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Privés d'une médication pour l'arthrite à cause de la COVID-19

Un homme souffre d'arthrite

La polyarthrite rhumatoïde peut être apaisée grâce à l'hydroxychloroquine.

Photo : iStock

Pendant que l’hydroxychloroquine représente un espoir de traitement contre la COVID-19 pour certains, c’est une source d’inquiétude pour d’autres. Souffrant de polyarthrite rhumatoïde, une femme de Québec n'a désormais plus accès à ce médicament qui permet de contrôler l’inflammation et de soulager ses douleurs.

Le pharmacien de Joanne Laverdière ne peut plus lui en donner parce qu’elle ne fait pas partie des groupes prioritaires.

La demande mondiale est en forte hausse, puisque les scientifiques effectuent des études afin de vérifier l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour traiter la COVID-19. Pour préserver les provisions actuelles, Québec a décidé de suspendre tous les traitements. Trois seules exceptions : le lupus, l’arthrite juvénile et les femmes enceintes.

Moi je trouve ça injuste. C’est comme déshabiller Paul pour habiller Pierre.

Joanne Laverdière
Une femme portant des lunettes.

Joanne Laverdière est privée de son traitement pour soulager ses douleurs associées à la polyarthrite rhumatoïde

Photo : Radio-Canada

Un grand stress

Pour Joanne Laverdière, c’est la goutte qui a fait déborder le vase, car en cette période de confinement, impossible pour elle de s'adonner aux activités qui lui font du bien, comme la nage.

Mme Laverdière vit un grand stress puisqu’elle ne sait pas comment son corps va réagir à l’arrêt de ce traitement.

L’hydroxychloroquine soigne l’inflammation, les raideurs, les douleurs dans les articulations, explique Joanne Laverdière. Cette maladie-là, elle fait très mal, c’est très désagréable et je ne veux pas retourner où j’étais avant. Ça fait deux ans que je suis en traitement et tout va bien.

Aujourd’hui âgée de 56 ans, Mme Laverdière a reçu son diagnostic de polyarthrite rhumatoïde il y a deux ans.

Un paquet de comprimés tenu dans une main

Un paquet de Plaquenil qui contient de l’hydroxychloroquine, un traitement actuellement étudié pour soigner la COVID-19.

Photo : afp via getty images / GERARD JULIEN

Une autre personne avec qui Radio-Canada a parlé a vécu beaucoup d'inquiétudes au cours des derniers jours avant d'avoir accès à de nouvelles doses, puisqu'elle avait atteint le stade de crise aiguë.

Cette personne, qui a préféré conserver l'anonymat, a multiplié les démarches pour obtenir de l'hydroxychloroquine pour finalement y avoir accès en dernier recours.

Sans cette dose, elle aurait dû cesser de travailler puisque la douleur était trop intense.

Une mesure temporaire

De son côté, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) tient à rassurer les gens. Le président, Bertrand Bolduc, explique que l'hydroxychloroquine est un médicament qui reste dans le sang jusqu’à deux mois.

Les gens qui font de l’arthrite et qui arrêtent soudainement de prendre ce produit-là, ça ne devrait pas être trop difficile parce que ça va continuer d’agir pendant plusieurs semaines, précise-t-il.

Photo de Bertrand Bolduc, président de l'ordre des pharmaciens du Québec, en studio

Bertrand Bolduc, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-Simon Fabien

Bertrand Bolduc affirme que cette mesure devrait être temporaire. Il est persuadé que cette interdiction sera levée au cours des prochaines semaines, ce qui permettrait aux malades de reprendre leur traitement.

Sinon, on a d’autres options pour traiter ces gens-là, assure Bertrand Bolduc. Il existerait, selon lui, quatre à cinq autres médicaments qui peuvent remplacer l’hydroxychloroquine.

Des inquiétudes chez les rhumatologues

Bien que d'autres médicaments peuvent être utilisés, une rhumatologue du CHU de Québec souhaite nuancer cette affirmation, expliquant que l'hydroxychloroquine possède un mode d’action unique.

Il est incertain que les patients auront une bonne réponse [aux autres médicaments] puisque le mécanisme d’action est différent, précise Dre Myriam Allen.

La Dre Allen ajoute que la plupart ces médicaments en question sont des immunosuppresseurs et ils nécessitent de faire des prises de sang tous les mois, ce qui est encore plus difficile actuellement. Elle craint que cela donne de faux espoirs aux patients.

Une autre médecin rhumatologue, la Dre Clode Lessard, s'inquiète aussi pour ses patients qualifiant la manière de faire de dérangeante. Ça crée de inquiétude chez nos patients car les pharmaciens doivent cesser de servir cette médication et parfois, ça se fait sans en aviser le médecin et souvent c’est sans explication aux patients, constate-t-elle.

Le président de l'Association des allergologues et immunologues du Québec, Dr Rémi Gagnon, ajoute pour sa part que la directive n’empêche pas les patients souffrant d’arthrite rhumatoïde de recevoir le médicament si aucune alternative n’est possible et si nécessaire.

Ne sachant pas comment son corps réagirait à un autre traitement, Joanne Laverdière est toujours inquiète malgré ces explications.

S’exprimant publiquement sur sa maladie pour la première fois, elle espère que son message permettra aux décideurs de réaliser le gros bon sens afin de réparer de petites erreurs qu’ils ont faites en cours de route.

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