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Des Canadiens parmi les migrants en détention aux États-Unis

Des cas de COVID-19 ont déjà été détectés dans plusieurs établissements.

Un montage en noir et blanc montrant deux mains autour de barreaux de prison. En arrière-plan, des icônes représentant le virus.

Aux États-Unis, des voix s’élèvent pour que les autorités relâchent les migrants en détention pendant la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Montage

Familles séparées, détenus entassés, conditions sanitaires précaires : aux États-Unis, les centres de détention pour migrants suscitaient la controverse bien avant la pandémie. Radio-Canada a appris que des Canadiens se trouvent présentement dans ces établissements, dans lesquels plusieurs cas de COVID-19 ont déjà été détectés.

D'après des documents obtenus grâce à l’accès à l’information auprès du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (Homeland Security), près de 300 Canadiens ont été détenus au sud de la frontière en 2019. Une cinquantaine de Canadiens y sont toujours en détention, selon les services frontaliers et de l’immigration (ICE).

On ignore dans quelles circonstances et pour quelles raisons exactement ces Canadiens ont été détenus. Si la majorité des migrants en détention proviennent du Mexique et de l’Amérique centrale, les autorités américaines peuvent détenir toute personne dont le statut d’immigration n’est pas en règle (un visa expiré ou un dépassement du séjour autorisé, par exemple).

Selon des données du Pew Research Centre, quelque 80 000 Canadiens « sans papiers » vivent aux États-Unis et s’exposent ainsi à un risque d’arrestation, de détention et de déportation. Les personnes qui traversent accidentellement la frontière peuvent aussi être détenues en attendant d’être déportées, comme c’est arrivé à une joggeuse en juin 2018.

La pandémie pourrait être une crise humanitaire, d'après l’ACLU

Si les autorités américaines affirment agir dans les conditions les plus sécuritaires et les plus pratiques pour réduire la propagation de la COVID-19 dans les centres de détention pour migrants, l’Association américaine de défense des libertés civiles (ACLU) dresse un tout autre portrait.

De l'avis de l’avocate américaine Eunice Cho, la distanciation physique et les règles d’hygiène de base sont impossibles à appliquer dans ces établissements déjà surpeuplés. Elle rappelle que l’accès aux soins de santé pour les détenus constituait un problème de taille avant la pandémie.

Des adultes et des enfants sont assis sur un banc, dans un espace délimité par un grillage.

Des migrants arrêtés après être entrés illégalement aux États-Unis sont détenus dans un établissement de McAllen, au Texas, le 17 juin.

Photo : La Presse canadienne / AP/U.S. Customs and Border Protection's Rio Grande Valley Sector

Selon les autorités américaines (Nouvelle fenêtre), 19 détenus et 11 employés ont déjà contracté la COVID-19. Ce nombre pourrait toutefois être plus élevé, puisque peu de tests semblent administrés dans les centres de détention.

Ce que nous savons des conditions dans ces centres de détention nous laisse croire qu’une crise humanitaire est inévitable, affirme Eunice Cho. L’avocate dit craindre que le virus ne se répande comme une traînée de poudre à l’intérieur de ces établissements.

Que fait Ottawa pour aider les détenus canadiens?

Le Canada a un devoir de veiller à la sécurité de ces personnes, rappelle la directrice d’Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois.

Le député néo-démocrate Charlie Angus s’est aussi dit très perturbé d’apprendre que des Canadiens étaient détenus au sud de la frontière. Il appelle les diplomates canadiens à faire pression sur Washington pour assurer la protection de ces personnes.

D'après une autre demande d’accès à l’information, cette fois auprès du gouvernement canadien, le nombre de demandes d’aide consulaire pour les Canadiens en détention a augmenté pendant les premières années de la présidence Trump, avant de diminuer en 2019.

Ces demandes d’aide consulaire concernaient notamment l’accès à un avocat, l’obtention de documents de voyage en vue d’un retour au Canada, mais aussi l’accès à des soins de santé.

Pour le moment, le gouvernement signale ne pas avoir reçu de demandes d’aide consulaire spécifiquement en lien avec la pandémie.

Une porte-parole d’Affaires mondiales, Anabel Lindblad, a précisé que le Canada suivait la situation de près, notamment quant aux conditions sanitaires dans les lieux de détention.

Des migrants font un signe de salutation avec la main derrière une grille.

On estime à 12 millions le nombre de migrants en situation irrégulière aux États-Unis, venant principalement du Mexique et de pays d'Amérique centrale.

Photo : Associated Press / Cedar Attanasio

Ce que la présidence Trump a changé

Si la détention de migrants existe aux États-Unis depuis des décennies, cette pratique a pris une envergure sans précédent sous l’administration Trump.

La détention de migrants est maintenant utilisée comme une politique de dissuasion, explique la directrice du programme de droit international humanitaire de l’Université de Toronto, Petra Molnar.

Ainsi, le nombre de détenus a augmenté de près de 20 % entre 2018 et 2019, comme le montre le dernier rapport annuel d'ICE. Les dernières données disponibles (Nouvelle fenêtre) indiquent que près de 36 000 personnes se trouvent présentement dans les établissements de détention américains.

Vue aérienne d'enfants migrants marchant entre des tentes et suivant le personnel dans un centre de détention de Tornillo, au Texas.

La politique de séparation des familles de l'administration Trump a fait l'objet de plusieurs critiques.

Photo : Reuters / Mike Blake

C’est pour éviter que le coronavirus ne fasse des ravages dans les centres de détention que l’ACLU et Amnistie internationale demandent aux autorités américaines de relâcher les migrants les plus à risque le temps de la pandémie.

Pour Petra Molnar, le Canada pourrait envoyer un message fort en appliquant cette recommandation dans son propre système de détention, d’autant plus que des demandeurs d’asile détenus à Laval ont déjà entamé une grève de la faim pour avoir droit au confinement.

Les migrants en détention sont très facilement oubliés parce qu’ils sont loin des yeux du public, plaide l'experte. Il incombe au gouvernement canadien et aux gouvernements du monde entier de prendre une position ferme sur la façon dont nous traitons les plus vulnérables dans notre société.

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