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Les éditeurs demandent aux libraires de payer les acteurs québécois d’abord

La façade d'une librairie Renaud-Bray.

Les éditeurs demandent aux libraires de puiser dans leurs réserves pour continuer à alimenter la chaîne du livre.

Photo : Radio-Canada

Justine de l'Église

Le milieu du livre québécois est mis à mal par la pandémie de COVID-19. Les librairies sont fermées, et les ventes en ligne ne permettent pas de pallier les pertes financières. Si bien que les libraires n’arrivent pas tous à payer les redevances aux distributeurs, ce qui a des répercussions financières sur toute la chaîne du livre. Devant cette situation précaire, les éditeurs tirent la sonnette d’alarme et demandent aux libraires de payer d’abord les acteurs québécois.

Un milieu fragile

La chaîne du livre a besoin de tous ses maillons pour fonctionner. Lorsqu’un livre est vendu en boutique, le libraire paie ses redevances au distributeur, qui ensuite paie l’éditeur, qui paie à son tour l’écrivain ou l’écrivaine.

Si un maillon se rompt, toute la chaîne est rompue, a résumé Blaise Renaud, président du Groupe Renaud-Bray, qui compte 55 librairies, en plus du distributeur de livres Prologue, en entrevue avec Catherine Richer, de l’émission Le 15-18.

Présentement, que ce soit les éditeurs, les libraires, les distributeurs ou même les plumes, tout le monde manque de liquidités et vit une situation précaire.

La demande des éditeurs

Mais Arnaud Foulon, président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), juge que ce sont les éditeurs qui sont les premiers « à avoir des difficultés au niveau des liquidités financières ». C’est pourquoi il urge les libraires à payer leurs comptes auprès des distributeurs de livres. Et encore plus pour les grands comme le Groupe Renaud-Bray, qui joue un rôle de leader dans l’industrie.

Il reconnaît que les libraires n’ont pas à payer les comptes en totalité, mais d’assurer de payer un minimum, pour que l’argent continue à circuler dans la chaîne du livre. Et surtout, de payer les maisons d’édition québécoises d’abord, au détriment de groupes français qui peuvent tirer des revenus d’ailleurs. L’éditeur québécois n’aura aucun autre revenu, a-t-il laissé tomber, toujours en entrevue avec Catherine Richer.

Quand on a des libraires qui nous disent : “Nous on ferme le robinet et on ne paie pas”, on met une pression très importante sur les éditeurs pour payer leurs auteurs, a déploré Arnaud Foulon.

On comprend tout à fait que les libraires ont des pertes de revenus importantes aussi. Ceci dit, [...] ils ont plus de liquidités que peuvent en avoir les éditeurs, donc c’est important qu’ils honorent au moins une partie de ces factures pour pouvoir réalimenter tranquillement la chaîne du livre, a-t-il ajouté.

Pas la priorité

Dans le contexte actuel, la directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ), Katherine Fafard, reconnaît que de payer les distributeurs n’est « malheureusement pas une priorité » pour les libraires, qui ont beaucoup de dépenses et très peu de revenus.

Avec la crise dont on ignore la durée, les libraires, tout comme les autres entrepreneurs, doivent d’abord et avant tout payer leurs frais fixes (électricité, loyer, assurances, système d’alarme, télécommunication), a-t-elle expliqué. Ils doivent ensuite prévoir un flux de trésorerie pour tenir le temps de la crise.

Katherine Fafard sourit à la caméra.

Katherine Fafard, directrice générale de l'ALQ

Photo : Patrick Séguin

Elle a ajouté que même si les libraires paient les distributeurs, ils n’ont ensuite aucun contrôle sur les paiements que ceux-ci vont faire. Les libraires émettent des chèques aux distributeurs, qui eux versent des redevances aux éditeurs. Ainsi, les libraires n’ont pas le pouvoir d’orienter les paiements vers les éditeurs d’ici, a-t-elle nuancé.

Elle a également indiqué que les libraires ont tout de même payé les distributeurs le mois dernier, pour les ventes de livres faites en décembre.

Du côté du Groupe Renaud-Bray, on précise que le distributeur Prologue, une propriété du Groupe, a « maintenu tous ses engagements financiers auprès des éditeurs québécois qu’il distribue ». Cependant, les paiements aux autres distributeurs qui garnissent les rayons des 55 librairies Renaud-Bray et Archambault sont sur la glace.

Rappelons que les librairies, avec une marge de profit très mince, doivent comme tous les détaillants préserver leur fonds de roulement afin de s’assurer de rester ouvertes après la crise, sans quoi la chaîne du livre n’existera plus, a fait savoir l’entreprise par courriel.

Ce n’est pas uniquement aux libraires de prendre le risque pour toute la chaîne, a défendu Katherine Fafard. Les librairies doivent être ouvertes quand tout repartira. Cela, les distributeurs le savent.

Une situation complexe

Katherine Fafard a également expliqué que les propriétaires de librairies aussi ressentent de l'inquiétude et ignorent présentement si elles et ils resteront coincés avec leurs stocks de livres invendus. Une partie des stocks des libraires est retournable, mais actuellement les retours ne sont pas acceptés par les distributeurs, a-t-elle souligné. Qui va payer demain lorsque les libraires devront faire des retours? Quelle garantie a-t-on?

Devant cette situation complexe pour tout le milieu du livre, les libraires ont demandé au gouvernement « des aides directes sous forme de subventions et non de prêts pour aider les libraires, qui pourront faire ensuite “descendre” l’argent dans toute la chaîne », a rappelé Katherine Fafard.

Solidarité demandée

Bien qu’il soit d’accord avec cette démarche, le président de l’ANEL demande tout de même aux libraires de puiser dans leurs réserves pour payer leurs comptes, car l’aide gouvernementale pourrait prendre un moment à arriver – le sauvetage du milieu du livre arrive plutôt bas dans la liste des priorités, loin derrière la réorganisation du milieu de la santé, ou encore l’approvisionnement en masques…

Aujourd’hui, tout le monde doit puiser dans ce qu’il a, s’il en a un peu, pour essayer de mettre l’épaule à la roue et d’être solidaires, a soutenu Arnaud Foulon.

À noter : ce texte a été modifié après sa publication dans le but de préciser les relations entre les différents intervenants de la chaîne du livre, de même que la situation des libraires durant la crise.

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