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Jour tranquille de Pâque juive au temps de la pandémie

Jérusalem en Israël

Jérusalem en Israël, où les consignes sanitaires sont appliquées à la lettre.

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Nadeau (Trois-Rivières)
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En ce début de Pessa'h, les communautés juives font face, comme d'autres groupes religieux, aux restrictions des bureaux de santé publique au Canada depuis le début de la crise de la COVID-19. Les fidèles s'apprêtent malgré tout à observer à la tombée du jour le rite traditionnel, qui commémore la sortie mythique du peuple juif d'Égypte il y a plus de 3000 ans.

Jennifer Felsher compte célébrer la Pâque juive comme chaque année, mais de façon différente et plus tranquille. C'est l'une des fêtes les plus importantes du calendrier hébraïque, qui nous oblige à commémorer l'exode d'Égypte en famille, avec nos proches et nos amis, souligne la Torontoise, mère de deux enfants.

Mme Felsher explique que la Pâque juive est plus complexe que chez les chrétiens. Les aliments à base de levure et de farine sont proscrits durant huit jours et il est même interdit chez les pratiquants de garder sous son toit des produits qui contiennent de la levure.

« Selon le récit traditionnel, les anciens israélites réduits à l'esclavage en Égypte n'avaient pas eu le temps de faire lever le pain avant de le cuire et qu'ils se sont donc retrouvés avec une espèce de galette... ils mangent depuis le pain azyme, qui est un pain sans levure. »

— Une citation de  David Ouellette, Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA)

Nous nous abstenons de manger du riz ou même du maïs soufflé... tout ce qui gonfle en fait et qui s'accroît en volume, ajoute Mme Felsher, qui se sent néanmoins mal à l'aise de jeter de la nourriture pour respecter la tradition.

On voit une photo de Jennifer Felsher.

Jennifer Felsher est psychologue à Toronto.

Photo : Avec l'autorisation de Jennifer Felsher

Nous sommes censés nous débarrasser de tous ces aliments pour nettoyer la maison avant le début de la Pâque, alors je mets tout dans des boîtes que j'entrepose durant huit jours au sous-sol, dit-elle.

Toutefois, pour respecter le rituel, Jennifer Felsher brûlera symboliquement un bout de pain pour signifier que tous ces aliments ont été éliminés. Je connais des amis qui préfèrent les donner ou les vendre pour remettre l'argent à des organismes de charité, poursuit-elle.

Des oeufs et des patates sont en train de bouillir sur une cuisinière.

Jennifer Felsher a déjà préparé des plats pour la Pâque juive comme des oeufs durs.

Photo : Avec l'autorisation de Jennifer Felsher

Après les célébrations, les croyants cuisinent des pâtisseries pour les distribuer aux voisins. C'est particulièrement vrai dans la communauté sépharade du Maroc, explique David Ouellette, qui est de confession juive par filiation maternelle.

La tradition du Seder

Cela ne sera toutefois pas le cas cette année, puisque toute visite est interdite pour éviter le risque de contagion. En raison de la pandémie, baptêmes, bar-mitsvah, mariages et funérailles ont été annulés, puisque les synagogues sont fermées.

Des étudiants participent à un repas Seder, dans le cadre des célébrations de la Pâque juive.

La communauté juive d'Ottawa ne pourra pas célébrer Pessa'h mercredi comme l'an dernier.

Photo : CBC / Hallie Cotnam

Seuls les enterrements sont autorisés, mais sans service funèbre, parce que la tradition oblige à enterrer les morts dans les 24 heures qui suivent un décès.

Les salons funéraires ne donnent d'ailleurs même plus l'adresse du cimetière ni l'heure à laquelle les enterrements ont lieu pour éviter tout rassemblement. Seule la famille immédiate en connaît le secret.

On voit un rabbin prier devant une ménorah dans une synagogue de Toronto.

Un rabbin prie devant une ménorah dans une synagogue de Toronto.

Photo : Avec l'autorisation de Jennifer Felsher

Le Seder est toutefois maintenu, mais il revêtira une forme bien différente cette année. Ce repas traditionnel de la Pâque juive consiste généralement en un grand rassemblement familial qui doit permettre aux participants de se remémorer ce qu'ont vécu les Israélites à leur sortie d'Égypte.

« Ce n'est toujours pas évident de se faire livrer l'épicerie à la maison et certains aliments casher sont offerts en petites quantités pour éviter les razzias sur certains produits, nous n'avons donc droit qu'à deux poulets à la fois. »

— Une citation de  Jennifer Felsher, Torontoise de confession juive

En temps normal, les croyants célèbrent Pessa'h les jeudis et vendredis matin ainsi que les deux derniers jours de la Pâque juive. La prière et le rituel se feront seuls avec les enfants sans la présence d'un guide religieux de leur communauté.

Les contraintes de la religion

Contrairement aux clergés chrétiens qui organiseront des messes sur Internet, les rabbins sont plus limités : chez les juifs conservateurs et orthodoxes, le recours à l'électricité est proscrit durant le sabbat. Aucune diffusion en ligne ne sera donc possible, sauf peut-être dans certaines communautés réformées.

« Même en Israël, il y a des rabbins orthodoxes qui ont demandé aux familles de démarrer la caméra Internet avant de chômer le jour du sabbat pour permettre des célébrations à distance et elles pourront l'éteindre dimanche... cela vous donne une idée que l'on s'adapte à la situation dans chaque communauté juive. »

— Une citation de  David Ouellette

Qu'à cela ne tienne, Jennifer Felsher compte en faire un événement différent, elle qui espérait voyager au Proche-Orient pour la bar-mitsvah de son neveu qui coïncide avec la Pâque juive. Je ne suis jamais en Israël à cette période de l'année, mais la célébration de ce soir sera traditionnelle, mais ludique avec des jeux interactifs, souligne-t-elle.

Quelques livres pour enfants sur la Pâque juive.

Jennifer Felsher compte célébrer la Pâque juive de façon amusante avec ses deux enfants.

Photo : Avec l'autorisation de Jennifer Felsher

Le Centre consultatif qui rassemble des fédérations juives au Canada précise que toutes les autorités communautaires rappellent depuis deux semaines à leurs membres les consignes sanitaires d'usage. C'est triste pour beaucoup de gens de ne pas pouvoir se rassembler pour l'occasion, reconnaît Mme Felsher qui a reçu chez elle une trentaine de membres de sa famille l'an dernier.

Rappel des consignes sanitaires

En Ontario, les villes de Toronto et de Hamilton, qui comptent de grandes communautés juives, ont elles aussi réitéré le message de la santé publique en demandant à leurs membres de célébrer seuls en famille et d'éviter tout voyage chez des proches ou tout rassemblement religieux.

Gros plan du rétroviseur d'une voiture dans lequel on voit un homme de dos habillé de noir et portant un chapeau noir, en train de marcher dans la rue.

Un juif hassidique dans l'arrondissement d'Outremont, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

M. Ouellette déplore quelques incidents qui se sont produits dans les communautés juives de Boisbriand et de Côte Saint-Luc au Québec. Il assure que le CIJA travaille d'arrache-pied avec le gouvernement du Québec pour bien faire passer le message sur la gravité de la situation et l'importance de se conformer aux consignes de la santé publique, dit-il.

Il affirme à leur décharge que la santé publique au Québec n'avait toutefois encore donné aucune consigne de confinement avant le 11 mars, alors que la communauté de Boisbriand avait déjà célébré la fête de Pourim. On commençait à peine au début mars à prendre la mesure du défi qui allait s'abattre sur nous, précise-t-il.

Des juifs hassidiques marchent sur la rue Bernard.

Des juifs hassidiques marchent dans Outremont à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

L'organisation B'Nai Brith contribue elle aussi à faire passer le message. Dans un communiqué, elle ajoute qu'elle travaille fort pour s'assurer que les membres les plus vulnérables de la communauté aient assez de nourriture et que les locataires des logements abordables puissent rester chez eux en cette période de confinement.

Un futur communautaire sombre

L'impact de la crise sur la communauté juive se fait également sentir au Canada. M. Ouellette craint que l'affaiblissement de l'économie ne mette fin à la pérennité de petites organisations. C'est déjà le cas du seul journal juif communautaire au Canada, The Jewish News, qui a dû fermer ses portes au début du mois, rappelle-t-il.

On voit David Ouellette au travail devant une rangée de livres

David Ouellette est le directeur de la recherche et des affaires publiques au Centre consultatif des relations juives et israéliennes.

Photo : Avec l'autorisation de David Ouellette

Il s'interroge aussi sur la survie de petites synagogues qui vivent grâce aux dons de leurs membres. Si les gens ne sont plus en moyens à cause de la crise économique, ils ne pourront plus verser de dons annuels, ce qui peut compromettre certaines institutions religieuses et communautaires, explique-t-il.

M. Ouellette se dit néanmoins optimiste pour l'avenir. Nous avons des liens étroits, nous sommes résilients de par notre histoire et les Juifs sont un peuple qui a toujours su s'adapter aux circonstances bonnes comme mauvaises, conclut-il.

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