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Les jeunes bénévoles à la rescousse des aînés confinés

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Une femme tient des sacs d'épicerie dans ses mains à côté de sa voiture

Le reportage présenté au Téléjournal Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

La consigne d'isolement des personnes de 70 ans et plus a frappé fort dans les milieux communautaires. Plusieurs ont perdu la majorité de leurs bénévoles, à l'heure où le Québec en avait pourtant le plus besoin. Mais la vie fait parfois bien les choses : des plus jeunes ont levé la main pour combler le vide et aider ceux qui, parfois, n'ont personne d'autre sur qui compter.

Le 6 avril, lorsque Radio-Canada la rejoint sur l'heure du midi, Anne Beaulieu s'apprête à remplir sa première mission pour le Centre d'action bénévole du Contrefort, à Québec.

La femme de 48 ans doit récupérer une commande dans une épicerie, puis aller la porter chez un couple d'aînés qui ne peuvent pas quitter leur domicile. Dans les circonstances, elle n'hésite pas à dire qu'elle est privilégiée.

Je suis à la maison, j'ai la chance d'avoir toujours mon travail donc financièrement, je n'ai pas de soucis, indique celle qui travaille normalement comme éducatrice spécialisée en milieu scolaire.

J'ai une voiture, j'ai deux grandes ados à la maison et je suis en santé, donc j'ai offert mon soutien pour remplacer les gens qui ne peuvent plus faire de bénévolat.

Anne Beaulieu, bénévole pour le Centre d'action bénévole du Contrefort

À l'aube de la cinquantaine, se faire dire qu'elle est une jeune bénévole la fait sourire. On se dit toujours qu'à la retraite on fera du bénévolat, mais là, j'ai le temps! Peut-être que je continuerai une fois que tout ça aura repris, dit-elle.

Anne Beaulieu récupère la commande d'épicerie d'un couple de personnes âgées

Anne Beaulieu récupère la commande d'épicerie d'un couple de personnes âgées.

Photo : Radio-Canada

La force d'une communauté

Avant la crise de la COVID-19, le Centre d'action bénévole du Contrefort avait environ 30 bénévoles qui réalisaient du transport pour des rendez-vous médicaux, des livraisons d'épicerie ou de l'accompagnement à la pharmacie.

Avec l'annonce du confinement pour les personnes de 70 ans et plus, il ne restait plus que deux bénévoles pour offrir ces services. Automatiquement, ce sont des personnes à qui on a demandé de rester à la maison donc ça a fait un trou, raconte la directrice générale, Julie Mayrand.

Julie Mayrand, directrice générale du Centre d'action bénévole du Contrefort

Julie Mayrand, directrice générale du Centre d'action bénévole du Contrefort

Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

L'appel à la solidarité du premier ministre François Legault n'a toutefois par tardé à se faire entendre. En deux semaines, le Centre a recruté près de 100 nouveaux bénévoles comme Mme Beaulieu, tous prêts à frapper en relève.

C'est là qu'on voit la force d'une communauté, en temps de crise.

Julie Mayrand, directrice générale du Centre d'action bénévole du Contrefort

Uniquement au Québec, environ 400 000 personnes de plus de 65 ans vivaient seules en 2016, selon Statistiques Canada. Chez les personnes contraintes de s'isoler, le stress lié au coronavirus peut rapidement devenir immense.

Il y a des inquiétudes énormes, commente la présidente de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Judith Gagnon.

Qu'est-ce qui nous arrive? Ça va finir quand? Nous, on a eu des téléphones de gens qui pleuraient, qui disaient, "madame, ça ne nous tente plus, c'est trop long, qu'est-ce qu'on va devenir?", poursuit Mme Gagnon.

Judith Gagnon, présidente de l'AQDR

Judith Gagnon, présidente de l'AQDR

Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

Ces dernières semaines, l'AQDR a téléphoné à plusieurs aînés afin de comprendre leur réalité. Certains ont raconté avoir été victimes de tentatives de fraudes. D'autres n'avaient personne à qui parler. Certains ont perdu leurs services d'entretien ménager.

Dans ce contexte, les bénévoles ne sont peut-être pas une figure à qui les aînés oseront se confier, selon Mme Gagnon, mais ils sont essentiels pour accompagner les personnes isolées dans ce quotidien chamboulé.

Tu as des biens de consommation à acheter, il faut que tu ailles voir le médecin, il faut que tu ailles à la pharmacie. [Les bénévoles], ce sont des aides.

Judith Gagnon, présidente de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées

Les personnes à mobilité réduite

Daniel Deschênes, 58 ans, est lui aussi récemment devenu un jeune bénévole au Centre d'action bénévole du Contrefort. Fraîchement retraité de la fonction publique, l'homme a été interpellé par l'appel à la solidarité du premier ministre François Legault.

Dans ma famille, j'ai des gens qui sont dans les services essentiels, alors je voulais faire moi-même ma part, commente-t-il.

Lorsque Radio-Canada l'a rencontré, il s'en allait porter de l'aide alimentaire non pas à une personne aînée, mais plutôt à une femme de 56 ans, incapable de sortir de chez elle en raison d'un problème de mobilité.

Après avoir déposé quelques sacs sur le balcon de la dame, le simple merci qu'il a reçu à travers la fenêtre lui donnait le sentiment du devoir accompli.

On rend service aux gens. On voit que cette personne-là ne peut rien aller chercher, donc on aide quelqu'un!

Daniel Deschênes, bénévole pour le Centre d'action bénévole du Contrefort
Daniel Deschênes, 58 ans, est aussi un nouveau bénévole au Centre d'action bénévole du Contrefort

Daniel Deschênes, 58 ans, est aussi un nouveau bénévole au Centre d'action bénévole du Contrefort

Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

Anges gardiens

Si le personnel de la santé est souvent comparé à des anges gardiens depuis le début de la crise, la directrice du Centre d'action bénévole du Contrefort n'hésite pas à dire que les bénévoles en sont également.

Si ces bénévoles n'étaient pas là, il y a plusieurs aînés, mais aussi des personnes qui n'ont pas nécessairement un réseau social, qui ne pourraient pas se rendre à leurs rendez-vous médicaux, obtenir de l'aide alimentaire, des paniers d'épicerie, de pharmacie, rappelle Julie Mayrand.

Afin de ne laisser personne pour compte pendant la crise, le Centre offre désormais ses services dans toute la Ville de Québec ainsi que dans les municipalités de la couronne nord.

Les nouveaux bénévoles sont si nombreux que Mme Mayrand encourage les personnes dans le besoin à recourir aux services, sans hésiter. Les organismes communautaires qui ont besoin d'aide sont aussi invités à se manifester.

Par ailleurs, le Centre offre des appels d'amitié aux personnes qui ont peu de contacts sociaux et qui en ressentent le besoin en ces temps difficiles, peu importe leur âge ou leur condition physique. Près de 80 bénévoles sont disposés à remplir cette tâche.

Il y a beaucoup de personnes, parce qu'elles sont confinées, qui n'ont pas de gens à qui parler, qui n'ont pas nécessairement les technologies non plus pour faire de la visioconférence, rappelle Mme Mayrand.

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