réseau de la santé ont fait un travail formidable, parce que ça a été implanté très rapidement », explique le PDG de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce. On ne leur envoie pas toujours de fleurs, mais cette fois-ci, ils le méritent. »

Tous les intervenants à qui nous avons parlé conviennent que les pouvoirs publics n'en ont jamais fait autant pour les sans-abri. Le 29 mars, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a débloqué 157 millions de dollars pour aider les personnes en situation d'itinérance.

« On voit à quel point le gouvernement est capable de changer les choses quand il le veut, observe Éric Latimer, professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Cette crise, c’est une opportunité pour se donner les moyens que chaque personne ait son propre logement. »

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