•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Voici pourquoi vous devrez encourager vos restaurants préférés

Le reportage présenté au Téléjournal Québec

Photo : iStock

Félix Morrissette-Beaulieu

Si les mesures de confinement demeurent en place, 20 % des restaurateurs songent à fermer leurs portes définitivement d'ici le mois de mai et 30 % à partir du 1er juin, selon un sondage mené par les sociétés de développement commercial (SDC) de Québec. Pour sauver les restaurants qui ouvriront leurs portes cet été, les clients devront être au rendez-vous, et ce, rapidement.

Assis sur un tabouret habituellement occupé par ses clients, le propriétaire de la microbrasserie Griendel, Martin Parrot, songe déjà à son avenir.

Comme ses confrères, le brasseur, qui a pignon sur rue dans le quartier Saint-Sauveur, vit des moments inhabituels en raison de la crise de la COVID-19.

On n’a pas d'entrée de fonds, on n’a pas de revenu. On vend de la bière en fût principalement dans la région de Québec et ailleurs. On n’en vend plus non plus parce que tous les bars, les restaurants et les salles de spectacles sont fermés.

La microbrasserie Griendel a fermé ses portes temporairement le 17 mars.

La microbrasserie Griendel a fermé ses portes temporairement le 17 mars.

Photo : Crédit : Griendel

Le restaurateur s'attend déjà à ce qu'une réouverture progressive en mai soit difficile, compte tenu de la pandémie.

Reste que plus la réouverture est retardée, plus les conséquences seront graves, selon M. Parrot, également président de la SDC du quartier Saint-Sauveur.

Il y a différents restaurants qui essaient de faire du take out pour faire un minimum de revenus pour couvrir des frais qui dépassent malheureusement largement leurs revenus, explique-t-il.

Beaucoup ont essayé, plusieurs ont arrêté. Au début, il y avait de l'enthousiasme, mais plus le temps avance et plus les mêmes clients ne peuvent revenir chaque jour.

Martin Parrot a plutôt choisi de fermer temporairement sa microbrasserie et de prendre des délais de paiement avec ses fournisseurs et ses créanciers dans le but de figer le moment.

Faible marge de manoeuvre

Dans le quartier Saint-Roch, la situation est la même. Entre six et huit restaurants pourraient fermer leurs portes d'ici le 1er mai seulement rue Saint-Joseph, estime Alexandra Leconte, directrice générale de la SDC de Saint-Roch.

En restauration, la marge de profit est toujours très mince. C'est les liquidités qui manquent beaucoup en ce moment. Beaucoup ont zéro revenu en ce moment.

Fonctionner longtemps à perte est donc difficile pour nombre de restaurateurs.

La rue Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Roch, en hiver.

La rue Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Roch

Photo : Radio-Canada

Au Québec, 85 % des restaurateurs indépendants sont dans une situation financière précaire, selon François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales, à l'Association des restaurateurs du Québec.

Il faut être réaliste, la situation ne reviendra pas à la normale rapidement, estime celui qui cumule plus de 30 ans d'expérience en restauration.

Jusqu'à 40 % des restaurants pourraient ne pas survivre dans la province si la crise se poursuit au-delà des prochaines semaines, selon lui.

Les restaurants qui ont moins d'un an d'existence sont donc particulièrement à risque. Nous autres, lorsqu'on avait moins d'un an, on n’avait pas les reins solides pour durer deux semaines, se remémore Martin Parrot.

Je me mets dans la peau de ceux qui ont ouvert dans la dernière année, plusieurs ne doivent pas dormir en ce moment.

Martin Parrot, propriétaire de la microbrasserie Griendel

L'été

La période de confinement arrive aussi à l'aube de la période charnière pour les restaurateurs : l'été.

Malheureusement, si cette crise-là était survenue en octobre, où l'on sortait d'un été magnifique, les restaurateurs auraient eu accès à plus de liquidité, ce qui aurait permis de tougher plus longtemps, croit François Blais, chef propriétaire du Bistro B, dans le quartier Montcalm.

L'intérieur du restaurant le Bistro B.

L'intérieur du restaurant le Bistro B

Photo : Facebook

Dans la Basse-Ville de Québec, mars, avril et mai, c'est nos plus gros mois, ajoute Martin Parrot.

Une période avec moins de liquidité, mais qui pourrait être salvatrice lors d'un retour progressif à la normale. Je pense que les gens vont avoir le goût de sortir, de se retrouver, estime François Blais, optimiste.

Cependant, il faut envisager que plusieurs seront plus serrés financièrement. Vont-ils aller dépenser? Je ne penserais pas, prévoit-il.

Les restaurateurs perdent de l'argent en hiver, en gagnent en été, selon lui. Il faudra donc que les clients soient au rendez-vous.

Rouvrir un restaurant coûte cher

Le restaurant Le Cendrillion, dans le quartier Limoilou, a carrément changé sa vocation pour poursuivre ses activités et écouler le contenu de ses réfrigérateurs. Le copropriétaire Frédéric Samson a complètement transformé son restaurant en sandwicherie pour quelques jours.

Comme les autres restaurateurs, il ne peut prévoir à quoi ressemblera un retour à la normale. Or, advenant une réouverture complète, il faudra ingérer massivement des fonds.

Le menu « Cendwicherie » du restaurant Le Cendrillon.

Le menu « Cendwicherie » du restaurant Le Cendrillon

Photo : Facebook / @lecendrillonrestaurant

Ça prend une bonne semaine, refaire la mise en place, la formation et être prêt. On parle d'énormes frais pour la réouverture d'un restaurant. Ça dépend des capacités des restaurateurs, ce qu'ils avaient comme fonds de roulement. La plupart n'auront sûrement pas la capacité de se relever de ça, croit-il.

Il faut aussi honorer les ententes avec les fournisseurs, qui, eux aussi, auront besoin de fonds, estime M. Samson, qui est aussi propriétaire du restaurant La Planque.

Il reviendra aux restaurateurs de s'adapter, selon lui.

Consommer local

Le message de la consommation locale est omniprésent au Québec depuis l'arrivée de la COVID-19. Il faudra qu'il soit retenu des Québécois, selon Martin Parrot.

Dans le passé, l'achat local a souvent trouvé les gens qui vivaient dans les quartiers. C'était vraiment une partie de la population qui faisait de l'achat local, la majorité s'en foutait un peu.

J'espère qu'au retour, ça va devenir une réalité, conclut le restaurateur.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Restaurants