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L’information de proximité plus importante que jamais, selon des journaux communautaires

Une pile de journaux

Certains journaux ont suspendu leur publication papier et mis à pied du personnel en raison notamment des chutes de revenus publicitaires.

Photo : iStock

Confrontés à de fortes baisses de revenus publicitaires en raison de la COVID-19, des journaux tentent de trouver de nouvelles méthodes de publication. Ces dernières démontrent, selon des intervenants, la nécessité d’une couverture médiatique de proximité en temps de crise.

À Hearst, le journal Le Nord a suspendu sa publication papier jusqu’à nouvel ordre à la suite d’une baisse de ses revenus publicitaires de l’ordre de plus de 5000 $ par semaine.

La publicité nationale, entre autres, a été entièrement coupée, explique le directeur général des Médias de l’Épinette noire, Steve McInnis.

Steve McInnis dans les bureaux de la radio communautaire CINN FM, à Hearst

Steve McInnis est directeur général des Médias de l’Épinette noire.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Allard

Le journal est tout de même publié intégralement en ligne, mais l’impact de la décision de l’entreprise n’a pas tardé à se manifester, selon M. McInnis.

On a reçu des appels de personnes âgées qui n’ont pas Internet, j’ai découvert qu’il y a beaucoup de personnes qui n’ont pas Internet, raconte-t-il.

Donc avec l’imprimerie locale, on a décidé d’imprimer quelques copies [...] imprimées en noir et blanc malheureusement, mais ça leur donne au moins accès au journal, donc tout le monde va pouvoir avoir accès au journal, qu’on ait Internet ou pas.

Steve McInnis y voit une preuve de l’importance de l’information de proximité en temps de crise, notamment pour informer les personnes vulnérables des services qui sont mis à leur disposition.

Les personnes âgées veulent savoir non seulement ce qui est ouvert, mais aussi les services auxquels ils ne pourraient pas avoir pensé. Je pense entre autres à Vieillir chez soi, qui a adapté ses services pour la COVID-19, qui va faire les épiceries pour les personnes âgées, donc si elles ne le savent pas, elles ne peuvent pas profiter de ces services-là.

Steve McInnis, directeur général des Médias de l’Épinette noire
Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

Même son de cloche pour Roxanne Lormand, productrice du journal Agricom, le seul journal à traiter exclusivement du domaine agricole en français en Ontario.

Elle estime que les médias communautaires jouent un rôle prépondérant dans la lutte contre la désinformation liée à la COVID-19.

Les gens cherchent plus que jamais à avoir de la bonne information de qualité. Il faut faire attention aux fake news, les fausses rumeurs. C’est pour cela qu’on a quand même voulu continuer à diffuser notre journal, note Mme Lormand.

L’Association de la presse francophone (APF) a d’ailleurs lancé un appel au public à faire des dons à sa fondation pour soutenir les journaux pendant cette période difficile.

Il y a de grands médias qui font un excellent travail sur le dossier [de la COVID-19] de façon plus macro, plus globale, mais on a vu une recrudescence sur les réseaux sociaux et les sites [web] de nos journaux qui est incroyable, souligne la directrice générale de l'APF, Linda Lauzon.

On voit des augmentations de 10 %, 15 %, 20 % très rapidement. Les gens cherchent de l’information, alors les journaux se sont adaptés à publier beaucoup plus sur leurs sites web pour continuer à servir leurs communautés malgré les difficultés qui sont là, ajoute-t-elle.

Une femme avec des lunettes rouges

Linda Lauzon est directrice générale de l’Association de la presse francophone.

Photo : Radio-Canada

C’est clair que les informations qui touchent directement la communauté locale, l’impact local, ne sont couvertes pas personne d’autre que les médias locaux. Alors, c’est très très très important de les garder en vie pendant cette crise.

Linda Lauzon, directrice générale de l’Association de la presse francophone

Plusieurs journaux espèrent aussi être admissibles aux programmes d’aide gouvernementaux prévus pour les organismes à but non lucratif.

Un mal pour un bien

La mise en place accélérée de méthodes innovantes de publication comporte toutefois des avantages imprévus pour certains journaux.

En 37 ans d’existence, le journal Agricom n’avait jamais été distribué entièrement par voie électronique.

La rédaction y a été contrainte parce que les imprimeries avec qui elle faisait affaire ont dû fermer leurs portes en raison de la COVID-19.

On partageait toujours quelques articles et bribes d’information du sujet sur notre site web et nos réseaux sociaux. Durant l’année 2020, on espérait se rendre à une version électronique. C’était dans le plan, mais les plans ont été devancés, affirme la productrice Roxanne Lormand.

Elle ajoute que la période actuelle lui permettra de prendre le pouls de son lectorat pour élaborer de nouvelles méthodes potentielles de distribution à mettre en place après la crise sanitaire.

Il y a différentes plateformes qui existent pour [la distribution électronique du journal exclusivement aux abonnés]. On va analyser celle qui nous conviendra le mieux, on verra s’il faut faire une version payante et une version gratuite avec seulement quelques informations, indique-t-elle.

Ce sont des opportunités à analyser et au moins on aura eu une certaine réponse de la clientèle web pour savoir s’il y a un intérêt pour le journal Agricom en ligne.

La directrice générale de l’APF tient à préciser qu’un virage entier des journaux vers les plateformes numériques pénaliserait entre autres les lecteurs âgés non habitués ainsi que ceux qui n’ont toujours pas accès à une connexion à Internet de bonne qualité.

Mais elle admet tout de même que la crise offre une bonne période d’exploration pour les journaux.

Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Une crise nous permet souvent de faire des choses qu’on craignait avant ou qu’on n’avait pas eu la chance de faire pour de multiples raisons et de sauter dans ces nouveaux modèles de prestation de services, de livraison de l’information qu’on n’avait pas touchés avant.

Linda Lauzon, directrice générale de l’Association de la presse francophone

Pour sa part, l’équipe des Médias de l’Épinette noire en profitera pour évaluer la possibilité d’annuler les frais d’abonnement au journal Le Nord et de ne le garder qu’en ligne.

Il y a des commerçants qui achètent de la publicité qui sont contents qu’on le donne [gratuitement], qui ont l’impression d’en avoir plus pour leur argent, affirme le directeur général Steve McInnis.

C’est peut-être un mal pour un bien pour nous en tout cas au journal Le Nord. On va voir si le monde apprécie le journal davantage virtuel, on va continuer dans cette voie-là, mais on n’oubliera pas nos personnes âgées qui sont habituées au papier, donc il va falloir faire un mélange des deux, conclut M. McInnis.

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