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Le flou persistant d’Ottawa à propos de la réserve stratégique d’urgence

Du matériel médical dans des boîtes.

Des boîtes qui contiennent du matériel médical, dans un entrepôt aux États-Unis.

Photo : The Associated Press / Sue Ogrocki

Sorte de police d'assurance du gouvernement fédéral, la Réserve nationale stratégique d’urgence (RNSU) devait permettre d’avoir recours à davantage d’équipements médicaux lors d’une crise sanitaire. Mais plusieurs indices laissent croire que ses failles actuelles étaient prévisibles depuis presque une décennie.

C’était en avril 2011. Une vérification interne à l’Agence de santé publique du Canada se penchait spécifiquement sur la RNSU. Il s'agit du dernier portrait disponible.

L’examen révélait d’importantes lacunes à propos de son inventaire et de sa gestion. Un exemple : Une part importante des fournitures et du matériel [...] est désuète ou ne correspond plus aux normes ou pratiques médicales actuelles.

Il s’est donc écoulé près de 10 ans entre cette évaluation et la pandémie. Que s’est-il passé entre les deux? Le gouvernement Trudeau est flou à cet égard depuis le début de cette crise sanitaire.

Confrontée à une pénurie d’équipement de protection médicale, la ministre fédérale de la Santé y est allée d’une admission la semaine dernière. Nous n’en avions probablement pas assez, a indiqué Patty Hajdu.

Mme Hajdu répond aux questions de journalistes lors d'une conférence de presse.

La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, lors d'un point de presse sur la pandémie

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Pourquoi ce rapport interne de 2011 est-il encore pertinent? Il suggérait fortement la mise en place d’un cadre stratégique pour éviter de répéter les erreurs du passé et mieux affronter les défis comme celui d’une pandémie.

Existe-t-il un cadre stratégique pour la Réserve nationale d'urgence? Si oui, depuis quand est-il en vigueur? Santé Canada ne répond pas à ces questions.

Cela fait sursauter Pierre-Gerlier Forest, un ancien sous-ministre adjoint de Santé Canada. Le secret qui entoure la réserve stratégique ne permet pas un débat qui conduit à une préparation adéquate. On ne parle pas de secret militaire, on parle de santé publique, dit-il.

Priorité?

Le concept de réserve fédérale est né lors la guerre froide. Le programme était d’abord conçu pour répondre aux besoins advenant une attaque nucléaire.

Au fil du temps, son rôle a évolué pour répondre aux risques en constante évolution pour la santé publique. Des entrepôts situés un peu partout au pays doivent contenir des médicaments, de l’équipement et des fournitures médicales comme des respirateurs, des appareils de radiographie, des masques et des gants.

Sans une bonne capacité de surveillance, ces stocks ne peuvent pas être préparés pour faire face à une menace, insiste l’expert en sécurité Wesley Wark, qui est loin d’être rassurant.

Malheureusement, tout indique que ce genre de réflexion et de planification stratégique qui aurait dû avoir lieu n'a pas été fait ou a mal été fait.

Wesley Wark, professeur invité à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa
Une pellicule plastique recouvre une machine d'anesthésie.

Une machine d'anesthésie entreposée dans un hôpital

Photo : Reuters / Rosem Morton

Un autre indice peut donner une meilleure idée du niveau de préparation des dernières années.

La Réserve nationale stratégique d’urgence relève directement de l'Agence de la santé publique du Canada. Cette entité a été créée en 2004 à la suite des ratés dans la gestion de la crise du SRAS.

Au sein de l’Agence, cette réserve d’équipements fait partie du volet appelé sécurité sanitaire. Or, les budgets de ce programme ont connu une baisse de 40 % depuis 2016.

Il va de soi que les projections budgétaires des prochaines années ne tiennent plus. Mais ce qui s’est produit et était planifié peut donner une indication du niveau de priorité accordé à la préparation.

De plus, Pierre-Gerlier Forest croit que les réorganisations fréquentes à l’Agence de la santé publique ont compliqué les choses.

Ça prend du temps et de l'énergie. Quand on réorganise, personne ne s’occupe des questions de fond. L’Agence en a souffert. C’est déjà difficile d’attirer l’attention des gens en dehors des crises, soutient M. Forest.

Respirateurs qui fonctionnent ou pas?

Combien de masques et de gants sont disponibles dans les entrepôts de la réserve?

À Ottawa, la réponse à ce genre de question se limite toujours à une ligne. Pour des raisons de sécurité, l’Agence de la santé publique du Canada ne divulgue pas les détails relatifs aux stocks de la RNSU.

On est tenu dans l'ignorance et pour quelle raison? On ne parle pas d’emplacement de missiles. On ne parle pas de secret militaire, on parle de santé publique! La manie du secret, c’est un problème.

Pierre-Gerlier Forest, École de politiques publiques de l’Université de Calgary
Un respirateur artificiel inoccupé dans une chambre d'hôpital

Un respirateur artificiel

Photo : Reuters / Ralph Orlowski

Les Américains qui disposent d’un système national de réserve instauré sous l’administration Clinton découvraient, la semaine dernière, que des milliers de respirateurs artificiels conservés dans des entrepôts fédéraux ne fonctionnaient pas. Ils étaient inutilisables faute d’entretien.

Au Canada, combien de respirateurs artificiels étaient disponibles dans la Réserve avant le début de la pandémie? Quelle proportion de ces respirateurs était fonctionnelle? Pour des raisons de sécurité…

Des respirateurs défectueux, c'est une possibilité. À quel point sont-ils fiables, depuis combien de temps les avons-nous? Nous ne le savons tout simplement pas.

Wesley Wark, École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa

La réserve fédérale n’a jamais été pensée pour répondre à tous les besoins du pays. Si l’Agence de la santé publique gère et coordonne le programme, à ses yeux, la responsabilité d'assurer que les inventaires soient adéquats incombe aux provinces.

Mais la crise sanitaire actuelle et la course mondiale à la recherche d’équipements démontrent que cette réserve pourrait servir d’une meilleure police d’assurance, à condition bien sûr de savoir ce qu’elle contient.

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