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Jean Truchon a reçu l'aide médicale à mourir

Figure de la lutte pour un meilleur accès à l'aide médicale à mourir, il a devancé sa décision en raison de la pandémie de COVID-19.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Jean Truchon dans un fauteuil roulant lors d'une conférence de presse dans une bibliothèque.

Le reportage de Davide Gentile

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Jean Truchon est décédé. L’un des principaux visages du combat pour l'accès à l’aide médicale à mourir l’a obtenue cet après-midi dans un CHSLD de Montréal. Dans une courte déclaration écrite, il explique comment la COVID-19 l’a convaincu de devancer sa décision.

Jean Truchon prévoyait obtenir l’aide médicale à mourir l’été prochain. Au lendemain de sa victoire en Cour supérieure, en septembre 2019, ce dernier avait indiqué qu'il souhaitait vivre encore un hiver et un printemps avant de la demander.

Ce jugement va ouvrir les portes du paradis à tous ceux et celles qui souffrent, comme moi, d'une manière physique et psychologique, disait-il à l'époque. L'homme atteint de paralysie cérébrale s’exprimait par le truchement d'un interprète en raison de ses difficultés d'élocution.

Or, la pandémie mondiale de COVID-19 et les mesures de distanciation sociale ont bousculé ses plans. Dans une déclaration écrite posthume partagée par ses avocats, Jean Truchon explique sa décision.

Étant donné le contexte que nous vivons actuellement avec la crise sanitaire, j’ai décidé de prendre le train et de laisser mes amis et tous ceux qui ont cru en moi et en ma cause à la gare. Avant cette pandémie, j’avais toute la misère du monde à garder la tête hors de l’eau, avec toutes mes activités, écrit-il.

Le coronavirus m’a volé littéralement le temps avec ceux que j’aime. De constater ce qui s’en vient m'effraie au plus haut point. Alors, j’ai pris la décision de partir maintenant et celle-ci est mûrement réfléchie.

Jean Truchon, dans une déclaration écrite

M. Truchon a reçu l’aide médicale en après-midi au CHSLD Paul-Émile Léger, où il habitait, à Montréal.

À la demande de M. Truchon, aucun commentaire additionnel ne sera fait et aucune entrevue ne sera accordée, a précisé par écrit le cabinet Ménard, Martin avocats.

Version intégrale de la déclaration

Notre client, monsieur Jean Truchon, a reçu l’aide médicale à mourir aujourd’hui à 14  h au CHSLD Paul-Émile Léger. À sa demande, nous partageons la déclaration suivante à titre posthume [...] À la demande de M. Truchon, aucun commentaire additionnel ne sera fait et aucune entrevue ne sera accordée.

– Ménard, Martin avocats

Au départ, je devais m’éteindre le 22 juin 2020, dans le but de passer plus de temps avec mes proches et amis. Étant donné le contexte que nous vivons actuellement avec la crise sanitaire, j’ai décidé de prendre le train et de laisser mes amis et tous ceux qui ont cru en moi et en ma cause à la gare. Avant cette pandémie, j’avais toute la misère du monde à garder la tête hors de l’eau, avec toutes mes activités. Le coronavirus m’a volé littéralement le temps avec ceux que j’aime. De constater ce qui s’en vient m'effraie au plus au plus haut point. Alors, j’ai pris la décision de partir maintenant et celle-ci est mûrement réfléchie. Je voudrais remercier en premier lieu la juge Christine Baudouin pour son jugement incroyable qu’elle a pondu en quelques mois seulement. Aussi, je ne peux passer sous silence l’apport incroyable que mes avocats ont eu tout au long de cette cause et jusqu’à la fin. Je vous demande d’essayer de me comprendre et non pas de me juger. Merci à tous.

Une victoire en Cour supérieure

Jean Truchon s’est fait connaître ces dernières années pour son combat juridique en Cour supérieure du Québec pour obtenir le droit de recevoir l'aide médicale à mourir.

Aux côtés de Nicole Gladu, il a mené avec succès un combat pour contester les critères d'admissibilité pour obtenir l’aide à mourir. La loi du Québec comportait le critère de fin de vie, et celle du fédéral, de mort naturelle devenue raisonnablement prévisible.

Dans un reportage diffusé en 2017, Jean Truchon témoignait s’être battu depuis son enfance pour être autonome. Malgré un sévère handicap, il a terminé un baccalauréat en littérature et a vécu seul en appartement jusqu'en 2012, avec un seul bras fonctionnel. Mais une hernie cervicale lui fait perdre l’usage de ce bras, son dernier outil, sa dernière chance d'être autonome. M. Truchon s’était fait refuser l’aide médicale à mourir en 2016.

Même si l’aide à mourir a fait consensus au plan politique lorsqu’elle a été introduite au Québec il y a quelques années, le combat de M. Truchon et de Mme Gladu ne faisait pas l’unanimité chez certains médecins, notamment le Collectif des médecins contre l’euthanasie.

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